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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2205474

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2205474

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2205474
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juin 2022, M. A B, représenté par Me Hug, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à tout préfet compétent, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à tout préfet compétent de le mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, durant tout le temps du réexamen de sa demande ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) la somme de 1 500 euros à verser directement à son conseil pour l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 11 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que:

En ce qui concerne la décision de refus de séjour:

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure faute de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des motifs exceptionnels justifiant la régularisation de sa situation au titre du travail ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français:

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour dont elle procède ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi:

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français dont elle procède.

La procédure a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Dumas a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien né le 8 juin 1981 à Kolondieba (Mali), déclare être entré sur le territoire en août 2011. Le 13 septembre 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 22 mars 2022, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces décisions.

En ce qui concerne la décision de refus de séjour:

2. En premier lieu, par un arrêté du 1er mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète du Val-de-Marne a donné délégation de signature à Mme Mireille Larrede, secrétaire générale de la préfecture et signataire de l'arrêté contesté, aux fins de signer tous actes, arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Val-de-Marne à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant sur la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui vise l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne notamment que

M. B, ressortissant malien né le 8 juin 1981 à Kolondieba (Mali), déclare être entré en France le 19 août 2011, sans justifier de la date et des conditions de son arrivée sur le territoire, et s'y maintenir sans discontinuer depuis lors, que le 13 septembre 2021, il a sollicité la régularisation de sa situation administrative sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté du 22 mars 2022 ajoute que le requérant produit des preuves de sa présence en France depuis 2014, qu'il verse à son dossier des justificatifs d'une activité salariée au sein de la société " Global Services " en qualité d'agent de service sous l'identité de M. C sur la période du 30 juillet 2015 au

17 décembre 2020, date de son licenciement pour faute grave aux motifs d'usurpation d'identité, dol, utilisation frauduleuse des papiers d'une autre personne et tromperie, qu'il présente un contrat de travail signé par la Sarl " IMBD " relatif à un emploi à durée indéterminée en qualité de manutentionnaire à temps complet sur la période du 7 janvier 2021 au 31 août 2021, et produit une demande d'autorisation de travail signée le 31 août 2021 par la même Sarl " IMBD" pour la conclusion d'un contrat à durée indéterminée en qualité de manutentionnaire à temps complet avec un revenu mensuel brut de 1 554,62 euros et qu'ainsi, rien ne permet de regarder sa situation personnelle comme constitutive de motifs exceptionnels justifiant la régularisation de sa situation en qualité de " salarié " au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors au surplus que les faits d'usurpation d'identité et de dol ayant conduit à son licenciement pour faute grave, sont contraires aux valeurs essentielles de la République et ne permettent pas d'établir son intégration républicaine. Enfin, la décision attaquée relève que M. B est célibataire et sans enfant à charge sur le territoire, qu'il a vécu l'essentiel de sa vie dans son pays d'origine où il ne démontre pas être isolé puisqu'il déclare que ses parents y résident et que la seule présence en situation régulière en France de son frère et de sa sœur, ne lui permet pas de justifier de l'intensité et de la stabilité de ses attaches personnelles et familiales sur le territoire. Ainsi rédigée, la décision litigieuse comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne résulte pas de ce qui précède que la préfète du Val-de-Marne ne se serait pas livrée à un examen suffisant de la situation particulière de l'intéressé.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

6. M. B soutient qu'à la date du refus de titre de séjour contesté, il résidait habituellement en France depuis plus de dix ans, de sorte que la préfète du Val-de-Marne était tenue de saisir la commission du titre de séjour en application des dispositions précitées. Toutefois, les pièces versées au dossier ne sont pas de nature à établir sa présence effective et continue en France depuis plus de dix ans à la date du 22 mars 2022, dès lors notamment que le justificatif de présence le plus ancien produit par M. B est un courrier du service des impôts des particuliers de Juvisy-nord-est du 6 décembre 2013. Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine de cette commission doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

8. Au soutien de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, M. B indique être entré sur le territoire français le 19 août 2011 et avoir travaillé en qualité d'agent de service pour la société Global Services entre le 3 juillet 2015 et le 17 décembre 2020, y compris durant les différents confinements, sous l'identité de M. C. Suite à son licenciement au motif qu'il avait trompé son employeur sur son identité, il a retrouvé un emploi en tant que manutentionnaire auprès de la société à responsabilité limitée (SARL) IMDB depuis le

7 janvier 2021 sous sa véritable identité. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le bulletin de paye le plus récent produit par l'intéressé, au demeurant admis à l'aide juridictionnelle totale, s'arrête le 17 décembre 2020, soit plus d'un an avant la décision attaquée, et que le requérant ne justifie pas qu'il aurait continué de travailler depuis lors. Dans ces conditions, en rejetant sa demande de titre de séjour, la préfète du Val-de-Marne n'a ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni méconnu ces mêmes dispositions.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français:

9. En premier lieu, il ne résulte pas de ce qui précède que la décision de refus de séjour soit illégale. Par suite, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français serait illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour doit être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Le requérant soutient qu'il est présent en France depuis 2011 où vivent également son frère et sa sœur. Toutefois, M. B ne conteste pas qu'il est célibataire sans charge de famille en France, et il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où vivent ses parents. Dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire français n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

12. En troisième lieu, il ne résulte pas de ce qui précède que la préfète du Val-de-Marne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi:

13. Il ne résulte pas de ce qui précède que la décision de refus de séjour ou que l'obligation de quitter le territoire français soient illégales. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait illégale par voie d'exception d'illégalité de ces décisions doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Dumas, premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

Le rapporteur,

M. DUMAS Le président,

D. LALANDE

La greffière,

C. BOURGAULT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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