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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2205339

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2205339

lundi 8 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2205339
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMEUROU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mai 2022, M. A B, représenté par Me Meurou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 avril 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a retiré son certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui restituer le certificat de résidence qui lui avait été délivré le 28 août 2019, dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un certificat de résidence d'un an portant la mention " salarié ", dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

L'ensemble des décisions attaquées :

- sont entachées d'incompétence ;

- sont insuffisamment motivées.

La décision portant retrait de son certificat de résidence :

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inapplicable aux ressortissants algériens et aucun fondement juridique ne permettait, au seul motif qu'il ne remplissait plus les conditions d'obtention de son certificat, de le lui retirer ;

- méconnaît les stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien

du 27 décembre 1968 en ce qu'il n'a pas commis de fraude ;

- méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de ce même accord ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant retrait de son certificat de résidence ;

- méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien

du 27 décembre 1968 et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de renvoi :

- doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant retrait de son certificat de résidence ;

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet du Seine-et-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Félicie Bouchet, première conseillère ;

- et les observations de Me Gabory, substituant Me Meurou, avocate de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, était titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de dix ans. Par un arrêté du 27 avril 2022 dont M. B demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne lui a retiré son certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article, ainsi que des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence est délivré de plein droit () / 2. Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il a été inscrit préalablement sur les registres de l'état civil français. () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre 2 ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux ". Aux termes de l'article 7 bis du même accord : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : () a) au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2, et au dernier alinéa de ce même article. () " .

3. Les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles relatives à la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Il suit de là que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives tant aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers qu'aux conditions de leur délivrance et de leur renouvellement ne sont pas applicables aux ressortissants algériens, lesquels relèvent à cet égard des règles fixées par l'accord précité. Aucun dispositif de retrait du certificat de résidence légalement délivré à un ressortissant algérien n'est prévu par l'accord franco-algérien. Le préfet peut, en revanche, légalement faire usage du pouvoir général qu'il détient, même en l'absence de texte et eu égard à l'absence de stipulations expresses sur ce point prévues par l'accord susmentionné, pour retirer une décision individuelle créatrice de droits obtenue par fraude.

4. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour retirer le certificat de résidence valable dix ans portant la mention " conjoint de français " qui avait été délivré le 28 août 2019 à M. B, le préfet s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui permettent le retrait d'une carte de résident d'une durée de dix ans délivrée en qualité de conjoint de français, lorsqu'en particulier la vie commune est rompue au plus tard dans les quatre années suivant le mariage ainsi que sur les dispositions de l'article L. 432-5 du même code, permettant de procéder retrait d'un titre de séjour si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de celui-ci.

5. S'il ressort des pièces du dossier que le mariage de M. B avec une ressortissante française, célébré le 26 août 2017 a été dissout le 17 mars 2020 et que, ainsi, la vie commune a été rompue dans les quatre années suivant le mariage, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que, dès lors que la situation de M. B est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien, le préfet ne pouvait, sans méconnaître le champ d'application de la loi, faire application des dispositions de l'article L. 423-6 et L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour procéder au retrait du certificat de résidence du requérant. Au demeurant, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que la décision de retrait serait fondée sur un motif tiré d'une fraude. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne ne pouvait légalement procéder au retrait de son certificat de résidence en se fondant sur les dispositions de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision portant retrait de son certificat de résidence. L'annulation de cette décision emporte, par voie de conséquence, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre du requérant et de celle par laquelle le préfet du Seine-et-Marne a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique en principe nécessairement que le certificat de résidence délivré le 28 août 2018 soit restitué à M. B. Toutefois, il résulte de l'instruction que M. B s'est vu restituer son certificat de résidence avec les mêmes conditions de validité qu'antérieurement à la suite de l'injonction prononcée en ce sens par l'ordonnance du 16 juin 2022 du juge des référés. Dans ces conditions, le présent jugement, n'appelle aucune nouvelle mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : L'arrêté du 27 avril 2022 du préfet de Seine-et-Marne est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère,

M. Cyril Dayon, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 janvier 2024.

La rapporteure,

F. BouchetLe président,

T. Gallaud

La greffière,

L. Potin

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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