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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2206303

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2206303

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2206303
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantCABINET ABEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 juin 2022, M. D C, représenté par Me Abel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", dans le délai d'un mois mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente pour ce faire ;

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre qu'elle assortit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :

- elles sont illégales en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

La requête a été communiquée le 30 juin 2022 à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 30 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 mai 2023 à 12 h 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Leconte a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant tunisien né en 1992, est entré en France le 26 décembre 2017 muni d'un visa touristique. Le 26 avril 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 24 mai 2022, dont il demande l'annulation, la préfète du Val-de-Marne a pris à son encontre une décision de refus de titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixé le pays de destination.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 1er mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le jour même, la préfète du Val-de-Marne a donné délégation de signature à M. A B, sous-préfet de Nogent-sur-Marne et signataire de l'arrêté contesté, à fin de signer tous actes, arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Val-de-Marne à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant sur la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui fait état de différents éléments de la situation de M. C, tels que la date de son entrée en France et l'usage d'une fausse carte d'identité française à fin de travailler, énonce les motifs pour lesquels la préfète a considéré qu'il ne pouvait être fait droit à sa demande, déposée au titre d'une régularisation par le travail, ni sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien susvisé, ni en faisant usage de son pouvoir général de régularisation. Ce faisant, la préfète, qui n'était pas tenue de mentionner l'exhaustivité des faits caractérisant la situation de l'intéressé, a énoncé de façon suffisante les considérations de fait qui constituent le fondement de sa décision. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation en fait de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En troisième lieu, les stipulations de l'accord franco-tunisien, applicables à la situation de M. C, n'interdisent pas à l'autorité préfectorale de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient alors à ladite autorité, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont elle dispose, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'autorité administrative n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur cette situation.

5. Au cas particulier, le requérant fait valoir son ancienneté de séjour en France, à compter de son entrée sur le territoire national le 26 décembre 2017, ainsi que son insertion professionnelle résultant des emplois qu'il a occupés dans le secteur de la restauration rapide sur une période totalisant un peu moins de 3 ans et demi, comme préparateur de commande puis employé polyvalent, à temps partiel puis à temps complet, en dernier lieu au terme d'un contrat à durée indéterminée pour lequel son actuel employeur a formé une demande d'autorisation de travail à son profit, le 11 février 2022. Toutefois, la préfète du Val-de-Marne n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. C en refusant d'admettre celui-ci au séjour au titre de son pouvoir discrétionnaire. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Si le requérant, célibataire et sans enfant, mentionne des relations amicales nouées durant sa présence sur le territoire national, il n'apporte aucune précision à cet égard et, arrivé en France à l'âge de 25 ans, il ne conteste pas l'existence de ses attaches familiales dans son pays d'origine, où sont présents ses parents, deux frères et une sœur. Dans ces conditions, et eu égard également à ce qui vient d'être dit au point 5, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C une atteinte disproportionnée au regard de ses motifs. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations susvisées de l'article 8 doit, par suite, être écarté.

Sur la légalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. C ne peut se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

9. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 5 et 7 que le requérant ne démontre pas que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, notamment professionnelle et familiale. Ce moyen doit être écarté.

Sur la légalité des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :

10. Il résulte de ce qui précède que les décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, M. C ne peut se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de ces décisions, pour demander l'annulation des décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions du requérant à fin d'injonction sous astreinte et de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Issard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 28 septembre 2023.

La rapporteure,

S. LECONTELa présidente,

I. BILLANDON

La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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