mercredi 2 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2206265 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | DE SA - PALLIX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 juin 2022 et le 28 mai 2023, M. C B, représenté par Me De Sa - Pallix, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;
3°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer son dossier dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai d'une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte définitive de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle ou, en cas de non admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la même somme à verser à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs aux trois décisions en litige :
- Les décisions sont entachées d'incompétence ; elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- A sont insuffisamment motivées ; la situation sécuritaire en Afghanistan imposait au préfet de motiver sérieusement son arrêté ;
- A ont été prises au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que le droit d'être entendu du requérant préalablement n'a pas été respecté, dans son sens donné par les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; il n'a pas été informé de la perspective d'un éloignement vers l'Afghanistan ;
- A sont entachées d'un défaut d'examen approfondi de la situation individuelle du requérant ; il n'a pas été tenu compte des conséquences de la prise du pouvoir par les talibans ; le préfet n'a pas pris en compte son temps de présence sur le territoire français, son absence de perspective de reconstitution de sa cellule familiale sur le territoire afghan compte tenu des risques de persécution pour lui, sa femme et ses enfants ;
- A méconnaissent les dispositions des articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la situation en Afghanistan quant à la protection des droits humains s'est notoirement dégradée depuis le 15 août 2021 ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- A méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dès lors qu'il vit en France depuis plus de 7 ans et y a fixé le centre de ses intérêts privés, que sa famille est opposée au régime terroriste des talibans ; sa famille est opposée au régime des talibans, notamment en ce qui concerne les mesures édictées contre les femmes ;
- A sont entachées d'erreur de fait, quant à la durée de son séjour, ses attaches fortes en France, l'impossibilité de pouvoir espérer reprendre une vie normale en Afghanistan notamment pour sa femme, l'absence de menace à l'ordre public et son insertion dans la société française ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et du refus d'octroi d'un délai de départ
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il existe un conflit armé dans la province de Nangarhar ; il fait état d'une particulière vulnérabilité, dès lors qu'il a des opinions hostiles au régime des talibans et qu'il sera suspecté de s'être " occidentalisé " ; il s'opposera au mariage forcé de sa fille ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.
Par une décision du 20 juillet 2022, le président du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun a accordé à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. Delmas pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, M. Delmas a lu son rapport en l'absence des parties qui n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant afghan né le 11 mars 1993 à Nangarhar (Afghanistan), est entré sur le territoire français pour y solliciter l'asile. Sa demande d'asile a été enregistrée le 6 novembre 2015 par les services de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Le directeur général de l'Office a rejeté sa demande d'asile par une décision du 26 juillet 2017, confirmée par une décision du 28 octobre 2020 de la Cour nationale du droit d'asile. M. B a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile le 4 mai 2021. Par une décision du 17 mai 2021, le directeur général de l'Office a rejeté cette demande par une décision d'irrecevabilité. Par un arrêté du 24 mai 2022, le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Si M. B sollicite, dans le cadre de sa requête, son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, il ressort des pièces du dossier que son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle a été prononcée par une décision du président du Bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal administratif de Melun en date du 20 juillet 2022. Dès lors ses conclusions tendant à ce que le tribunal l'admette à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet et il n'y a, par suite, plus lieu de statuer dessus.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant à trente jours le délai de départ volontaire :
S'agissant des moyens communs aux décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant à trente jours le délai de départ volontaire :
3. En premier lieu, l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". L'arrêté en litige qui contient les décisions attaquées comporte la signature de son auteur, ainsi que la mention en caractère lisible de son prénom, de son nom et de sa qualité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Or, par un arrêté n° 21/BC/072 du 19 juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° D77-086-19-07-2021 du même jour, le préfet de Seine-et-Marne a donné à Monsieur Cyrille Le Vély, secrétaire général de la préfecture, délégation de signature aux fins de signer les décisions litigieuses. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".
6. D'une part, l'arrêté en litige du 24 mai 2022 du préfet de Seine-et-Marne vise les stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, l'arrêté mentionne que la demande d'asile de l'intéressé a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 26 juillet 2017 notifiée le 19 juillet 2017, par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 28 octobre 2020 notifiée le 19 octobre 2020 et par une décision d'irrecevabilité du directeur général de l'Office du 17 mai 2021 notifiée le 9 juin 2021. Ainsi, l'arrêté en litige comporte les motifs de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français. La seule circonstance que l'arrêté en litige ne fait pas expressément mention de la situation sécuritaire en Afghanistan est sans incidence sur l'intelligibilité de cette décision. D'autre part, dès lors que le délai d'un mois accordé à un étranger pour exécuter une obligation de quitter le territoire français constitue un délai équivalent au délai de droit commun le plus long susceptible d'être accordé en application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'absence de prolongation de ce délai n'a pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, distincte de celle du principe même de ladite obligation, à moins que l'étranger ait expressément demandé le bénéfice d'une telle prolongation ou justifie d'éléments suffisamment précis sur sa situation personnelle, notamment la durée de son séjour en France, l'existence d'enfants scolarisés et d'autres liens familiaux et sociaux sur le territoire français, susceptibles de rendre nécessaire une telle prolongation. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait demandé au préfet de Seine-et-Marne le bénéfice d'une prolongation du délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions en litige ne peut qu'être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (). ". Aux termes de l'article 51 de la Charte : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union (). ".
8. Si M. B soutient qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations avant l'intervention des décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, cette double mesure, prise sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fait suite au rejet par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile de sa demande d'asile. Dans un tel cas, aucune obligation d'information préalable ne pèse sur l'autorité administrative. Il ne ressort pas d'ailleurs des pièces du dossier et des écritures du requérant que l'intéressé aurait postérieurement sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux sur ce point, ni qu'il aurait été empêché de présenter ses observations, s'il l'avait souhaité, avant que ne soient prise les décisions litigieuses. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé du droit d'être entendu.
7. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé, compte tenu des informations en sa possession à la date de ses décisions, à un examen approfondi de la situation personnelle de M. B. En outre, le requérant ne saurait utilement de prévaloir de l'évolution de la situation géopolitique dans son pays d'origine à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français et de celle lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté comme manquant en fait.
S'agissant des moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications. ".
9. M. B se prévaut de la longévité d'un séjour en France de plus de sept années. Toutefois, cette seule circonstance ne permet pas de considérer qu'il y a fixé le centre de sa vie privée et familiale. En outre, s'il a indiqué lors de l'enregistrement de sa demande d'asile le 6 novembre 2015 que sa femme et ses enfants étaient en Afghanistan, le requérant n'apporte aucun élément relativement à l'existence d'une vie privée et familiale en France et n'établit pas avoir été rejoint par les membres de sa cellule familiale à la suite de l'évolution de la situation géopolitique dans son pays d'origine. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne peuvent qu'être écartés.
10. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire qui n'a pas pour objet ni pour effet de fixer le pays à destination duquel M. B pourra être éloigné d'office, lequel est déterminé par une décision distincte.
11. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni de l'arrêté en litige que le préfet aurait considéré que la présence en France de M. B représenterait une menace pour l'ordre public. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet de Seine-et-Marne aurait commis une erreur de fait ou une erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. B quant à la durée de son séjour en France, quant à ses attaches dans ce pays qui n'ont pas été établies, ou quant à l'impossibilité de pouvoir espérer reprendre une vie normale en Afghanistan.
12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 24 mai 2022 par lesquelles le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.
En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant fixation du pays de destination de la reconduite :
13. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". L'article L. 721-4 du même code prévoit que " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 1er de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Les Hautes Parties contractantes reconnaissent à toute personne relevant de leur juridiction les droits et libertés définis au titre I de la présente Convention. ". Aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
14. M. B invoque dans ses dernières écritures le bénéfice des stipulations et dispositions citées au point précédent au regard du contexte de violence généralisée, qui s'est aggravé depuis le rejet de sa demande de réexamen de sa demande d'asile par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 17 mai 2021, suite à la prise de contrôle d'une grande partie du territoire de l'Afghanistan et notamment de la ville de Kaboul le 15 août 2021.
15. D'une part, il ressort du communiqué du 10 mars 2023 établi par le pôle de presse de la Cour nationale du droit d'asile, et librement accessible sur le site internet de cette juridiction, qu'à l'occasion d'une décision rendue le 14 février 2023, la Cour nationale du droit d'asile, s'appuyant sur les analyses de l'Agence de l'Union européenne pour l'asile (AUEA) a considéré que douze des trente-quatre provinces d'Afghanistan étaient en proie à une situation de violence aveugle à l'égard des civils résultant d'un conflit armé depuis l'été 2021, soit avant l'édiction de la décision en litige. Il ressort en particulier de ce communiqué qu'" Examinant le recours d'un ressortissant afghan originaire de la province de Nangarhar, la Cour a été conduite à analyser la situation sécuritaire prévalant dans son pays, où des conflits armés opposent dans certaines régions l'organisation " État islamique - Province du Khorassan " aux forces talibanes au pouvoir depuis l'été 2021.En s'appuyant sur les données et conclusions publiées en janvier 2023 par l'AUEA, la Cour a estimé que les provinces de Badakhshan, Baghlan, Balkh, Kaboul, Kapisa, Kunar, Kunduz, Nangarhar, Panchir, Parwan et Takhar, situées dans l'est du pays, ainsi que la province de Kandahar, située au sud, étaient livrées à une situation de violence aveugle, dont sont victimes les populations civiles. Selon le rapport de l'AUEA, la province du Panchir est la province la plus affectée par la violence aveugle, laquelle y atteint un niveau qui, sans être " exceptionnel ", est plus élevé que dans les autres provinces concernées. La violence dans les autres provinces, comme celle de Nangahar, n'atteint pas un niveau aussi élevé. La protection accordée aux victimes potentielles de conflits armés pourra être accordée en cas d'éléments caractérisant un risque accru d'être exposé aux conséquences de cette violence aveugle en cas de retour dans leur pays, tels qu'une situation de handicap ou une activité professionnelle spécifique. "
16. D'autre part, si la Cour nationale du droit d'asile, dont la décision n° 18008967 en date du 28 octobre 2020, a été mise au contradictoire par le magistrat désigné, a considéré que l'ensemble des faits allégués par l'intéressé n'ont pas permis de tenir les motifs à l'origine de la rupture de son contrat avec l'Armée nationale d'Afghanistan et les menaces proférées contre sa famille par les insurgés pour établis, sa nationalité afghane, son intégration dans l'Armée nationale d'Afghanistan, sa coopération avec l'armée des Etats-Unis d'Amérique pour les opérations menées dans les districts de Logar, Baraki Barak et Kharwar et sa provenance de la province de Nangarhar ont été établies, et cette province doit être regardée comme étant déjà à la date de la décision attaquée dans une situation de violence aveugle. En outre, la Cour nationale du droit d'asile a rappelé, par exemple dans sa décision n° 21015973 du 29 octobre 2021, que le porte-parole des talibans a déclaré que les demandeurs d'asile afghans seraient en cas de retour traduits devant la justice talibane. Or, il ressort des pièces du dossier que M. B, qui s'est exilé de son pays en 2015, s'est donc absenté de manière continue d'Afghanistan depuis près de sept ans. Ainsi que le souligne notamment le rapport de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR) publié le 26 mars 2021 et intitulé " Afghanistan : risques au retour liés à l'occidentalisation ", il serait, en cas de retour dans son pays d'origine, perçu comme " occidentalisé " aux yeux des talibans du fait notamment de son mode de vie présumé en France. Compte tenu de cette situation, il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé renvoyé dans son pays y serait exposé, du seul fait de sa présence et sans considération de sa situation personnelle, à un risque réel de traitements contraires aux dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sans qu'il puisse bénéficier d'une protection des autorités locales.
17. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 24 mai 2022 lui fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
18. Le présent jugement, qui prononce seulement l'annulation de la décision fixant le pays de destination, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
19. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à ce qu'il soit admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La décision du 24 mai 2022, par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a fixé le pays à destination duquel M. B est susceptible d'être éloigné d'office, est annulée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, Me De Sa - Pallix et au préfet de Seine-et-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 août 2023.
Le magistrat désigné,
Signé : S. Delmas
Le greffier,
Signé : L. Darnal
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2206265
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026