jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2206135 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | MOUTSOUKA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 juin 2022 et 9 avril 2024, Mme A B épouse C, représentée par Me Moutsouka, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a implicitement refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'elle a sollicité ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer le titre de séjour qu'elle a sollicité dans le délai deux mois et sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ou à défaut de réexaminer sa demande sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la décision attaquée :
- est entachée du vice d'incompétence de son auteur ;
- n'est pas motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen personnalisé de sa situation ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, anciennement prévues à l'article L. 313-11, 11° du même code, les dispositions de l'article L. 423-23 du même code, anciennement prévues à l'article L. 313-11, 7° du même code, les dispositions des articles L. 421-1 à L. 421-4, anciennement prévues à l'article L. 313-10 du même code, les dispositions de l'article L. 435-1 du même code, anciennement prévues à l'article L. 313-14 du même code ;
- méconnaît les dispositions de " l'arrêté ministériel du 18 janvier 2008 " (sic) et de la " circulaire de 2012 " (sic) ;
- méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée le 22 juin 2022 au préfet de Seine-et-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Un mémoire présenté par Mme B épouse C a été enregistré le 20 octobre 2023 et n'a pas été communiqué.
Par une ordonnance du 28 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 avril 2024 à midi.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Massengo,
- et les observations de Me Wantou, substituant Me Moutsouka, représentant la requérante.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B épouse C, ressortissante turque née en 1985, a déposé une demande d'asile sur le territoire français le 27 août 2014, rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 25 février 2015. La cour nationale du droit d'asile a confirmé le 15 novembre 2015 le rejet de sa demande. Par un courrier du 27 janvier 2022, reçu le 2 février 2022, l'intéressée a demandé la délivrance d'un titre de séjour. Une décision implicite de rejet de cette demande est née le 2 juin 2022 du silence gardé par le préfet de Seine-et-Marne. Par la présente requête, Mme B épouse C demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, dès lors qu'une décision implicite de rejet est réputée avoir été prise par l'autorité compétente pour se prononcer sur la demande dont elle a été saisie, le moyen soulevé tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour présentée par Mme B épouse C, doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". L'article R. 432-2 du même code précise que : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois /()/ ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : /()/ 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir /()/ ". Aux termes de l'article L. 211-5 du code précité : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Et aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de cette décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B épouse C a présenté sa demande de délivrance d'un titre de séjour par un courrier du 27 janvier 2022, reçu le 2 février 2022. Une décision implicite de rejet est née le 2 juin 2022 du silence gardé par le préfet de Seine-et-Marne sur cette demande. Mme B épouse C n'a pas formé de demande de communication des motifs de cette décision implicite dans les conditions fixées par les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme inopérant.
5. En troisième lieu, en l'absence de motifs de la décision implicite, son auteur est réputé avoir procédé à un examen personnalisé de la demande de Mme B épouse C. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit également être écarté comme inopérant.
6. En quatrième lieu, si Mme B épouse C soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 313-11,11° et L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais codifiées aux articles L. 425-9 et L. 421-1 à L. 421-4 du même code, et les termes de " l'arrêté ministériel du 18 janvier 2008 " (sic) et de " la circulaire de 2012 " (sic), elle n'assortit pas ces moyens des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
8. Mme B épouse C soutient que le préfet de Seine-et-Marne a méconnu ces stipulations et dispositions dès lors qu'elle est entrée sur le territoire français en 2013, qu'elle s'est mariée le 16 novembre 2019, que son époux est titulaire d'une carte de résident et qu'elle souhaite initier avec ce dernier un processus de procréation médicalement assisté. Toutefois, ces seules circonstances, alors même qu'elle ne se prévaut pas d'une vie de couple antérieure à son mariage et qu'elle ne produit aucune pièce relative aux autres attaches familiales qu'elle a pu constituer sur le territoire français depuis son entrée, ne permettent pas de regarder la décision de refus de titre de séjour comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au vu du but poursuivi.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
10. Il résulte des constatations opérées au point 8, que le préfet de Seine-et-Marne n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de Mme B épouse C au regard des dispositions de l'article L. 435-1 précitées.
11. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
12. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut utilement être invoqué à l'encontre de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour. Par suite, ce moyen, qui est d'ailleurs dénué de toute précision permettant d'en apprécier le bien-fondé, est inopérant et doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B épouse C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de faire droit à sa demande de délivrance d'un titre de séjour.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme B épouse C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B épouse C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C et au préfet de Seine-et-Marne.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
Mme Massengo, conseillère,
Mme Issard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
La rapporteure
C. MASSENGO
La présidente,
I. BILLANDONLa greffière,
V. TAROT
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026