jeudi 12 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2206177 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | CAOUDAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 22 juin, 5 juillet et 23 septembre 2022, Mme A B, représentée par Me Caoudal, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à tout préfet territorialement compétent, dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros à Me Caoudal, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme B soutient que :
- l'arrêté attaqué n'a pas été signé par une autorité compétente pour ce faire, faute de délégation de signature régulière ;
- il est insuffisamment motivé ;
- la décision de refus de séjour est entachée d'un vice de procédure, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté attaqué n'a pas été précédé d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;
- cet arrêté méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'en outre la condition prévue au premier alinéa de l'article L. 423-8 du même code est satisfaite ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 août 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les moyens soulevés par la requérante sont infondés ;
- en tout état de cause, le refus de titre en litige pouvait également se fonder sur le motif tiré de ce que la contribution effective, par l'auteur de la reconnaissance de la paternité de l'enfant de la requérante, à l'entretien et à l'éducation de celui-ci, n'est pas établie.
Par ordonnance du 22 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 juillet 2023 à 12 heures.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Leconte a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante congolaise (République démocratique du Congo) née en 1983, est entrée en France le 21 août 2015, selon ses déclarations. Elle a sollicité, le 11 avril 2019, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 4 mars 2022, dont la requérante demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a opposé un refus à cette demande, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Tout d'abord, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " Et, aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. Cette obligation ne cesse pas de plein droit lorsque l'enfant est majeur. ".
3. Il ressort de la lecture de la décision attaquée que pour rejeter la demande de Mme B de délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français né le 27 décembre 2017 à Saint-Denis (93), le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur les motifs tirés de ce que l'intéressée ne justifierait pas que son enfant résiderait en France, non plus que de sa contribution effective à l'éducation et à l'entretien de celui-ci, depuis au moins deux ans, soit, depuis mars 2020.
4. Toutefois, d'une part, la requérante verse aux débats de nombreux justificatifs de la présence en France de son enfant français, lequel y est né, y a été hébergé, notamment à Pantin en Seine-Saint-Denis à compter de 2018, y a été scolarisé depuis le mois de septembre 2019, et y a bénéficié de soins, notamment un suivi vaccinal entre mars 2018 et avril 2019. Cette résidence sur le sol national est d'ailleurs admise par le préfet de la Seine-Saint-Denis en défense.
5. D'autre part, séparée du père de son enfant français, la requérante atteste, par la production d'un certificat d'hébergement établi, le 5 janvier 2022, par un opérateur de l'offre hôtelière à vocation sociale, de l'hébergement en Seine-Saint-Denis de son ménage, constitué d'elle-même et de ses deux fils dont cet enfant français, du 6 mars 2018 au 1er février 2022, soit, jusqu'à ce que l'intéressée obtienne un logement dans le cadre d'un dispositif d'accompagnement social, un mois avant l'arrêté attaqué. Il est également produit aux débats une attestation de la directrice d'une école maternelle de Seine-Saint-Denis, rapportant que Mme B a assuré un suivi de la scolarité de son enfant, tout au long de l'accueil de celui-ci dans l'établissement, de septembre 2019 à décembre 2021. Ainsi, la contribution effective de la requérante, depuis la naissance de son enfant ou au moins deux ans, à l'entretien et à l'éducation de celui-ci, lequel vit à ses côtés, est établie, sans que l'administration puisse utilement invoquer, à cet égard, le caractère insuffisamment probant d'attestations en ce sens émanant de la famille et d'amis de la requérante, lesquelles, au surplus, quand bien même établies par des proches et postérieurement à l'arrêté attaqué, rapportent des faits antérieurs et viennent à tout le moins corroborer les éléments précités.
6. Ensuite, aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. "
7. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
8. Le préfet de la Seine-Saint-Denis invoque, en défense, un autre motif, tiré de ce que le père français de l'enfant de Mme B, qui en a reconnu la paternité le 2 janvier 2018, ne contribuerait pas à l'entretien et à l'éducation de celui-ci dans les conditions prévues par les dispositions citées au point 6. Cependant, la requérante produit de nombreux justificatifs pour attester d'une telle contribution, y compris de l'investissement du père dans l'éducation de son fils, dont il est témoigné par l'attestation mentionnée au point 5 émanant de la directrice de l'école maternelle ayant accueilli l'enfant de mi 2019 à fin 2021, faisant état du suivi par l'intéressé de la scolarité de son fils sur cette période et de contacts réguliers avec l'enseignante à cet effet. Il est également démontré une contribution directe à l'entretien de l'enfant, en particulier aux soins de santé et à l'habillement, par des relevés de remboursements par l'Assurance maladie de frais engagés par l'intéressé à ce titre, en novembre et décembre 2020 puis octobre et décembre 2021, un justificatif de souscription par lui d'une assurance complémentaire santé couvrant les besoins de son fils, à compter du 1er janvier 2022, ainsi que plusieurs factures d'achats dans une enseigne de prêt à porter pour enfant, de septembre 2021 à février 2022. L'investissement direct du père est également étayé par la justification d'un accompagnement de son fils au sortir d'une intervention chirurgicale, le 30 novembre 2020, ou encore, par la réception d'un courrier relatif à une assurance scolaire, en juin 2021. Ces éléments, suffisamment probants par eux-mêmes, sont corroborés par un témoignage établi par le père, indiquant accueillir son fils à son domicile à compter du vendredi soir pour le week-end, jours travaillés par Mme B. Ainsi, il ne saurait être procédé à la substitution de motif demandée dans la mesure où contrairement à ce qui est soutenu en défense, le préfet n'aurait pu fonder l'arrêté attaqué sur un motif tiré d'un défaut de contribution du père à l'éducation et à l'entretien de l'enfant de la requérante.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à soutenir que la décision du 4 mars 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par voie de conséquence, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, l'arrêté attaqué doit être annulé en toutes ses décisions.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Aux termes des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / () La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. "
11. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre à l'administration de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ". Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou tout autre préfet territorialement compétent, d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
12. Il résulte des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative que l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle peut demander au juge de condamner la partie perdante à lui verser la somme correspondant à celle qu'il aurait réclamée à son client, si ce dernier n'avait pas eu l'aide juridictionnelle, à charge pour l'avocat qui poursuit, en cas de condamnation, le recouvrement de la somme qui lui a été allouée par le juge, de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
13. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Caoudal renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de la préfecture de Seine-Saint-Denis une somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 4 mars 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat (préfecture de la Seine-Saint-Denis) versera à Me Caoudal, avocate de Mme B, la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Caoudal renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Caoudal.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
Mme Leconte, conseillère,
Mme Massengo, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 12 octobre 2023.
La rapporteure,
S. LECONTELa présidente,
I. BILLANDON
La greffière,
V. TAROT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026