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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2206271

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2206271

lundi 17 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2206271
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCP DAGNEAU-BACHIMONT & DUQUESNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juin 2022 sous le n° 2206271, M. I C, incarcéré au centre pénitentiaire de Fresnes, doit être entendu comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté notifié le 20 juin 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne :

- l'a obligé à quitter le territoire français ;

- lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- a fixé le pays de destination ;

- l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de 3 ans.

M. C doit être entendu comme soutenant que la préfète porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale en France où il réside depuis 12 ans, où sont nés ses enfants en 2010 et 2016, où il travaillait sous contrat à durée déterminée avant son incarcération ; de plus, après 12 ans passés en France, il n'a plus d'attaches amicales ou familiales en Pologne.

Vu :

- l'arrêté litigieux de la préfète du Val-de-Marne en date du 14 juin 2022 ;

- les pièces, enregistrées les 23 et 27 juin 2023, présentées pour la préfète du Val-de-Marne par Me Termeau ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Freydefont pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-10 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 28 juin 2023 en présence de Mme Riellant, greffière d'audience :

- M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport ;

- les observations de Me Duquesne, représentant M. C, requérant absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en soutenant, de plus, qu'il n'est pas célibataire comme indiqué dans l'arrêté puisqu'il a été condamné pour violences conjugales ; de plus, il n'est pas non plus sans enfant à charge puisqu'il a déclaré avoir deux enfants nés en France en 2010 et 2016 ; par suite, l'arrêté est entaché d'erreurs de fait et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ; en outre, il se prévaut d'un contrat à durée à déterminée avant son incarcération et d'une promesse d'embauche à sa libération ; il habite en France depuis 12 ans et n'a plus aucune attache en Pologne ; par suite, l'arrêté méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les observations de Me Termeau, représentant la préfète du Val-de-Marne, défendeur, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que M. C a été condamné pour quatre infractions et que l'obligation de quitter le territoire français est donc fondée ; de plus, à la date de l'arrêté litigieux, la communauté de vie avec sa compagne avait cessé de telle sorte que c'est sans erreur de fait ni défaut d'examen que la préfète a pu écrire que l'intéressé était célibataire sans charge de famille ; enfin, ses allégations ne sont étayées par aucun élément probant de telle sorte que le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sera écarté comme infondé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () " ; aux termes de l'article L. 251-7 du même code : " Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et les interdictions de circulation sur le territoire français prises en application du présent chapitre peuvent être contestées devant le tribunal administratif dans les conditions prévues au chapitre IV du titre I du livre VI. L'article L. 614-5 n'est toutefois pas applicable. " ; aux termes de l'article L. L. 614-6 dudit code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. "

2. Par un arrêté en date du 14 juin 2022 notifié le 20 juin 2022 à 10 heures 25, la préfète du Val-de-Marne a, sur le fondement du 2° de l'article L. 251-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé M. I J C, ressortissant polonais né le 28 août 1977 à Krosno, à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la requête susvisée, enregistrée le 22 juin 2022 à un horaire indéterminé, M. C demande l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté préfectoral.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Or, par un arrêté n° 2021/663 du 1er mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, la préfète du Val-de-Marne a donné à M. B F, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, délégation pour signer notamment les décisions litigieuses en cas d'absence ou d'empêchement de Mme E, cheffe de la direction des migrations et de l'intégration, et de Mme D A, cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux. Il n'est en l'espèce ni établi ni même allégué que Mmes E et A n'auraient, à la date de l'arrêté attaqué, pas été absentes ou empêchées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes () "

5. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de l'obligation faite à M. C de quitter le territoire français puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et le 2° de l'article L. 251-1 précité et mentionne que le requérant a été écroué à la maison d'arrêt de Fresnes le 21 janvier 2022 après avoir condamné la veille par le tribunal correctionnel de Créteil à une peine de sept mois d'emprisonnement pour des faits d'harcèlement sur conjoint, dégradation des conditions de vie altérant la santé, violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, enregistrement ou transmission d'images à caractère sexuel et rébellion. L'arrêté précise également que M. C est célibataire sans charge de famille, que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas intenses et stables et que M. C n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. La préfète en déduit que la décision opposée au requérant ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales puisqu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et familiale. Il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée en droit comme en fait conformément à l'obligation prévue à l'article L. 613-1 précité.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. " En plus de ce qui a été développé au point précédent, l'arrêté vise également l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise qu'eu égard à la nature des faits commis et au risque de récidive, il y a urgence à éloigner M. G H du territoire français. Par suite, la décision de refus de délai de départ volontaire est suffisamment motivée en droit comme en fait conformément aux dispositions de l'article L. 613-2 du même code.

7. De plus, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait de la décision fixant le pays de destination puisqu'il vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précise la nationalité de M. C, en l'espèce polonaise et indique que la décision en cause ne viole pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays. Ces considérations suffisent à établir une décision fixant le pays de destination motivée en droit comme en fait.

8. Enfin, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. " ;

9. Il résulte des dispositions précitées que, si une décision d'interdiction de circulation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de circulation fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de circulation d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger ; elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

10. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de droit et de fait fondement de l'interdiction faite à M. C de retourner sur le territoire français pour une durée de 3 ans puisqu'il vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 251-4 à L. 251-7 du code, mentionne sa situation personnelle et familiale telle que décrite au point 5 et rappelle que l'intéressé a été condamné par le tribunal correctionnel de Créteil le 20 janvier 2022 à une peine de sept mois d'emprisonnement pour des faits d'harcèlement sur conjoint, dégradation des conditions de vie altérant la santé, violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, enregistrement ou transmission d'images à caractère sexuel et rébellion. Si le requérant fait plus particulièrement valoir que la préfète n'a pas motivé son interdiction de retour en France au regard de l'ensemble des éléments propres à sa situation, en n'indiquant pas sa date d'entrée en France ni s'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement ou si son comportement constitue une menace pour l'ordre public, cette prise en compte n'est pas obligatoire ainsi qu'il a été dit au point précédent. Par suite, l'interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée conformément aux dispositions de l'article L. 251-4.

11. En troisième lieu, M. C soutient que l'obligation de quitter le territoire français, qui date de plus d'un an, est désormais caduque. Toutefois, d'une part, M. C ne précise pas le fondement légal ou réglementaire d'un tel moyen. D'autre part, s'il résulte des articles L. 731-1 et suivants et L. 741-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur nomenclature en vigueur depuis le 1er mai 2021, que la préfète ne pouvait plus assigner à résidence le requérant ou le placer dans un centre de rétention pour l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prononcée le 14 juin 2022, soit il y a plus d'un an, il ne résulte toutefois ni de ces textes, ni d'aucun autre, que cette obligation de quitter le territoire français est caduque. En tout état de cause, un tel moyen, qui se rapporte aux conditions d'exécution de la mesure d'éloignement, est donc sans incidence sur sa légalité ; par suite, il doit être écarté comme inopérant.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit au respect de la vie privée et familiale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () " M. C soutient qu'il réside depuis 12 ans en France, pays où sont nés ses enfants en 2010 et 2016, où il travaillait sous contrat à durée déterminée avant son incarcération ; il fait également valoir qu'après 12 ans passés en France, il n'a plus d'attaches amicales ou familiales en Pologne ; il doit par-là être entendu comme soutenant que la préfète porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale en France en violation des stipulations précitées de l'article 8.

13. Toutefois, M. C n'apporte aucun élément probant quant à la durée de sa résidence habituelle sur le territoire français ; de plus, il ne justifie pas davantage contribuer à l'éducation et à l'entretien de ses deux enfants, dont la naissance et la présence en France n'est au demeurant établie par aucune pièce du dossier ; au surplus, ayant été condamné en janvier 2022 à sept mois d'emprisonnement pour des faits d'harcèlement sur conjoint, dégradation des conditions de vie altérant la santé, violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, enregistrement ou transmission d'images à caractère sexuel et rébellion et ayant divorcé de son épouse, ainsi qu'il ressort des propres écritures du requérant, la vie familiale de M. C est désormais nécessairement résiduelle. Enfin, l'intéressé n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales en Pologne. Il résulte de ce qui précède que la préfète n'a porté aucune atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale et que, par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme infondé.

14. Pour les mêmes raisons M. C n'est pas davantage fondé à soutenir que les différentes décisions contenues dans l'arrêté préfectoral litigieux seraient entachées d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

15. De même, le moyen tiré de ce que l'intéressé ayant été condamné pour violences conjugales, la préfète ne pouvait sans erreur de fait indiquer dans son arrêté qu'il est célibataire sera écarté compte tenu de ce que, à la date de l'arrêté querellé, il n'est pas contesté que la communauté de vie avec sa compagne avait cessé.

16. En cinquième lieu, il résulte tant de la situation personnelle et familiale de M. C rappelée ci-dessus que de la motivation de l'arrêté décrite aux points 4 à 10 que la préfète a suffisamment examiné la situation de l'intéressé avant de prendre à son encontre l'arrêté litigieux.

17. En dernier lieu, M. C soutient que l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur de droit en ce que la préfète ne peut tirer de sa situation pénale le fait qu'il constituerait une menace pour l'ordre public ; toutefois, l'obligation de quitter le territoire français a pour fondement le 2° de l'article L. 251-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et il n'est pas contesté que l'intéressé a été condamné par le tribunal correctionnel de Créteil le 20 janvier 2022 à une peine de sept mois d'emprisonnement pour des faits d'harcèlement sur conjoint, dégradation des conditions de vie altérant la santé, violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, enregistrement ou transmission d'images à caractère sexuel et rébellion ; par suite, c'est sans erreur de droit que la préfète a pu estimer que le comportement de l'intéressé constituait, du point de vue de l'ordre public, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave.

18 Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté préfectoral du 14 juin 2022 doivent être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. I J C et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

Signé : C. FreydefontLa greffière,

Signé : N. Riellant

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2206271

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