lundi 28 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2205982 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | MALPEL & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 juin 2022, Mme F C, représentée par la SARL Coudray, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'acte de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) du 24 janvier 2022 pris pour le recouvrement par voie de contrainte d'une somme de 48 461,74 euros correspondant à un indu de versement de pension de réversion sur la période allant du 13 mai 2000 au 31 juillet 2013 ainsi que la décision du 8 avril 2022 par laquelle la CDC a rejeté son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la CDC une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;
- l'acte du 24 janvier 2022 méconnaît les dispositions de l'article R. 133-3 du code de la sécurité sociale dès lors qu'il mentionne un délai de deux mois pour faire opposition et non le délai de quinze jours prévu à cet article ;
- la créance dont il est demandé le remboursement est prescrite pour les sommes qui lui ont été versés avant le 1er janvier 2010 en application de l'article L. 93 du code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- l'action personnelle de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales était prescrite au 24 janvier 2022 en application de la prescription quinquennale prévue aux articles 2224, 2241 et 2243 du code civil.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 octobre 2022, la Caisse des dépôts et consignations, représentée par Me Michon du Marais, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme C la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 4 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 février 2024.
Un mémoire présenté pour Mme C a été enregistré le 1er octobre 2024, après la clôture de l'instruction.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- le décret n°2003-1306 du 26 décembre 2003 ;
- le décret n° 2007-173 du 7 février 2007 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme G,
- et les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite du décès de son époux le 8 novembre 1980, lequel était fonctionnaire, Mme F C a bénéficié du versement d'une pension de réversion par la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL). La CNRACL a toutefois été informée par une déclaration sur l'honneur de Mme C qu'elle s'était remariée le 13 mai 2000. Par une décision du 26 mai 2014, le directeur de la CNRACL l'a informé qu'à la suite de sa déclaration, la pension qui lui était servie était annulée à compter du mois d'août 2013 et qu'elle était redevable des sommes indûment perçues au titre des arrérages de la pension de réversion entre le 13 mai 2000 et le 31 juillet 2013 s'élevant à un montant de 48 461,74 euros. Par un courrier du 17 août 2015, la CNRACL a rappelé à Mme C l'annulation de sa pension ainsi que l'indu mis à sa charge et l'a informée que son dossier était transmis au service du recouvrement. Par deux courriers du 8 septembre et du 19 novembre 2015, la CNRACL lui a demandé le remboursement de son indu. Par un acte du 24 janvier 2022 pris pour le recouvrement par voie de contrainte, le directeur de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) a informé la requérante du recouvrement de la somme de 48 461,17 euros correspondant au trop-perçu des sommes versées au titre de la pension de réversion dont elle a bénéficié entre le 13 mai 2000 et le 31 juillet 2013. Par un courrier du 17 mars 2022, reçu par la CDC le 18 mars suivant, Mme C a formé un recours gracieux contre cette décision, rejeté le 8 avril 2022 par la CDC. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de l'acte du 24 janvier 2022 et de la décision du 8 avril 2022 rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, d'une part, par une décision du 7 janvier 2022 portant subdélégation de signature pour la direction des politiques sociales de la CDC, régulièrement publié sur le site de cette dernière, Mme E D, responsable du service affaires juridique, a reçu une subdélégation de signature à effet de signer, au nom du directeur général de la CDC, tous les actes, dans la limite des attributions de cette direction. Par une décision du 1er mars 2021 portant délégation de signature pour la direction des politiques sociales, le directeur général de la Caisse des dépôts et consignations a donné délégation de signature à M. A B, directeur de la direction des politiques sociales, à l'effet de signer au nom du directeur général tous actes dans la limite des attributions de cette direction. Ainsi, Mme E D était compétente pour signer l'acte en litige et le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit en tout état de cause être écarté comme manquant en fait. D'autre part, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision rejetant le recours gracieux de Mme C doit être écarté comme inopérant.
3. En deuxième lieu, les mentions incomplètes ou erronées figurant dans la notification d'une décision administrative sont seulement susceptibles de rendre inopposables les voies et délais de recours contentieux et sont, par elles-mêmes, sans incidence sur la légalité de cette décision. Par suite, le moyen tiré de ce que l'acte du 24 janvier 2022 serait entaché d'une erreur de droit au motif qu'il comporterait un délai de recours erroné doit être écarté comme inopérant.
4. En troisième lieu, si, en principe, le droit à pension de réversion est régi par les dispositions en vigueur à la date du décès de l'ayant cause, la restitution des sommes payées indûment au titre d'une pension est soumise, en l'absence de disposition contraire, aux dispositions en vigueur à la date à laquelle l'autorité compétente décide de procéder à la répétition des sommes indûment versées.
5. Aux termes de l'article 1er du décret du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales : " Les dispositions du présent décret s'appliquent aux fonctionnaires mentionnés à l'article 2 du décret n° 2007-173 du 7 février 2007 relatif à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales et à leurs ayants cause ". L'article 2 du décret du 7 février 2007 relatif à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales dispose que : " Sont obligatoirement affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales les fonctionnaires soumis aux dispositions de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 () ". Aux termes de l'article 47 du décret du 26 décembre 2003, qui reprend les dispositions de l'article 43 du décret du 9 septembre 1965 portant règlement d'administration publique relatif au régime de retraite des tributaires de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales : " Le conjoint survivant ou divorcé qui contracte un nouveau mariage ou vit en état de concubinage notoire perd son droit à pension () ".
6. L'article 59 du décret du 26 décembre 2003 dispose que : " () La restitution des sommes payées indûment au titre des pensions, de leurs accessoires, d'avances provisoires sur pensions, attribués en application des dispositions du présent décret est réglée conformément aux dispositions de l'article L. 93 du code des pensions civiles et militaires de retraite () ". Aux termes de l'article L. 93 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " Sauf le cas de fraude, omission, déclaration inexacte ou de mauvaise foi de la part du bénéficiaire, la restitution des sommes payées indûment au titre des pensions, de leurs accessoires ou d'avances provisoires sur pensions, attribués en application des dispositions du présent code, ne peut être exigée que pour celles de ces sommes correspondant aux arrérages afférents à l'année au cours de laquelle le trop-perçu a été constaté et aux trois années antérieures ".
7. En l'espèce, il est constant que l'ancien époux de Mme C était fonctionnaire au sein d'une collectivité territoriale, soumis aux dispositions de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale. Ainsi, à la date à laquelle la CNRACL a décidé de procéder à la répétition des sommes indûment versées, les dispositions relatives aux règles de prescription applicables à la pension de réversion perçue par Mme C sont celles du décret du 26 décembre 2003, qui renvoient au code des pensions civiles et militaires de retraite.
8. La perception par Mme C, à compter du 13 mai 2000 jusqu'au 31 juillet 2013, de sa pension de réversion malgré son nouveau mariage est consécutive à une absence de déclaration auprès de l'administration de son changement de situation. Cette omission, alors même qu'elle ne révèle aucune intention frauduleuse ou mauvaise foi, fait obstacle à l'application de la prescription prévue par l'article L. 93 du code des pensions civiles et militaires de retraite. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
9. En dernier lieu, Mme C soutient que l'action en recouvrement de la CDC était prescrite en application des règles de prescriptions du code civil.
10. En vertu de l'article 2224 du code civil, dans sa rédaction issue de la loi du 17 juin 2008, les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer. Aux termes de l'article 2241 du même code : " La demande en justice, même en référé, interrompt le délai de prescription ainsi que le délai de forclusion. / Il en est de même lorsqu'elle est portée devant une juridiction incompétente ou lorsque l'acte de saisine de la juridiction est annulé par l'effet d'un vice de procédure ". Aux termes de l'article 2242 du même code : " L'interruption résultant de la demande en justice produit ses effets jusqu'à l'extinction de l'instance ". Enfin, aux termes de l'article 2243 du même code : " L'interruption est non avenue si le demandeur se désiste de sa demande ou laisse périmer l'instance, ou si sa demande est définitivement rejetée ".
11. Il n'est pas contesté que la CDC a eu connaissance du nouveau mariage de Mme C le 28 juillet 2013 et il résulte de l'instruction que la CNRACL a notifié le montant de sa créance à Mme C dès le 26 mai 2014 et lui en a demandé le remboursement par un courrier du 8 septembre 2015. Le 19 novembre 2015, la CNRACL a adressé une mise en demeure à Mme C. La CDC a ensuite assigné Mme C devant le juge judicaire en paiement par acte d'huissier le 5 juillet 2018, saisine ayant interrompu la prescription. Par un jugement en date du 21 juin 2019, le tribunal de grande instance de Vannes s'est déclaré incompétent. La CDC a fait appel de ce jugement devant la cour d'appel de Rennes qui a annulé le jugement du tribunal de grande instance de Vannes par un arrêt du 18 février 2020. Mme C s'est alors pourvu en cassation et par une décision du 19 janvier 2022, la Cour de cassation a cassé l'arrêt de la cour d'appel de Rennes dans toutes ses dispositions et a déclaré, en application de l'article L. 411-3 du code de l'organisation judiciaire et de l'article 627 du code de procédure civile, la déclaration d'appel de la CDC caduque. Mme C soutient que la demande de la CDC devant le juge judiciaire a été définitivement rejetée de sorte que l'interruption de la prescription doit être considérée comme non avenue. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit que par le jugement du 21 juin 2019 du tribunal de grande instance de Vannes, qui n'a pas été remis en cause par l'arrêt d'appel cassé par la cour de cassation compte tenu de la caducité de la déclaration d'appel de le CDC contre ce jugement, le juge judicaire s'est déclaré incompétent de sorte que la demande de la CDC ne peut être considérée comme ayant été définitivement rejetée au sens de l'article 2243 du code civil précité. Il résulte de l'ensemble de ces circonstances que le délai de prescription quinquennal de droit commun n'avait pas expiré le 24 janvier 2022 lorsque la CDC a pris l'acte en litige adressée à Mme C pour le recouvrement d'un indu de pension de réversion d'un montant de 48 461,74 euros.
12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 24 janvier 2022 ni celle du 8 avril 2022 ayant rejeté son recours gracieux.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la CDC, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme réclamée par Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme C une somme au titre des frais exposés par la CDC et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la Caisse des dépôts et consignations au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F C, à la Caisse nationale des retraites des agents des collectivités locales et à la Caisse des dépôts et consignations.
Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Xavier Pottier, président,
Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère,
Mme Lina Bousnane, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024.
La rapporteure,
J. G
Le président,
X. POTTIER La greffière,
A. STARZYNSKI
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026