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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2206300

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2206300

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2206300
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantSTEPHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juin 2022, Mme A B épouse C, représentée par Me Stéphan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 11 mai 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel la mesure pourra être exécutée ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros à Me Stéphan au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la décision de refus de titre :

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de production de l'avis du collège de médecins de l'OFII ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle souffre d'une pathologie grave, que le traitement qu'elle suit n'est pas disponible dans son pays d'origine et que ses trois enfants résident régulièrement en France ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme dès lors qu'elle n'a plus de famille proche en Algérie et que tous ses enfants et petits-enfants résident en France ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de titre et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requête n'est fondé.

Par décision du 15 juin 2022, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par une ordonnance en date du 18 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 décembre 2022 à 12 h 00.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 septembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Issard.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante algérienne née en 1954, est entrée en France le 20 octobre 2019 munie d'un visa de court séjour. Elle a obtenu un titre de séjour au titre de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile jusqu'au 11 octobre 2021, dont elle a demandé le renouvellement. Par un arrêté en date du 11 mai 2022, dont la requérante demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel la mesure pourra être exécutée.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision contestée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, en particulier les éléments ayant trait à la situation personnelle et familiale de Mme B, ainsi que la mention des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions des articles L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette décision mentionne également l'avis défavorable rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 3 mars 2022. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de Mme B avant de prendre la décision litigieuse, au regard des informations dont il disposait. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

5. Par un avis cité au point 2, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de Mme B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé, mais que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Cet avis précisait, en outre, que l'état de santé de l'intéressée pouvait lui permettre de voyager sans risque vers le pays d'origine. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

6.En quatrième lieu, la requérante, qui est atteinte d'un angioœdème bradykinique, soutient qu'elle ne peut bénéficier des soins appropriés dans son pays d'origine pour soigner sa pathologie. Toutefois, en se bornant à produire des certificats médicaux énumérant les divers traitements médicamenteux dont elle a pu bénéficier tout au long de son traitement, mis en place à l'issue d'un diagnostic établi le 13 mai 2002, dont l'un se borne à indiquer qu' " il est impossible de suivre [la pathologie dont elle souffre] en dehors des grands centres hyperspécialisés ", ou l'autre que l'on " ne dispose pas dans son pays d'origine des moyens d'investigation ni des médications nécessaires pour résorber une crise " sans autre élément sur le système de santé en Algérie, notamment s'agissant de la spécialité médicale requise pour le traitement de l'angioœdème bradykinique, le coût du traitement, ou la disponibilité des molécules dont on constate qu'elles ont un effet bénéfique sur la requérante, elle n'établit pas qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié à sa pathologie dans son pays d'origine, et, ainsi, elle ne parvient pas à remettre en cause les conclusions de l'avis défavorable précité du collège des médecins, dont le préfet de Seine-et-Marne s'est approprié les conclusions. Par ailleurs, les éléments qu'elle produit au sujet du diabète de type 2 dont elle souffre en sus de la pathologie précitée sont également insuffisants. Enfin, si elle soutient que la présence de ses trois enfants est nécessaire pour qu'elle puisse suivre correctement son traitement, elle ne le démontre pas, alors même que l'un des certificats établis par le médecin spécialiste chargé de son suivi le 21 juillet 2020 mentionne le fait que ses consultations ont lieu à un rythme irrégulier. Il suit de là qu'en refusant de délivrer au requérant un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce préfet n'a pas méconnu ces dispositions. Pour les mêmes motifs, il n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

7.En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8.Pour contester le refus opposé par le préfet à sa demande de délivrance d'un titre de séjour, Mme B soutient être dépourvue de liens familiaux en Algérie alors que ses trois enfants résident régulièrement en France. Il ressort, cependant, des pièces du dossier que ses trois enfants sont majeurs et ne sont pas à sa charge. Mme B ne démontre pas, par ailleurs, ni la nécessité de demeurer auprès de ces derniers ni qu'elle serait dénuée d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 65 ans. Dans ces conditions, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9.Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

10.Si les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile imposent de motiver l'obligation de quitter le territoire français, elles la dispensent d'une motivation spécifique en cas notamment de refus de délivrance d'un titre de séjour. Dès lors, la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé, une motivation particulière. En l'espèce, la décision de refus de délivrance de titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, ainsi qu'il a été dit au point 2. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11.Il résulte de ce qui a été dit au point 6, que Mme B n'établit pas qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, le moyen selon lequel la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est entachée d'erreur d'appréciation, doit être écarté.

12 Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, les moyens tirés du défaut d'examen et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

13.Compte tenu de ce qui précède, les décisions portant refus de titre et obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écartée.

14.Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B tendant à l'annulation des décisions contenues dans l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne en date du 11 mai 2022, doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles au titre des frais de justice, doivent également être rejetées.

D ÉC I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C, à Me Stephan et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Issard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

La rapporteure,

C. ISSARDLa présidente,

I. BILLANDON

La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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