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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2205726

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2205726

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2205726
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantDE SA - PALLIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 9 juin 2022 et 19 mars 2023, Mme B C, représentée par Me de Sa-Pallix, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 14 janvier 2022 par lesquelles la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'elle sollicitait, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui remettre dans le délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans l'attente de la délivrance de ladite carte de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le mois qui suivra la notification du jugement à intervenir sous la même astreinte et de lui remettre durant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat.

La requérante soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît le droit d'être entendu ;

- la procédure ayant abouti à l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est irrégulière ;

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ces stipulations et dispositions.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision de refus de séjour entache d'illégalité la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que la préfète n'a pas vérifié si elle pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 743-1 et R. 733-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire :

- l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français entache d'illégalité cette décision ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français entache d'illégalité cette décision ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen.

La préfète du Val-de-Marne a produit des pièces les 24 février et 24 mars 2023.

Par décision du 18 mai 2022, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public ayant été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

A été entendu au cours de l'audience publique du 20 avril 2023, le rapport de M. Meyrignac.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante tchadienne née en 1997, est entrée en France, selon ses déclarations, en juin 2016 pour y solliciter l'asile qui lui a été refusé par une décision n° 17026937 de la Cour nationale du droit d'asile en date du 26 octobre 2017. Elle a déposé une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par arrêté du 14 janvier 2022, la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'elle sollicitait, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la requête précitée, l'intéressée sollicite l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur la légalité de la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, M. A, sous-préfet de l'arrondissement de Nogent-sur-Marne, qui a signé l'arrêté attaqué, bénéficiait d'une délégation de signature de la préfète du Val-de-Marne par arrêté n° 2021/659 en date du 1er mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour et, au demeurant, visé dans l'arrêté contesté, notamment à l'effet de signer les " décisions () relevant des attributions de l'Etat dans l'arrondissement de Nogent-sur-Marne ", à l'exclusion de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant refus de délivrance de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision contestée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, en particulier les éléments ayant trait à la situation personnelle et familiale de Mme C, ainsi que la mention des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions des articles L. 429-5 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne n'aurait pas procédé à un examen réel, sérieux et approfondi de la situation de Mme C, au regard des informations dont elle avait connaissance.

5. En quatrième lieu, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

6. Lorsqu'il sollicite la délivrance d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.

7. En l'espèce, en se bornant à faire valoir qu'elle n'a pas été informée du risque de faire l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'elle n'a pas été mise en mesure d'apporter des précisions complémentaires, Mme C n'établit pas qu'elle aurait été privée du droit d'être entendue, alors notamment qu'elle n'apporte aucune précision sur les éléments pertinents qu'elle aurait été privée de présenter à l'appui de sa demande de délivrance de titre de séjour et qui auraient pu avoir une influence sur le sens de l'arrêté contesté. Dès lors, le moyen tiré de l'atteinte au principe du contradictoire ne peut qu'être écarté.

8. En cinquième lieu, la requérante soutient que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration serait entaché de vices de procédure. Tout d'abord si elle soutient que la production de l'avis et d'un bordereau de transmission ne suffit pas à démontrer que le médecin-rapporteur qui y est cité n'aurait pas siégé au sein du collège des médecins, elle ne produit aucune pièce permettant de remettre en cause l'exactitude des mentions portées sur ces documents. Par ailleurs, Mme C soutient que les signatures des trois médecins du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration figurant sur l'avis du 8 décembre 2021 présenteraient un caractère irrégulier dès lors qu'il aurait été recouru à des signatures électroniques non authentifiées sans que les prescriptions des dispositions de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration, qui renvoient au I de l'article 9 de l'ordonnance susvisée du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives, aient été respectées et donc qu'en l'absence de preuve relative à l'authenticité des signatures électroniques des trois médecins du collège, la préfète du Val-de-Marne a pris sa décision au terme d'une procédure irrégulière. Toutefois, les dispositions de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration, invoquées par l'intéressée, ne sont applicables qu'aux décisions de l'administration, dont ne fait pas partie l'avis médical en cause. En outre, la seule démonstration qu'il est possible de copier et de coller des images de signatures de médecins ne suffit pas à établir que les médecins dont les signatures sont portées sur l'avis précité ne se seraient pas réunis et n'auraient pas étudié la situation médicale de la requérante. Le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée de vices de procédure de nature à justifier son annulation doit être écarté.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Enfin, aux termes de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications ".

10. Mme C soutient qu'elle réside en France depuis le 17 juin 2016, qu'elle y dispose d'importantes attaches familiales, du fait de la présence de son compagnon, de sa mère, de sa sœur, de sa cousine et de neveux et nièces, qu'elle est insérée et intégrée à la société française, qu'elle est francophone et que si elle dispose encore d'attaches familiales au Tchad, le centre de ses intérêts privés se trouve désormais en France. Toutefois, elle est célibataire et sans enfant sur le territoire français, confirme qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de dix-neuf ans, ne justifie pas de liens privés et familiaux sur le territoire national inscrits dans la durée et la stabilité, par la simple présence de certains membres de sa famille et n'établit pas l'insertion dans la société dont elle se prévaut. Ainsi et compte tenu de la durée et des conditions de son séjour sur le territoire national, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Cette décision n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni celles de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante, ni d'une erreur de fait quant à sa situation personnelle et familiale.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, la décision portant refus de séjour n'étant, compte tenu de ce qui précède, pas entachée d'illégalité, l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

12. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment.

13. En troisième lieu, si la requérante soutient que la préfète du Val-de-Marne n'a pas vérifié qu'elle ne pouvait pas prétendre à un titre de séjour de plein droit, il ressort des mentions de l'arrêté contesté qu'après avoir rejeté la demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète a examiné la situation de l'intéressée afin de vérifier si elle ne pouvait pas être régularisée sur un autre fondement.

14. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 743-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la notification de la décision de l'office ou, si un recours a été formé, dans le délai prévu à l'article L. 731-2 contre une décision de rejet de l'office, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. L'attestation délivrée en application de l'article L. 741-1, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'office, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la cour statuent ". Aux termes de l'article R. 733-32 du même code, alors en vigueur : " Le secrétaire général de la cour notifie la décision de la cour au requérant par lettre recommandée avec demande d'avis de réception dans les conditions prévues au premier alinéa de l'article R. 213-6 () " Aux termes de l'article R. 531-19 du même code : " La date de notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui figure dans le système d'information de l'office, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire ".

15. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui demande l'asile a le droit de séjourner sur le territoire national à ce titre jusqu'à ce que la décision rejetant sa demande lui ait été notifiée régulièrement par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, si un recours a été formé devant la Cour nationale du droit d'asile soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. En l'absence d'une telle notification, l'autorité administrative ne peut regarder l'étranger à qui l'asile a été refusé comme ne bénéficiant plus de son droit provisoire au séjour ou comme se maintenant irrégulièrement sur le territoire. Au regard de la présomption instaurée par l'article R. 531-19 précité, il appartient au demandeur qui conteste les mentions de l'application Telemofpra d'apporter des précisions et justifications de nature à les remettre en cause.

16. Mme C soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est irrégulière en ce que l'administration n'établit pas la notification des décisions ayant statué sur sa demande d'asile tant de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que de la Cour nationale du droit d'asile. Toutefois, si l'extrait de la base Telemofpra, produit par la préfète du Val-de-Marne ne mentionne pas de date de notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 13 juin 2017, il ressort de cet extrait que Mme C a saisi la Cour nationale du droit d'asile d'un recours contre cette décision le 6 juillet suivant, de sorte qu'elle en a bien eu notification. Par ailleurs, ce même extrait mentionne que la décision précitée de la Cour nationale du droit d'asile du 26 octobre 2017 a été notifiée le 16 novembre suivant. La requérante n'apportant aucun élément de nature à remettre en cause les informations portées sur cet extrait, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 743-1 et R. 733-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire :

17. En premier lieu, les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant, compte tenu de ce qui précède, pas entachées d'illégalité, l'exception d'illégalité de ces décisions à l'encontre de la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours doit être écartée.

18. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment.

19. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".

20. Si Mme C soutient que la préfète du Val-de-Marne a méconnu ces dispositions en ne lui accordant qu'un délai de départ volontaire de trente jours, ce qui serait inapproprié à sa situation, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait demandé un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ou fait état, devant la préfète, avant l'édiction de l'arrêté contesté, de circonstances particulières, propres à justifier une prolongation du délai de départ volontaire qui lui a été accordé. Dans ces conditions, le moyen précité doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

21. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision de refus de titre de séjour et la décision l'obligeant à quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de ces décisions, invoquée à l'appui des conclusions de Mme C dirigées contre la décision fixant le pays de destination ne peut par voie de conséquence qu'être écartée.

22. En deuxième lieu, la décision contestée mentionne la nationalité tchadienne de la requérante, ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise que l'intéressée n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine. Cette décision est, dès lors, suffisamment motivée en droit et en fait.

23. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile (). Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

24. Si la requérante soutient que la décision contestée méconnaît ces dispositions en ne précisant pas clairement le pays de destination, il ressort des mentions de l'arrêté du 14 janvier 2022 qu'il est précisé que la requérante est de nationalité tchadienne et qu'à défaut d'avoir quitté volontairement le territoire français, " cette décision d'éloignement sera mise à exécution à destination du pays dont elle possède la nationalité ou de tout pays dont elle est légalement admissible ", ce qui est parfaitement conforme à ces dispositions.

25. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

26. En se bornant à faire état de ce que son compagnon, sa mère et sa sœur sont bénéficiaires de la protection subsidiaire, Mme C, dont la demande d'asile a été rejetée par la décision précitée de la Cour nationale du droit d'asile du 26 octobre 2017, n'établit pas qu'elle serait personnellement exposée à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du défaut d'examen doivent ainsi être rejetés.

27. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme C tendant à l'annulation des décisions contenues dans l'arrêté de la préfète du Val-de-Marne en date du 14 janvier 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles au titre des frais de justice, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me de Sa-Pallix et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé : P. MEYRIGNAC La présidente,

Signé : I. BILLANDON

Le greffier,

Signé : G. NGASSAKI

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°°22057262

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Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026