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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2205518

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2205518

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2205518
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSILVA MACHADO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 juin 2022 et le 14 juin 2022, M. C A, représenté par Me Silva Machado, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 mai 2022 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui renouveler sa carte de résident, l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de procéder au renouvellement de sa carte de résident dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

-a été signée par un auteur incompétent ;

-est entachée d'erreur de fait ;

-est entachée d'erreur de droit ;

-méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

-a été signée par un auteur incompétent ;

-n'est nullement motivée ;

-est entachée d'erreur de droit ;

-porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant ;

-méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

-a été signée par un auteur incompétent ;

-est insuffisamment motivée ;

-est entachée d'illégalité faute pour l'administration d'avoir tenu compte de la situation personnelle et familiale de l'intéressé ;

-méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant ;

La décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

-est insuffisamment motivée ;

-est illégale, le préfet ne caractérisant nullement un quelconque risque de fuite, alors même qu'il bénéficie d'une adresse stable et qu'il a lui-même sollicité auprès de la préfecture le renouvellement de son titre de séjour ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 août 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le

26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Nganga, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant congolais né le 24 février 1974 à Brazzaville (République du Congo), indique être entré en France en 1999. Il a bénéficié d'une carte de résident, arrivée à échéance le 14 mai 2021. Il demande l'annulation de la décision du

27 mai 2022 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort de l'arrêté n° 21/BC/152 du 21 octobre 2021, régulièrement publié, que M. Cyrille Le Vély, secrétaire général de la préfecture de Seine-et-Marne, disposait d'une délégation de signature lui permettant de signer la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants :/ 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire () ". L'article

R. 431-8 du même code dispose : " L'étranger titulaire d'un document de séjour doit, en l'absence de présentation de demande de délivrance d'un nouveau document de séjour six mois après sa date d'expiration, justifier à nouveau, pour l'obtention d'un document de séjour, des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance d'un document de séjour () ".

4.M. A soutient que la décision est entachée d'erreur de fait, dès lors qu'il justifie avoir sollicité le renouvellement de son titre de séjour avant que celui-ci ne vienne à expiration. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, d'une part que le préfet de Seine-et-Marne, qui a retenu dans la décision litigieuse que M. A a sollicité une nouvelle carte de résident le 13 décembre 2021, soit plus de 200 jours après l'expiration de la première carte, produit un document établissant que selon l'"application de gestion des dossiers des ressortissants étrangers en France " (AGDREF) le dépôt de sa demande a été enregistré le 13 décembre 2021, et il ressort des pièces du dossier que l'extrait du bulletin numéro 2 de son casier judiciaire n'a été délivré pour l'étude de sa demande que le 16 décembre 2021. Si M. A produit des échanges de courriels entre une juriste du point d'accès au droit du centre pénitentiaire de Réau et la préfecture de Seine-et-Marne, ces échanges, qui ont eu lieu dans un premier temps en mars 2021, ne permettent pas d'établir qu'une demande complète de renouvellement de carte de résident a été effectivement adressée à la préfecture, alors notamment que d'autres échanges ont eu lieu dans un deuxième temps en octobre 2021, soit plusieurs mois après l'échéance de la carte de résident de M. A. En outre, il n'est pas contesté que lors de la réunion de la commission du titre de séjour ayant émis un avis en date du 17 mars 2022 sur la situation du requérant, les membres de la commission ont noté qu'il s'agissait " d'une primo demande de titre et non d'un renouvellement de carte de résident ", qu'il " a été indiqué que Monsieur A ne peut prétendre au renouvellement de sa carte de résident, car il a dépassé les délais de dépôt de la demande ", et que l'avocat du requérant a déclaré que son client et lui-même prenaient " acte des conséquences du dépôt tardif de la demande ". Ainsi, il résulte des éléments qui précèdent que le préfet de Seine-et-Marne a pu, sans commettre d'erreur de fait, considérer que M. A ne pouvait être regardé comme demandant le renouvellement de son titre de séjour, mais comme effectuant une première demande.

5. En troisième lieu, il résulte des éléments énoncés au point précédent que M. A, qui doit être regardé comme présentant une première demande, ne peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 433-2 (anciennement L. 314-1) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré d'une erreur de droit doit donc être écarté.

6. En quatrième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté du 27 mai 2022 que celui-ci mentionne de manière précise et circonstanciée des éléments de la situation personnelle et familiale du requérant depuis son entrée sur le territoire français et notamment les condamnations figurant sur son casier judiciaire. Il vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions concernées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment les articles L.423-10, L.433-2, L.423-7, L.432-13, L.435-1, L. 412-5, L. 432-1, L. 432-2, L.611-1 3°, L.611-1 5°, L.611-3, L 612-2, L.612-12, L.613-3, L.721-3 et L.722-1I. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse serait insuffisamment motivée doit être écarté.

7. En cinquième lieu, d'une part, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. A soutient être le père de trois enfants de nationalité française. Il ajoute que l'ensemble de ses attaches se trouve en France et qu'il a aussitôt trouvé un emploi lors de sa libération. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'en raison de violences familiales, le requérant a perdu la garde de ses enfants, qu'ils ont été placés auprès des services de l'aide sociale à l'enfance en novembre 2019, et que M. A ne prétend ni ne démontre participer à l'éducation ou l'entretien de ses enfants. Il n'est par ailleurs pas établi qu'il entretiendrait des relations régulières avec ses enfants. Ainsi, il ne ressort donc pas des pièces du dossier que la décision attaquée aurait pour effet de porter atteinte à l'intérêt supérieur des enfants de M. A. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que M. A a été condamné en 2015 à 13 ans de réclusion criminelle pour viol avec circonstances aggravantes : viol commis par un ascendant et menace ou acte d'intimidation pour déterminer une victime à ne pas porter plainte ou se rétracter. Eu égard notamment à ces éléments, la décision contestée ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

9. En sixième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté, ni de la situation de

M. A, que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en examinant insuffisamment sa situation avant de prendre à son encontre la décision de refus de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 2 que M. A ne peut soutenir que la décision attaquée aurait été signée par une autorité incompétente.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ().

12. Ainsi qu'il a été dit précédemment, le préfet de Seine-et-Marne a suffisamment motivé la décision de refus de séjour qu'il oppose à M. A. Par suite, en application des dispositions précitées, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle-ci. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, dès lors, être écarté.

13. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment qu'il n'est pas démontré que la décision attaquée serait entachée d'illégalité faute pour l'administration d'avoir tenu compte de la situation personnelle et familiale de l'intéressé, ni qu'elle méconnaitrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle porterait atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

14. En premier lieu, l'arrêté litigieux du 27 mai 2022, qui vise notamment les articles

L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mentionne que l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire lorsque le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ou lorsqu'il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Ainsi, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision refusant à M. A un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

15. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 4 de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 : " S'il existe un risque de fuite, ou si une demande de séjour régulier a été rejetée comme étant manifestement non fondée ou frauduleuse, ou si la personne concernée constitue un danger pour l'ordre public, la sécurité publique ou la sécurité nationale, les États membres peuvent s'abstenir d'accorder un délai de départ volontaire ou peuvent accorder un délai inférieur à sept jours ". Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ".

16. Si M. A soutient que la décision attaquée serait illégale au motif que le préfet ne caractériserait nullement un quelconque risque de fuite, il ressort des termes mêmes de l'arrêt litigieux que la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est fondée à titre principal, non pas sur un risque de fuite, mais sur la menace pour l'ordre public que constitue le comportement de M. A. Par suite, le moyen doit être écarté.

17. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents et en particulier aux points 8 et 9 que la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée doivent être rejetées. Par suite, les conclusions à fin d'injonction, d'astreinte, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Allègre, premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

Le rapporteur,

G. PRADALIE Le président,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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