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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2206044

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2206044

jeudi 13 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2206044
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantDAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 juin 2022, M. A B, représenté par Me David, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision verbale par laquelle l'administration du centre pénitentiaire Sud Francilien a imposé la présence d'un personnel de surveillance pénitentiaire lors des visites médiatisées de ses enfants mineurs ;

3°) d'enjoindre à l'administration pénitentiaire d'autoriser les visites médiatisées de ses enfants hors de la présence d'un personnel de surveillance pénitentiaire sous astreinte de 200 euros par mois de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 600 euros à verser à son avocat, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à lui verser en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 341-15 du code pénitentiaire ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est manifestement disproportionnée au regard du risque pour la sécurité que son comportement pourrait constituer ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1er de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable, la décision attaquée présentant le caractère d'une mesure d'ordre intérieur ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juillet 2022.

Vu :

- l'ordonnance n° 2206031 du juge des référés du 22 juin 2022 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code pénitentiaire ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bourrel Jalon, rapporteure,

- les conclusions de M. Gauthier-Ameil, rapporteur public,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, écroué depuis le 27 janvier 2004, a été incarcéré au centre pénitentiaire Sud Francilien du 26 avril 2022 au 1er juillet 2022. Il a été informé verbalement par l'administration pénitentiaire de ce que les visites médiatisées de ses enfants se dérouleraient en présence d'un personnel de surveillance pénitentiaire. Par courriel du 15 juin 2022, resté sans réponse, son avocat a demandé au centre pénitentiaire Sud Francilien la communication de cette décision. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision orale.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 18 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle peut être demandée avant ou pendant l'instance. ". Et aux termes de l'article 20 de la même loi : " Dans les cas d'urgence, (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. / () "

3. Postérieurement à l'introduction de sa requête, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 20 juillet 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, devenue sans objet.

Sur l'étendue du litige :

4. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

5. Par une note de service du 21 juin 2022 qui reprend le contenu de la décision verbale attaquée, la directrice du centre pénitentiaire Sud Francilien doit être regardée comme ayant retiré cette dernière décision. La requête formée par M. B contre la décision verbale doit donc être regardée comme étant également dirigée contre la note de service du 21 juin 2022, celle-ci ayant la même portée. En outre, la note de service du 21 juin 2022 n'ayant fait l'objet d'aucun recours, le retrait de la décision verbale a acquis un caractère définitif. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de cette décision verbale, mais uniquement sur les conclusions à fin d'annulation de la note de service du 21 juin 2022 qui s'y est substituée.

Sur la fin de non-recevoir :

6. Aux termes de l'article L. 341-1 du code pénitentiaire : " Le droit des personnes détenues au maintien des relations avec les membres de leur famille s'exerce notamment par les visites que ceux-ci leur rendent. " Aux termes de l'article R. 341-14 de ce code : " A l'exception des visites se déroulant dans les parloirs familiaux ou les unités de vie familiale, un personnel de surveillance pénitentiaire est présent dans les locaux. Il a la possibilité d'entendre les conversations. / Pendant les visites, les personnes détenues et leurs visiteurs s'expriment en français ou dans une langue que le personnel de surveillance est en mesure de comprendre, sauf si le permis délivré prévoit expressément que la conversation peut avoir lieu dans une langue autre que le français. () " Aux termes de l'article R. 341-15 du même code : " Les parloirs familiaux sont des locaux spécialement conçus afin de permettre aux personnes détenues de recevoir, sans surveillance continue et directe, des visites des membres majeurs de leur famille ou de proches majeurs accompagnés, le cas échéant, d'un ou de plusieurs enfants mineurs, pendant une durée de six heures au plus au cours de la partie diurne de la journée. ".

7. Pour déterminer si une mesure prise par l'administration pénitentiaire à l'égard d'une personne détenue constitue un acte administratif susceptible de recours pour excès de pouvoir, il y a lieu d'apprécier sa nature et l'importance de ses effets sur la situation de la personne détenue. La décision par laquelle un chef d'établissement pénitentiaire fixe les modalités essentielles de l'organisation des visites aux détenus est indissociable de l'exercice effectif du droit de visite. Cette décision affecte directement le maintien des liens des détenus avec leur environnement extérieur. Eu égard à sa nature et à ses effets sur les détenus, notamment sur leur vie privée et familiale, elle ne constitue pas une mesure d'ordre intérieur et est toujours un acte faisant grief.

8. En l'espèce, par la note de service en litige, la directrice du centre pénitentiaire Sud Francilien a prévu la présence d'un agent de surveillance pénitentiaire dans le parloir pendant toute la durée de la visite médiatisée des enfants de M. B, compte tenu des menaces et insultes proférées par ce dernier à l'encontre de l'agent de l'aide sociale à l'enfance accompagnant ses enfants lors des visites. Il est constant que M. B ne bénéficie pas de visites se déroulant dans un parloir familial ou une unité de vie familiale. Dès lors, il ressort des dispositions précitées que la présence d'un personnel pénitentiaire dans les locaux est par principe prévue lors des visites de ses proches. Par ailleurs, la note de service attaquée n'affecte ni l'existence, ni la fréquence des visites médiatisées de ses enfants mineurs prévues par un jugement du tribunal pour enfants de C du 12 janvier 2022. Cette note n'a pas non plus pour effet de limiter le nombre de visiteurs simultanés, ni d'empêcher les contacts physiques entre le requérant et ses enfants. Dans ces conditions, la décision attaquée ne peut être regardée comme affectant les modalités essentielles du droit de visite médiatisé de M. B. Par suite, elle ne constitue pas une décision faisant grief. Il s'ensuit que le garde des sceaux, ministre de la justice, est fondé à faire valoir que la note de service en litige présente le caractère d'une mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours.

9. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de la note de service du 21 juin 2022 sont irrecevables et la requête présentée par M. B doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. B.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision verbale imposant la présence d'un agent de surveillance pénitentiaire lors des visites médiatisées.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au garde des sceaux, ministre de la justice et à Me David.

Copie en sera adressée au centre pénitentiaire Sud Francilien de Réau.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Duhamel, premier conseiller,

Mme Bourrel Jalon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 février 2025.

La rapporteure,

A. BOURREL JALONLa présidente,

I. BILLANDON

La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2206044

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