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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2205520

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2205520

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2205520
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBELLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 juin 2022, Mme C B épouse A, représentée par Me Bello, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2022 en tant que la préfète du Val-de-Marne l'a obligée à quitter le territoire et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour conformément aux dispositions de l'article L. 512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros pour l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de légalité externe tiré du défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de légalité interne tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La procédure a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Allègre a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B épouse A, ressortissante algérienne née le

19 février 1996, est entrée sur le territoire le 8 mars 2018. Elle s'est mariée le 22 février 2020 avec un ressortissant français et a sollicité un titre de séjour en qualité de conjoint de français par une demande du 28 février 2020. Par un arrêté du 24 janvier 2022, la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de certificat de résident, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme B épouse A demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire et fixe le pays de destination.

2. En premier lieu, la décision contestée vise l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968, et en particulier son article 6-2° constituant le fondement de la demande de titre de séjour. Si le visa de cet article vise improprement l'article " 6-2-5 ", cette erreur de plume n'est pas susceptible de remettre en cause la motivation de l'arrêté. Par ailleurs, sont également visées les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision comporte l'analyse précise et circonstanciée de la situation personnelle de Mme B, ainsi que les motifs pour lesquels la préfète du Val-de-Marne a estimé, à l'issue notamment d'une audition des époux auprès des services de police ainsi que de deux enquêtes de police, que le certificat de résidence ne pouvait être délivré en raison du caractère frauduleux du mariage, motif pris de ce que celui-ci avait pour seul but de permettre à l'intéressée d'obtenir un droit au séjour en France. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de la décision contestée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 modifié : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil

français ()".

4. Si un acte de droit privé opposable aux tiers est en principe opposable dans les mêmes conditions à l'administration tant qu'il n'a pas été déclaré nul par le juge judiciaire, il appartient cependant à l'administration, lorsque se révèle une fraude commise en vue d'obtenir l'application de dispositions de droit public, d'y faire échec, même dans le cas où cette fraude revêt la forme d'un acte de droit privé. Ce principe peut conduire l'administration, qui doit exercer ses compétences sans pouvoir renvoyer une question préjudicielle à l'autorité judiciaire, à ne pas tenir compte, dans l'exercice de ses compétences, d'actes de droit privé opposables aux tiers. Tel est le cas pour la mise en œuvre du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968, qui n'a pas entendu écarter l'application de ces principes. Par conséquent, si le mariage d'un étranger avec un ressortissant français est opposable aux tiers, dès lors qu'il a été célébré et publié dans les conditions prévues aux articles 165 et suivants du code civil et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'il n'a pas été dissous ou déclaré nul par le juge judiciaire, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi de façon certaine lors de l'examen d'une demande présentée sur le fondement du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 que le mariage a été contracté dans le but exclusif d'obtenir un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser à l'intéressé, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la carte de résident sollicitée.

5. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté qu'une première enquête de police a été diligentée le 15 mai 2020 afin de vérifier la réalité de la communauté de vie entre les époux à leur adresse déclarée à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Alors que l'enquête de voisinage s'est révélée négative, il a été constaté qu'aucune boite aux lettres aux deux noms n'était présente à l'adresse déclarée et que le numéro de téléphone rempli était incorrect. Une deuxième enquête a été diligentée le 28 mai 2021 suite au déménagement de Mme B à Arcueil (Val-de-Marne) chez des personnes l'hébergeant. M. A n'était pas présent,

Mme B a déclaré vivre seule dans une chambre et seul un tiroir contenait des affaires appartenant à son mari. Par ailleurs, les auditions séparées des époux ont révélé des propos vagues voire contradictoires. Enfin, les relevés bancaires produits par Mme B se sont révélés faux. Ainsi, les éléments recueillis permettaient de caractériser la fraude sans qu'il fût besoin, avant de refuser la délivrance d'un titre de séjour, de saisir le procureur de la République de ces faits. Dès lors, la préfète du Val-de-Marne en refusant la délivrance d'un certificat de résidence d'un an en raison du caractère frauduleux du mariage contracté par Mme B à la date du 22 février 2020, n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que la requérante est entrée en France en 2018 à l'âge de 22 ans. Si elle soutient être isolée dans son pays d'origine, ses frères et sœurs dont elle est très proche vivant en France, elle ne l'établit pas, en se bornant à produire sa demande de titre de séjour, le récépissé qui lui a été délivré, et la décision litigieuse. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit précédemment que son mariage avec son époux français, avec lequel elle ne démontre pas avoir établi une communauté de vie, a été conclu en vue d'obtenir la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces conditions, il résulte de l'ensemble de ces circonstances que Mme B ne peut être regardée comme ayant transféré en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. La requérante n'est, dans ces conditions, pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En quatrième lieu, si Mme B soutient que la décision fixant l'Algérie comme pays de renvoi est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au motif qu'elle y serait isolée, elle n'établit pas l'existence d'une telle erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et de celles présentées au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Allègre premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

Le rapporteur,

E. ALLEGRELe président,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, La greffière,

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