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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2206133

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2206133

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2206133
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantBALONGA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juin 2022, M. A B, représenté par Me Balonga, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer le titre de séjour qu'il a sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant refus de renouvellement du titre séjour :

- est entachée d'un vice d'incompétence du signataire ;

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation quant à l'application de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

L'obligation de quitter le territoire français :

- est illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de renouvellement du titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 18 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 décembre 2022 à 12 h 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Massengo,

- et les observations de Me Balonga, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant congolais né en 1974, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 27 mai 2022, après que le collège de médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rendu un avis relatif à l'état de santé de l'intéressé et que la commission du titre de séjour s'est prononcée en faveur du renouvellement du titre de séjour, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit à l'expiration de ce délai. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 21/BC/072 du 19 juillet 2021, publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de Seine-et-Marne a donné délégation de signature à M. Cyrille Le Vély, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer notamment les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée doit être écarté comme manquant en fait.

3. La décision contestée vise et détaille les textes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles elle se fonde, en particulier les articles L. 425-9 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne également différentes considérations de fait relatifs à la situation personnelle de l'intéressé. Dans ces conditions, alors que l'autorité administrative n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait se rapportant à la situation du requérant et que la motivation de la décision ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs, la décision contestée est motivée en droit et en fait. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. /()/ ".

5. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII allant dans le sens de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance d'un titre de séjour. Il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'avis rendu par un collège composé de trois médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 7 janvier 2022 suite à la saisine du préfet de Seine-et-Marne, indique que l'état de santé de M. B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, que les soins nécessaires devaient en l'état être poursuivis pendant une durée de vingt-quatre mois et qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, il ne pouvait y bénéficier du traitement approprié. Toutefois, pour soutenir l'existence de traitements appropriés dans le pays du requérant, le préfet produit un courrier électronique rédigé le 3 mars 2022 par le médecin-chef du centre médico-social du Brazzaville, authentifié grâce à la reproduction intégrale des échanges de courriels, permettant d'identifier précisément les différents interlocuteurs. Le médecin indique que la prise en charge du virus d'immunodéficience humaine dont est atteint le requérant est actuellement gratuite et d'une qualité satisfaisante dans des centres médicaux au Congo-Brazzaville, et que tous les médicaments permettant de traiter le diabète et l'asthme se trouvent facilement au Congo-Brazzaville, bien que le suivi médical et biologique pour ces deux pathologies soient payants et d'une qualité très variable. Dès lors que le préfet apportait des éléments suffisants, provenant d'une personne qualifiée, permettant d'établir l'existence de traitements appropriés dans le pays de renvoi, il revenait au requérant de démontrer que dans sa situation particulière, il lui serait impossible de bénéficier de la prise en charge médicale nécessaire malgré les possibilités au sein de son pays. La circonstance qu'il est originaire d'une ville éloignée de la capitale n'est, à cet égard, pas suffisante pour l'établir dès lors qu'il lui est toujours loisible de fixer son domicile près d'un centre médical pouvant lui offrir la prise en charge médicale dont il a besoin. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne a méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

8. Pour refuser la demande de renouvellement de titre de séjour de M. B, le préfet de Seine-et-Marne s'est notamment fondé sur le motif tiré de ce que sa présence sur le territoire français constituerait une menace pour l'ordre public. Il est constant que l'intéressé a été condamné le 27 mai 2021 par le tribunal correctionnel de Melun, à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence sur personne chargée d'une mission de service public suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, commis en août 2020 à l'encontre du gardien du foyer d'hébergement où il résidait alors. S'il ressort des pièces du dossier que M. B n'a commis aucune autre infraction pénale auparavant ni depuis lors à la date de la décision attaquée, il n'en demeure pas moins que ces faits de violence présentent une gravité certaine, et ont été commis moins de deux ans avant cette date. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M B, célibataire et sans charge de famille, déclare résider en France depuis 2009 mais n'apporte aucune pièce au soutien de cette allégation. Si l'intéressé produit plusieurs attestations soulignant son professionnalisme dans le cadre du poste qu'il occupe depuis le 1er novembre 2020, soit moins de deux ans avant la décision, ces éléments n'apparaissent pas suffisants pour établir l'existence d'attaches fortes sur le territoire français. Par ailleurs, il ne démontre pas l'absence de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine où il a résidé selon ses allégations jusqu'à l'âge de trente-cinq ans. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 27 mai 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B une somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Massengo, conseillère,

Mme Issard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

La rapporteure,

C. MASSENGOLa présidente,

I. BILLANDON

La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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