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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2205335

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2205335

vendredi 25 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2205335
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantMEUROU THIERRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 29 mai et 20 juin 2022, Mme C D, représentée par Me Meurou, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions en date du 27 avril 2022 par lesquelles le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;

3°) de mettre en œuvre, sans délai, la procédure d'effacement du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

S'agissant de la décision de refus de séjour,

- la décision contestée est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de situation ;

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français,

- l'illégalité de la décision portant refus de séjour entache d'illégalité la décision contestée ;

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de situation ;

- elle méconnaît les stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination,

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français entache d'illégalité la décision contestée.

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de situation ;

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu :

- l'arrêté contesté ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 novembre 2022 :

- le rapport de M. E ;

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante algérienne née en 2001, est entrée en France munie d'un visa de court séjour le 29 juillet 2017. Elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par arrêté du 27 avril 2022, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté cette demande, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Par la requête précitée, l'intéressée demande l'annulation des décisions contenues dans l'arrêté du 27 avril 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de la décision portant refus de séjour,

2. En premier lieu, la décision contestée a été signée par M. B A, nommé préfet de Seine-et-Marne par un décret du Président de la République du 30 juin 2021, publié au Journal officiel de la République française du 1er juillet 2021 et qui a pris ses fonctions le 19 juillet suivant. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, la décision de refus de titre de séjour en date du 27 avril 2022 comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, en particulier les éléments ayant trait à la situation personnelle et familiale de la requérante et la mention des stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, ainsi que celle des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée qui manque en fait, doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas du dossier que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas n'aurait pas procédé à un examen réel, sérieux et approfondi de la situation de Mme D, au regard des informations dont il avait connaissance.

5. En quatrième lieu, aux termes du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre et relatif à l'établissement des étudiants, stagiaires, fonctionnaires et agents des organismes algériens, des travailleurs saisonniers, des malades : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire " () ". Par ailleurs, aux termes des deuxième et troisième alinéas de l'article 9 de cet accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. Ce visa de long séjour accompagné de pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titres mentionnés à l'alinéa précédent ".

6. D'une part, si Mme D se prévaut des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lequel prévoit, notamment, une dispense de présentation du visa de long séjour en cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'accord-franco-algérien régissant de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent être délivrés et leur durée de validité, elle ne peut utilement soutenir que le préfet de Seine-et-Marne a commis une erreur de droit au regard de ces dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. D'autre part, si la requérante invoque la méconnaissance des stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et d'une erreur manifeste d'appréciation, il ressort des pièces du dossier, et notamment des mentions non contestées de l'arrêté contesté, que l'intéressée a seulement présenté une demande d'admission au séjour sur le fondement des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien modifié. En outre et en tout état de cause, il ressort également des pièces du dossier qu'elle ne disposait pas du visa de long séjour exigé par les stipulations de l'accord franco-algérien citées au point 5. Les moyens précités doivent ainsi être écartés.

8. En cinquième et dernier lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoit que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5. au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

9. Mme D fait valoir qu'elle est présente depuis fin août 2017 en France où elle poursuit des études, que son oncle de nationalité française a été désigné comme son tuteur par un jugement de kafala du 10 juin 2018 et qu'elle est insérée à la société française, eu égard aux attestations et photographies qu'elle produit. Toutefois, elle est célibataire et sans enfant sur le territoire français, n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à, presque, l'âge de seize ans et où résident ses parents, et ne justifie pas de liens privés et familiaux sur le territoire, inscrits dans la durée et la stabilité, dès lors que les effets de l'acte de kalafa du 10 juin 2018 ont obligatoirement pris fin à sa majorité. Ainsi et compte tenu de la durée et des conditions de son séjour sur le territoire national, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Cette décision n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 6-5 précitées de l'accord franco-algérien modifié. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français,

10. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

11. En deuxième lieu, les moyens tirés du vice d'incompétence, du défaut d'examen, de l'erreur de droit, de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 6-5 de l'accord franco-algérien, ainsi que du titre III du protocole annexé à cet accord, et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment.

12. En troisième lieu, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

13. En l'espèce, la décision de refus de délivrance de titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, ainsi qu'il a été dit au point 2. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination,

14. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écartée.

15. En deuxième lieu, les moyens tirés du vice d'incompétence et du défaut d'examen de sa situation ne peuvent qu'être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment.

16. En troisième lieu, la décision fixant le pays de destination qui mentionne la nationalité de la requérante ainsi que les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est suffisamment motivée en fait et en droit.

17. En quatrième lieu, si Mme D invoque la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle n'établit pas en quoi un retour dans son pays d'origine l'exposerait à des traitements inhumains ou dégradants.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme D à fin d'annulation des décisions contenues dans l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne en date du 27 avril 2022 doivent être rejetées. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que ses conclusions tendant au bénéfice des frais de justice.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à Me Stéphan et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera délivrée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.

Le rapporteur,

P. E La présidente,

I. BILLANDON

Le greffier,

G. NGASSAKI

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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