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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2205548

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2205548

vendredi 24 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2205548
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantPIERROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juin 2022, Mme E C épouse A, représentée par Me Pierrot, demande au tribunal :

1°) à titre principal d'annuler les décisions du 4 mai 2022 par lesquelles le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai d'un mois suivant la présente décision, sous astreinte de 150€ par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire d'annuler la décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne l'a obligée à quitter le territoire français ;

4°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer la situation de la requérante dans le délai d'un mois suivant la présente décision et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de l'ancienneté de sa résidence habituelle en France, de son intégration sur le territoire français et de sa bonne insertion professionnelle ;

- les services de la préfecture n'ont pas procédé à un examen effectif et approfondi de sa situation ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 juin 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le

26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E C épouse A, ressortissante indienne née le

22 décembre 1983, est entrée en France selon ses déclarations en août 2018. Elle a présenté le

29 juillet 2021 une demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre de son activité salariée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce qui lui a été refusé par arrêté du préfet de Seine-et-Marne en date du 4 mai 2022, assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et de la décision fixant le pays de destination. Mme C demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de titre de séjour :

2. En premier lieu, il résulte des termes de l'arrêté attaqué qu'il vise, d'une part, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 423-23 et L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que, d'autre part, il fait état des considérations de fait relatives à la situation personnelle, familiale et professionnelle de la requérante. Ainsi rédigée, la décision litigieuse est suffisamment motivée, sans qu'il soit besoin pour le préfet de détailler des éléments précis relatifs aux contrats de travail de la requérante. Par ailleurs, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté contesté, ni des autres pièces du dossier, que le préfet aurait insuffisamment examiné sa situation avant de prendre la décision de refus d'admission au séjour.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

4. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger qui n'est pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention "vie privée et familiale" répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire". Dans cette hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont il ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, qui justifie être titulaire d'un diplôme indien de maquillage cosmétique avancé et de coiffure, exerce une activité professionnelle depuis moins de deux ans à la date de la décision attaquée, dans un domaine distinct de celui de ses qualifications. Par ailleurs, si elle justifie que son fils suit une scolarité satisfaisante sur le territoire, elle n'établit pas qu'il ne pourrait poursuivre cette scolarité dans son pays d'origine, où il n'est pas contesté qu'il dispose de liens personnels et familiaux. Dès lors, il ne résulte pas de ces éléments que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme C déclare résider en France depuis 2018. Elle a un enfant dont il n'est ni soutenu ni allégué que le père résiderait en France. Si elle justifie d'une activité salariée en contrat à durée indéterminée depuis le 20 mai 2020 et à temps complet depuis le 1er novembre 2020, elle n'établit pas être dépourvue de liens avec son pays d'origine où elle a vécu l'essentiel de son existence et où réside notamment sa sœur. Dans ces conditions, la décision contestée n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a ainsi pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est mère du jeune B né le 27 mars 2007 à Chandigarh en Inde, qu'elle soutient qu'ils sont tous deux arrivés en France en 2018, que le jeune B est scolarisé ainsi qu'en témoignent ses bulletins scolaires et ses certificats de scolarité. Cependant, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée aurait pour objet ou pour effet de séparer le jeune B de sa mère ni qu'il serait empêché de poursuivre sa scolarité dans son pays d'origine. Dès lors, la décision contestée ne peut être regardée comme ayant méconnu le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu il résulte de ce qui précède concernant le refus de titre de séjour que le moyen tiré de ce que la décision d'obligation de quitter le territoire français serait dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre n'est pas fondé.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ". Il résulte de ces dispositions que lorsque l'obligation de quitter le territoire français vise un étranger faisant l'objet d'un refus de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour, la motivation de cette mesure se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique pour respecter les exigences posées par les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

12. L'arrêté attaqué vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les motifs pour lesquels la requérante ne peut se prévaloir d'un droit au séjour. Ainsi, l'ensemble des conditions précitées étant satisfaites, le moyen tiré d'un défaut de motivation de l'obligation de quitter le territoire français attaquée doit être écarté.

13. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit plus haut que les moyens tirés d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 4 mai 2022 et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives aux frais d'instance, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C épouse A et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Allègre, premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 24 mars 2023.

Le rapporteur,

G. PRADALIELe président,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, La greffière,

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