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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2205341

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2205341

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2205341
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantORMILLIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mai 2022, M. C D, représenté par Me Ormillien, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de la préfète du Val-de-Marne en date du 11 avril 2022 lui refusant le bénéfice du regroupement familial ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne d'accepter sa demande de regroupement familial et de délivrer un titre de séjour à son épouse ;

3°) à titre subsidiaire d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de F L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 434-1, L. 434-2 et L. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de F 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de F 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pradalié,

- et les observations de Me Ormillien, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant turc né le 31 mai 1979 à Varto (Turquie), est entré en France selon ses déclarations en août 2019. Il est détenteur d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 12 juillet 2021 au 11 juillet 2023. Il a déposé une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de leur enfant. Par un arrêté du 11 avril 2022, dont il demande l'annulation, la préfète du Val-de-Marne a refusé de faire droit à cette demande.

2. En premier lieu, aux termes de F L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de F L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision du 11 avril 2022 de la préfète du Val-de-Marne vise les dispositions de F L. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique notamment que la demande de M. D a fait l'objet d'un examen attentif, que l'épouse et l'enfant du requérant résident déjà en France, démunis du visa d'établissement leur permettant de se maintenir durablement en France, et que l'épouse du requérant ne remplit pas la condition en matière de regroupement familial sur place d'être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité d'une durée au moins égale à un an. Ainsi rédigée, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et est suffisamment motivée, même si elle ne reprend pas l'ensemble des éléments dont M. D a entendu se prévaloir. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort pas de cette décision qu'elle serait entachée d'un défaut d'examen particulier de la situation du requérant.

4. En deuxième lieu, par un arrêté n°2021/659 du 1er mars 2021 publié au recueil des actes administratifs du même jour, la préfète du Val-de-Marne a délégué à M. A B, sous-préfet de Nogent-sur-Marne, sa signature de l'ensemble des actes relatifs aux attributions de l'Etat dans l'arrondissement de Nogent-sur-Marne, au nombre desquels figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de F 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes du 1 de F 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Aux termes de F L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants ". F L. 434-2 du même code prévoit que : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins 18 mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / () ". F L. 434-6 de ce code dispose que : " Peut être exclu du regroupement familial : / () ; / 3° Un membre de la famille résidant en France ".

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier et il n'est au demeurant pas contesté que l'épouse du requérant se maintient en France en situation irrégulière, et peut être exclue du regroupement familial en application des dispositions précitées de F L. 411-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, si le requérant soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à celle de son épouse, il ressort des pièces du dossier qu'ils n'ont contracté mariage que le 9 août 2019 en Turquie, que M. D n'établit pas l'ancienneté de la présence de son épouse en France avant la naissance de leur fils à E le 11 août 2020, et qu'il n'allègue pas l'existence d'une vie commune avant leur mariage. Dans ces conditions, et eu égard notamment au caractère temporaire de la séparation qu'elle est susceptible d'induire entre les époux et entre l'enfant et l'un de ses parents, le temps nécessaire à l'instruction de la demande de regroupement familial, la décision contestée ne peut être regardée, dans les circonstances de l'espèce, comme portant une atteinte excessive au droit de M. D, au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquelles elle a été prise, parmi lesquels figure la nécessité de faire respecter la procédure d'introduction en France au titre du regroupement familial. Par conséquent, cette décision n'a pas méconnu les stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Pour les mêmes motifs, la décision ne méconnait pas F 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision contestée.

D E C I D E :

F 1er : La requête présentée par M. D est rejetée.

F 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Allègre, premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

Le rapporteur,

G. PRADALIE

Le président,

D. LALANDE La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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