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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2205760

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2205760

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2205760
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantABASSADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 juin et 18 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Abassade, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 mai 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour valable un an, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, au besoin sous astreinte ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'il emporte sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 juillet 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né en 1986, est entré sur le territoire français le 21 août 2013, muni d'un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité d'étudiant, renouvelé jusqu'au 2 février 2019. Par un arrêté du 19 novembre 2019, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise le 15 décembre 2020, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiant et l'a obligé à quitter le territoire français. M. A a ensuite sollicité, le 25 octobre 2021, son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 4 mai 2022, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, M. A soutient que l'arrêté contesté, qui n'a pas été signé par le préfet, a été pris par une autorité incompétente. Cependant, l'arrêté du 2 mars 2022 a été signé par le préfet de Seine-et-Marne, nommé par décret du président de la République du 30 juin 2021, publié le lendemain au Journal officiel de la République française (texte n° 62), et installé dans ses nouvelles fonctions à compter du 19 juillet 2021. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté contesté ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté, adopté notamment au visa de l'article L. 435-1 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relève notamment que l'intéressé, entré en France en 2013 sous couvert d'un visa étudiant et qui a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 19 novembre 2019, n'est pas dépourvu d'attaches personnelles ou familiales au Sénégal, où il a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans, et que le contrat à durée indéterminée dont il se prévaut ne saurait, à lui seul, constituer un motif exceptionnel au sens de l'article L. 435-1. Par suite, et alors que le préfet n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, l'arrêté contesté comporte une motivation suffisante en droit et en fait sur la situation du requérant. Par ailleurs, l'obligation de quitter le territoire français, adoptée sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de titre. Il s'ensuit que le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des motifs de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé, au regard des éléments portés à sa connaissance, à un examen particulier de la situation de M. A avant d'édicter à son encontre la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'examen particulier de la situation du requérant, à le supposer soulevé, ne peut qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, si la décision mentionne à tort que la précédente obligation de quitter le territoire français dont a fait l'objet M. A le 19 novembre 2019 n'a pas été contestée, alors que le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a été saisi d'un recours contre cette décision et en a confirmé la légalité, cette erreur de fait est sans incidence sur la légalité de l'arrêté litigieux du 4 mai 2022, dès lors qu'il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur les autres motifs retenus dans sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

7. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

8. M. A soutient qu'il est entré en France en 2013 pour effectuer ses études, où il réside continuellement depuis lors et y a installé le centre de ses intérêts privés, et se prévaut de son insertion professionnelle. Cependant, le requérant, âgé de 35 ans, ne conteste pas qu'il est célibataire et sans charge de famille, ainsi que l'indique la décision contestée. S'il se prévaut de la présence en France de ses deux frères, l'un y résidant régulièrement et l'autre étant de nationalité française, il ne fournit aucun élément attestant de l'intensité ou même de l'existence de ses liens avec eux, ou d'une éventuelle nécessité de rester à leur côté, et ne se prévaut d'aucune autre attache familiale ou privée en France. S'agissant de son intégration professionnelle, il ressort des pièces du dossier que M. A, après avoir effectué son cursus universitaire en France, a obtenu un master " Sciences économiques et sociales " en 2019, et a travaillé cinq mois en tant que téléconseiller dans le cadre d'un contrat à durée déterminée du 8 février au 23 juillet 2021. Il a ensuite exercé, durant deux mois, un emploi en qualité de médiateur interprète dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à la Croix-Rouge, d'août à septembre 2021, avant d'occuper, depuis le mois d'octobre 2021, un poste de responsable administratif et financier à temps plein au sein de l'association Claire amitié France, soit depuis six mois à la date de la décision contestée. Cependant, en dépit des efforts d'insertion dont M. A a fait preuve depuis son entrée sur le territoire, les éléments ainsi exposés de sa situation, eu égard notamment à la nature de ces emplois et à leur ancienneté, ne peuvent être regardés comme constituant des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels de nature à justifier la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement des dispositions précitées. Dans ces conditions, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en refusant de délivrer à M. A un titre de séjour.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. A, qui réside en France depuis 2013, de manière régulière jusqu'en 2019, ne conteste pas ne pas être dénué d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans, et où réside à tout le moins sa mère. S'il se prévaut du sérieux de son parcours scolaire et de son insertion professionnelle, il ne fait état d'aucun élément qui serait de nature à faire obstacle à ce qu'il puisse, notamment, poursuivre une activité professionnelle hors de France. Ainsi, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 du présent jugement, au regard de la durée et des conditions de son séjour en France, et alors que le titre de séjour étudiant ne donne pas vocation à un étranger en bénéficiant à se maintenir sur le territoire français à la fin de ses études, l'arrêté contesté n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été édicté. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 mai 2022. Il convient également de rejeter, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressé au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

La rapporteure,

M. C

La présidente,

I. BILLANDON

La greffière,

C. BOURGAULT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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