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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2206308

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2206308

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2206308
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantBOUSQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 juin et 1er août 2022, M. A B, représenté par Me Bousquet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du préfet de Seine-et-Marne du 27 mai 2022 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision attaquée ne peut être regardée comme comportant la signature de son auteur, en méconnaissance de l'article 4 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations ;

- elle est entachée d'erreurs de droit et d'appréciation, dès lors, d'une part, qu'en se fondant notamment sur sa mise en examen, elle méconnaît le principe de la présomption d'innocence, et, d'autre part, que les faits pour lesquels il a été condamné ne caractérisent aucune menace actuelle, réelle et grave pour l'ordre public ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 412-5 et L. 432-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 août 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 18 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 décembre 2022 à 12 h 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leconte,

- et les observations de Me Herry, substituant Me Bousquet, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant congolais (République démocratique du Congo) né en 1986, est entré en France le 1er septembre 1988 selon ses déclarations. Par une décision du 27 mai 2022 dont il demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne lui a opposé un refus à sa demande, déposée le 27 juillet 2021, tendant à la délivrance d'un titre de séjour.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 4 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, codifié à l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ".

3. Au cas particulier, la décision attaquée porte l'indication des nom, prénom et qualité de son auteur, ainsi dûment identifié, par des mentions lisibles assorties de la signature de celui-ci. Elle comporte ainsi l'ensemble des éléments formels requis par les dispositions susvisées. A cet égard, le requérant ne saurait utilement arguer de ce que la signature aurait été apposée par un procédé mécanique, non manuscrit ni automatisé, par insertion d'une reproduction de signature telle qu'un scan, alors que cette circonstance ne ressort d'aucune pièce du dossier, notamment pas de la lecture de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré du vice de forme doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ".

5. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure de refus de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour et d'éloignement et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

6. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du bulletin n° 2 du casier judiciaire de M. B délivré le 9 août 2021, que l'intéressé a été condamné à six reprises, entre 2005 et 2019, dont quatre condamnations pour des faits commis entre 2005 et 2011, notamment de vols aggravés et recels de bien provenant d'un vol, ainsi qu'un vol avec violence ayant entraîné la mort, les faits en cause perpétrés en 2008 ayant été punis par une peine de neuf ans d'emprisonnement, exécutée jusqu'en octobre 2015, puis qu'il a fait l'objet de deux nouvelles condamnations, respectivement à une amende et à une peine d'emprisonnement de quatre mois, pour des faits commis en janvier et décembre 2018, pour usage illicite de stupéfiants et violence dans un local administratif ou aux abords. Il n'est en outre pas contesté qu'à la date de la décision attaquée, l'intéressé faisait l'objet d'une mise en examen pour des faits d'assassinat survenus en 2017, procédure dans le cadre de laquelle, à l'issue de son placement en détention provisoire à compter du 25 mai 2018, il était placé sous contrôle judiciaire depuis le 24 mai 2021.

7. D'une part, eu égard aux multiples condamnations du requérant, à la gravité des faits ayant justifié plusieurs d'entre elles et au caractère récent des faits commis en 2018 pour lesquels il a été à nouveau condamné, le requérant n'est pas fondé à soutenir que sa présence sur le territoire français ne constitue pas une menace réelle et actuelle pour l'ordre public. L'erreur d'appréciation invoquée à cet égard doit être écartée.

8. D'autre part, alors même que la mise en examen de M. B n'est constitutive d'aucune preuve de culpabilité, celle-ci n'a pu être prononcée, conformément à l'article 80-1 du code de procédure pénale, que parce qu'il existait des indices graves ou concordants rendant vraisemblable qu'il ait pu participer, comme auteur ou comme complice, à la commission des infractions dont était saisi le juge d'instruction. La prise en compte de cette circonstance par le préfet de Seine-et-Marne, de façon expressément surabondante, pour édicter la décision en litige, laquelle constitue une mesure de police administrative, ne caractérise aucune méconnaissance du principe de la présomption d'innocence. L'erreur de droit invoquée à ce titre doit, par suite, être écartée.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Le requérant fait tout particulièrement valoir son ancienneté de séjour en France depuis son jeune âge, et la présence en France de ses parents et de ses trois sœurs, tous de nationalité française. S'il établit sa présence en France depuis sa scolarisation en classe de cours préparatoire, soit au moins depuis l'âge de six ans, l'intéressé, âgé de 35 ans à la date de la décision attaquée, ne fait état, en-dehors de son cercle familial, d'aucun lien particulier qu'il aurait noué sur le territoire national, ni de la nécessité de demeurer auprès des membres de sa famille. Nonobstant l'obtention, en septembre 2016, d'un certificat de qualification de chaudronnier polyvalent, il ne ressort d'aucune pièce du dossier une quelconque insertion socio-professionnelle, ni même d'efforts notables en ce sens. Or, eu égard à la balance entre l'intérêt individuel du requérant au droit au respect de sa vie privée et familiale et l'intérêt général, apprécié au regard du caractère répété de la commission de faits lui ayant valu de multiples condamnations, jusque récemment à la date de la décision attaquée, ainsi qu'exposé plus haut, présentant en outre un caractère de gravité, les éléments présentés relativement à l'existence d'une vie privée et familiale en France ne suffisent pas à contrebalancer la nécessité de protéger l'ordre public. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent, et alors que, contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité préfectorale aurait omis de tenir compte des éléments relatifs à sa vie privée et familiale, celui-ci n'est pas fondé à soutenir que cette autorité aurait entaché sa décision d'une appréciation erronée, au regard des dispositions des articles L. 412-5 et L. 432-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des conséquences sur sa situation personnelle. Ce moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées par le requérant à fin d'injonction sous astreinte et de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Leconte, conseillère,

Mme Issard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 28 septembre 2023.

La rapporteure,

S. LECONTELa présidente,

I. BILLANDONLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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