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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2205839

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2205839

vendredi 22 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2205839
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantSTOFFANELLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 juin 2022, M. B A, représenté par Me Stoffaneller, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au titre de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 24 mai 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans ses droits et de lui verser l'allocation de demande d'asile à titre rétroactif à compter du 1er mai 2022, dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que ce refus de test PCR est intervenu dans le cadre d'une rétention administrative illégale, que ce refus ne peut en aucun cas caractériser un refus de se soumettre aux obligations imposées par les autorités en charge de l'asile et que le juge judiciaire a jugé que le risque de fuite n'était pas établi.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 novembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une lettre du 16 octobre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 14 novembre 2023.

Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 30 janvier 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Blanc a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan, a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié et accepté le 1er octobre 2021 le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 24 mai 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin aux conditions matérielles d'accueil au motif que l'intéressé a refusé de se soumettre aux exigences des autorités chargées de l'asile en refusant de se soumettre à un test PCR obligatoire pour l'entrée effective sur le territoire de l'État membre responsable de l'examen de sa demande d'asile.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Par une décision du 20 juillet 2022, soit postérieurement à l'enregistrement de sa requête, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur sa demande d'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret ".

4. En premier lieu, la décision en litige vise les articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement desquels elle a été prise. Elle mentionne, par ailleurs, que M. A n'a pas respecté les exigences des autorités de l'asile en refusant de se soumettre à un test PCR obligatoire pour l'entrée sur le territoire de l'État membre responsable de l'examen de sa demande d'asile et énonce que ce motif justifie la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Elle précise également que, compte tenu des faits qui lui sont reprochés et après examen de ses besoins et sa situation personnelle et familiale, il a été décidé de mettre totalement fin à ses conditions matérielles d'accueil. Ainsi, la décision en litige comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la motivation de la décision en litige, telle que rappelée au point précédent, laquelle fait état des principaux éléments caractérisant la situation personnelle et administrative du requérant, que l'autorité administrative n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation.

6. En troisième lieu, il résulte clairement des dispositions l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 que le transfert vers l'État membre responsable peut avoir lieu pendant une période de six mois à compter de l'acceptation de la demande de prise en charge et est susceptible d'être portée à dix-huit mois si l'intéressé " prend la fuite ", cette notion devant s'entendre comme visant le cas où un ressortissant étranger se serait soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant. Tel est le cas notamment s'il se soustrait intentionnellement à l'exécution d'un transfert organisé en refusant un test PCR obligatoire pour l'entrée effective sur le territoire de l'État membre responsable, dès lors qu'il avait connaissance des conséquences d'un refus de sa part et qu'il ne fait état d'aucune raison médicale particulière justifiant une absence de consentement à la réalisation du test.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a été informé des conséquences d'un refus de sa part de procéder à un test PCR en vue de l'exécution de son transfert vers l'État responsable de sa demande d'asile, a refusé le 29 avril 2022 de se soumettre à un test PCR, faisant ainsi obstacle à son transfert vers l'Autriche. Ce refus a pour effet de faire obstacle à l'arrêté de transfert pris le 26 novembre 2021 par le préfet de Seine-et-Marne. Or, la circonstance que, par une ordonnance du 1er mai 2022, le juge des libertés et de la détention a déclaré la décision de placement en rétention irrégulière est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée qui se borne à tirer les conséquences de ce refus qui avait pour but de faire obstacle à l'exécution de son transfert vers l'Autriche. Enfin, le requérant a refusé de s'y soumettre sans faire état d'aucune raison médicale particulière justifiant une absence de consentement à la réalisation de cet examen. Dans ces conditions, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a pu, sans commettre d'erreur de droit ou d'appréciation, mettre fin aux bénéfices des conditions matérielles d'accueil.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de la décision du 24 mai 2022 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a également lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Stoffaneller.

Copie en sera adressée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 1er mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Mullié, présidente,

Mme Blanc, conseillère,

Mme Dutour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2024.

La rapporteure,

T. BLANCLa présidente,

N. MULLIE

La greffière,

H. KELI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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