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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2205958

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2205958

jeudi 21 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2205958
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMOUBERI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 juin 2022 et 18 juillet 2022 et des pièces complémentaires enregistrées les 17 juin 2022 et 18 juin 2022, M. A B, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, représenté par Me Mouberi, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2022, par lequel le préfet du Val d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la légalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il offre des garanties de représentation ;

S'agissant de la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la légalité de la décision fixant le pays de destination :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2022, le préfet du Val d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées le 20 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que, si le préfet du Val d'Oise ne pouvait obliger le requérant à quitter le territoire français sur le fondement du 1° des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il pouvait prendre la même décision sur le fondement du 2° du même article et de ce que le tribunal envisageait de substituer ce dernier fondement à celui retenu par le préfet ;

- les observations de Me Tsika-Kaya, substituant Me Mouberi, pour le requérant, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- et les observations de M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 14 h 40.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant béninois né le 24 février 1981, entré en France en 2013 selon ses déclarations, demande l'annulation de l'arrêté du 15 juin 2022 par lequel le préfet du Val d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ".

3. L'arrêté attaqué du 15 juin 2022 mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et cite notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne des éléments de la situation personnelle du requérant et indique, notamment, que le requérant exerce une activité professionnelle salariée au sein d'un salon de coiffure alors qu'il n'a pas obtenu au préalable d'autorisation de travail. L'autorité préfectorale n'est pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé sa décision. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation, qui ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs de la décision attaquée, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. / Lorsque, dans le cas prévu à l'article L. 431-2, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être prise sur le fondement du seul 4°. ".

5. Le préfet du Val d'Oise a pris la décision faisant obligation au requérant de quitter le territoire français sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif qu'il ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français. Toutefois, la décision précise également que le requérant est entré en France durant le mois de janvier 2013 sous couvert d'un visa valable jusqu'au 6 février 2013 et que le requérant s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la validité de son visa et n'a pas accompli de démarches pour obtenir un titre de séjour. Ainsi, si le requérant est entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré, il ressort des pièces du dossier qu'il s'y est maintenu sans avoir obtenu, ni même demandé, la délivrance d'un titre de séjour à l'issue de l'expiration de son visa d'entrée. Par suite, le requérant entre dans le cas prévu par le 2° de l'article L. 611-1. Celui-ci peut être substitué au 1° de l'article L. 611-1 dès lors que cette substitution de base légale ne prive l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions. Dans ces conditions, l'erreur manifeste d'appréciation soulevée par le requérant sur ce point est sans influence sur la légalité de l'arrêté attaqué, compte tenu de la substitution de base légale à laquelle il a été procédé. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Le requérant soutient qu'il n'a plus d'attaches dans son pays d'origine, qu'il vit en France depuis presque 10 ans, qu'il s'occupe des enfants de sa concubine et qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche. Toutefois, il n'établit ni le caractère intense, stable et ancien de la relation qu'il entretient avec sa partenaire par la seule production, pour les besoins de la cause, d'une attestation du 16 juin 2022, ni sa contribution à l'éducation de l'enfant de sa partenaire par la production d'une copie du passeport et de la carte d'invalidité de l'enfant ainsi que par l'attestation du 17 juin 2022, produite dans le cadre de la présente instance, précisant que le requérant récupère l'enfant le vendredi soir à 17h en Belgique alors qu'il a déclaré, le 15 juin 2022 dans son procès-verbal d'audition, être célibataire et n'avoir aucun enfant à sa charge. En outre, l'attestation de sa partenaire du 20 juin 2022 indiquant " vivre de manière commune " avec le requérant à Stains contredit à la fois les propres déclarations du requérant qui a affirmé, le 15 juin 2022 dans le procès-verbal d'audition, qu'il est sans domicile fixe ou connu, ainsi que la promesse d'embauche dont il est titulaire qui mentionne que le requérant demeure à Argenteuil. En outre, en produisant une promesse d'embauche en qualité de coiffeur datée du 16 juin 2022, soit le lendemain de la décision attaquée, le requérant n'établit pas la réalité d'une insertion sociale et professionnelle. Enfin, le requérant n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine dès lors qu'il a déclaré, le 15 juin 2022 dans son procès-verbal d'audition, qu'il a un cousin en France mais que le reste de sa famille est dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en dépit de la durée de séjour de l'intéressé en France, l'obligation de quitter le territoire français n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par la décision ni méconnu, par suite, les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre u document ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

10. Si le requérant fait valoir qu'il n'existe aucun risque qu'il se soustraie à la présente obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il justifie d'une durée de présence en France de presque 10 ans, qu'il bénéficie d'un hébergement avec sa concubine et qu'il dispose ainsi de garanties de représentation, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il justifiait d'une résidence effective et permanente à la date de l'arrêté attaqué compte tenu de ce qui a été exposé au point 7 s'agissant des déclarations contradictoires relatives à son hébergement. Au demeurant, il n'est pas contesté par l'intéressé, qui a été contrôlé en raison d'une activité professionnelle irrégulière, qu'il a manifesté, dans son procès-verbal d'audition du 15 juin 2022, sa volonté de rester en France. Dans ces circonstances, le préfet du Val d'Oise a pu, pour ces motifs, estimer établi, au regard des dispositions du 2° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le risque que l'intéressé se soustraie à l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre et lui refuser un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen invoqué doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit précédemment que les moyens dirigés par le requérant contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas fondés, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

13. En second lieu, compte tenu de ce qui a été exposé au point 7, le moyen tiré de ce que la décision méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Il résulte ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

15. Dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit précédemment que les moyens dirigés par le requérant contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas fondés, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

16. Il résulte ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

17. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé, en l'état du dossier, à demander l'annulation des décisions, contenues dans l'arrêté du 15 juin 2022, par lesquelles le préfet du Val d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloignée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2022.

La magistrate désignée,

F. C La greffière,

Signé : Y. Sadli

La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Y. Sadli

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