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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2206181

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2206181

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2206181
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantJORION AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 juin 2022 et 16 janvier 2023, M. I et Mme J A, M. F et Mme B K et Mme D L, représentés par Me Rousseau, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 avril 2022 par lequel le maire de Fontenay-sous-Bois a délivré un permis de construire portant sur la construction d'une maison individuelle sur une parcelle cadastrée section V n° 232 située 63 rue Emile Boutrais ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Fontenay-sous-Bois une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ; en particulier, elle n'est pas tardive et, en leur qualité de voisins immédiats, ils justifient d'un intérêt pour agir dès lors que le projet en litige est de nature à créer des vues sur leurs propriétés et à en limiter l'ensoleillement ;

- l'arrêté en litige méconnaît les dispositions de l'article L.431-1 du code de l'urbanisme dès lors que le projet architectural n'a pas été établi par un architecte ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 442-2 et R. 421-19 de ce code dès lors que l'opération était soumise à la délivrance non d'un permis de construire mais d'un permis d'aménager ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que le projet est partiellement implanté en retrait de la limite séparative ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UB 9 de ce règlement dès lors que son emprise au sol est supérieure à 50 % de la surface de l'unité foncière en raison de la présence d'une pergola ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UB 12 de ce règlement dès lors qu'il ne prévoit pas de places de stationnement ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme dès lors que le terrain d'assiette du projet ne permet pas l'intervention des services de secours et de lutte contre l'incendie.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 décembre 2022, la SCI S2SA, représentée par le cabinet Jorion avocats, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal mette en œuvre les dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de M. et Mme A et autres la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. et Mme A et autres ne sont pas fondés.

Par un mémoires en défense enregistré le 13 janvier 2023, la commune de Fontenay-sous-Bois, représentée par le cabinet Lonqueue - Sagalovitsch - Eglie-Richters et associés, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal mette en œuvre les dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de M. et Mme A et autres la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. et Mme A et autres ne sont pas fondés.

Par une lettre du 24 août 2023, les parties ont été informées, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, que le tribunal était susceptible de surseoir à statuer sur la demande tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué pour les motifs tirés, d'une part, de la méconnaissance de l'article UB 7 dès lors que la façade Est est implantée en retrait de 2,20 mètres par rapport à la limite séparative et d'autre part, de la méconnaissance des dispositions de l'article UB 12 du même règlement en l'absence de création de place de stationnement.

Des observations, enregistrées les 28 août 2023 et 30 août 2023, ont été présentées respectivement par la SCI 2S2A et par M. et Mme A et autres.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cabal,

- les conclusions de M. Grand, rapporteur public,

- et les observations de Me Rousseau, représentant M. et Mme A et autres, de Me Krasniqi, représentant la commune de Fontenay-sous-Bois et de M. H, représentant la SCI 2S2A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 22 avril 2022, le maire de Fontenay-sous-Bois a délivré à la SCI 2S2A un permis de construire une maison individuelle sur la parcelle cadastrée section V n° 232 sise 63 rue Emile Boutrais (Fontenay-sous-Bois). Par une requête enregistrée le 22 juin 2022, M. et Mme A et autres demandent au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 431-1 du code de l'urbanisme : " Conformément aux dispositions de l'article 3 de la loi n° 77-2 du 3 janvier 1977 sur l'architecture, la demande de permis de construire ne peut être instruite que si la personne qui désire entreprendre des travaux soumis à une autorisation a fait appel à un architecte pour établir le projet architectural faisant l'objet de la demande de permis de construire. ".

3. Il ressort du formulaire Cerfa et des plans de la demande de permis de construire contenus dans la demande de permis de construire que le pétitionnaire a eu recours à un architecte, en l'espèce M. G E, du cabinet Arc@Studio, lequel a signé ces documents. Les requérants n'établissent pas, par leurs seules allégations, que cet architecte ne serait pas l'auteur du projet architectural et qu'il y aurait apposé sa signature par pure " complaisance ". Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 431-1 du code de l'urbanisme doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme, dans sa rédaction applicable au présent litige : " En secteurs UBb et UBc, les constructions pourront s'implanter soit en retrait, soit sur une, soit sur plusieurs limites séparatives. () / En cas d'implantation en retrait des limites séparatives, les modalités visées ci-dessous doivent être respectées simultanément : () / En cas de façade ne comportant pas de baies, le retrait L à la limite séparative doit être égal à la moitié de la hauteur H de cette façade (L=H/2), avec un minimum de 2,50 mètres ". Le lexique de ce règlement définit une construction comme : " travaux, bâtiment, équipement, entrant dans le champ des autorisations de construire, à destination d'habitation ou non, y compris en l'absence de fonction, ou tout ouvrage, outillage, installation impliquant une implantation au sol, une occupation du sous-sol ou en surplomb du sol " et les limites séparatives comme " les limites du terrain qui aboutissent à une voie, y compris les éventuels décrochements, brisures et coudes, constituent les limites séparatives latérales. / La limite opposée à la voie constitue la limite séparative de fond de terrain ". En outre, ce lexique précise que " ne constitue pas une baie () / un dispositif d'éclairement composé de verre opaque monté sur châssis fixe ". Enfin, le retrait est défini comme " la distance comptée perpendiculairement de la construction, jusqu'au point le plus proche de la limite séparative pour les façades ne comportant pas de baies () / Ne sont pas pris en compte pour le calcul du retrait les éléments de modénature, les auvents, les débords de toiture ni les parties enterrées des constructions ". Il résulte de ces dispositions, en l'absence de mention particulière du règlement du plan local d'urbanisme, que, à l'exception des éléments de modénature, auvents, débords de toitures et parties enterrées des constructions, tout point d'une façade ne comportant pas de baies doit respecter une distance minimale par rapport à la limite séparative dès lors qu'elle est implantée en retrait.

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du plan de masse PCMI 2, que la façade Ouest du projet en litige, qui ne comporte pas de baie, est d'une longueur de 8,41 mètres. Dans ces conditions, et pour l'application des dispositions précitées de l'article UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme, en cas de retrait par rapport à la limite séparative, la distance minimale à respecter doit être de 4,205 mètres (H /2). Il ressort toutefois de ce même plan, que cette façade se situe, sur une distance de 4,41 mètres, en retrait de 2,20 mètres de la limite séparative. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article UB 9 du règlement du plan local d'urbanisme : " En secteur UBb et UBc, l'emprise au sol maximale des constructions ne peut excéder 50 % de la superficie du terrain ". Le règlement précise que " sont également exclus du calcul de l'emprise au sol () les parties de constructions n'ayant pas de surélévation significative ou de fondations profondes ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le projet situé sur la parcelle limitrophe cadastrée section V n° 231 prévoit l'implantation, sur le terrain d'assiette du projet en litige, d'une pergola en bois naturel. Cette pergola constituée de poutres prend appui sur la façade de l'immeuble projeté sur la parcelle cadastrée section V n° 231 ainsi que sur le mur implanté en limite séparative. Elle ne peut être regardée, dans ces conditions, comme comportant, pour l'immeuble projeté contesté dans la présente instance, des fondations au sens des dispositions précitées et n'avait pas à être prise en compte pour le calcul de l'emprise au sol. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UB 9 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 12 du règlement du plan local d'urbanisme auquel renvoie son article UB 12 : " Normes de stationnement pour les constructions et installations nouvelles / Constructions à destination d'habitation / Véhicules motorisés / 1 place de stationnement automobile au minimum par logement ".

9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le projet en litige a pour effet de créer un logement. Pour l'application des dispositions citées au point précédent, il doit prévoir la création d'une place de stationnement. Il ressort de ces mêmes pièces que le projet ne prévoit aucune place de stationnement. En particulier, si le projet qui doit se réaliser sur la parcelle mitoyenne cadastrée section V n° 231 prévoit la création d'une place de stationnement supplémentaire, cette seule circonstance n'est pas, à elle seule, de nature à établir qu'elle serait destinée au projet en litige en l'absence de tout élément en ce sens dans la demande de permis de construire. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le permis de construire en litige a été délivré en méconnaissance des dispositions de l'article UB 12 du règlement du plan local d'urbanisme.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme : " Constitue un lotissement la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière ou de plusieurs unités foncières contiguës ayant pour objet de créer un ou plusieurs lots destinés à être bâtis. ".

11. Il ressort des pièces du dossier que le projet en litige, qui porte sur la construction d'une maison individuelle, ne prévoit aucune division en propriété ou en jouissance. Par suite, le moyen tiré de ce que le projet aurait dû faire l'objet d'une demande de permis d'aménager ne peut être qu'écarté.

12. En sixième lieu, aux termes de l'article R. 111-1 du code de l'urbanisme : " Le règlement national d'urbanisme est applicable aux constructions et aménagements faisant l'objet d'un permis de construire, d'un permis d'aménager ou d'une déclaration préalable ainsi qu'aux autres utilisations du sol régies par le présent code. / Toutefois les dispositions des articles R. 111-3, R. 111-5 à R. 111-19 et R. 111-28 à R. 111-30 ne sont pas applicables dans les territoires dotés d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu. ".

13. La commune de Fontenay-sous-Bois étant dotée d'un plan local d'urbanisme, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme ne peut être écarté comme inopérant.

Sur l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

14. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".

15. Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires, que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée, sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation. Il invite au préalable les parties à présenter leurs observations sur la possibilité de régulariser le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme. Le juge n'est toutefois pas tenu de surseoir à statuer, d'une part, si les conditions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme sont réunies et qu'il fait le choix d'y recourir, d'autre part, si le bénéficiaire de l'autorisation lui a indiqué qu'il ne souhaitait pas bénéficier d'une mesure de régularisation. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

16. Les vices de légalité mentionnés, d'une part, au point 5, tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Fontenay-sous-Bois quant à l'implantation en retrait de la façade Est par rapport à la limite séparative et, d'autre part, au point 9, tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UB 12 du même règlement dès lors que le projet ne prévoit pas la création de places de stationnement sont susceptibles d'être régularisés. Il y a lieu, dès lors, de surseoir à statuer, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et d'impartir à la SCI 2S2A et à la commune de Fontenay-sous-Bois un délai de quatre mois, à compter de la notification du présent jugement, aux fins de notifier au tribunal la mesure de régularisation nécessaire.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur la demande des requérants tendant à l'annulation du permis de construire délivré par l'arrêté du maire de Fontenay-sous-Bois du 22 avril 2022 jusqu'à l'expiration d'un délai de quatre mois, à compter de la notification du présent jugement, imparti à la SCI 2S2A et à la commune de Fontenay-sous-Bois pour notifier au tribunal un permis de construire régularisant les vices tirés, d'une part, de la méconnaissance des dispositions de l'article UB 7 du règlement du plan local d'urbanisme quant à l'implantation de la façade Ouest par rapport à la limite séparative et, d'autre part, de la méconnaissance des dispositions de l'article UB 12 du même règlement en l'absence de création de place de stationnement.

Article 3 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A, à M. et Mme K, à Mme D L, à la commune de Fontenay-sous-Bois et à la SCI 2S2A.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. M, président,

M. Duhamel, premier conseiller,

M. Cabal, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

Le rapporteur,

P.Y. CABAL

Le président,

M. M

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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