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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2206336

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2206336

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2206336
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantMANELPHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 juin et 16 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Manelphe de Wailly, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français :

- sont insuffisamment motivées ;

- méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses attaches privées, familiales et professionnelles en France ;

- violent les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant à l'accessibilité et l'effectivité de la disponibilité des traitements dans son pays d'origine.

La requête a été communiquée au préfet de Seine-et-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 8 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 8 décembre 2023 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bourdin, conseillère-rapporteure,

- et les observations de Me Vaillant substituant Me Manelphe de Wailly, représentant M. A, absent.

Connaissance prise de la note en délibéré présentée par le préfet de Seine-et-Marne.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant ivoirien, est entré en France le 17 mai 2018 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 10 mai 2018 au 8 août 2018, délivré par les autorités allemandes. Il a été mis en possession d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 19 août 2019 au 17 août 2020. Il a sollicité le renouvellement d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 3 juin 2022, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, les décisions en litige visent les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, le préfet d'une part, rappelle le sens de l'avis des médecins du collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en précisant que les médecins ont considéré que l'état de santé du patient nécessitait une prise en charge dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'il pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et qu'il pouvait voyager sans risque vers celui-ci et, d'autre part, considère qu'aucun des éléments du dossier ni aucune autre circonstance particulière ne justifie de s'écarter de cet avis. L'arrêté fait également mention que l'intéressé ne justifie pas être dépourvu de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à 64 ans. Ainsi, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'il comporte sans que le préfet, qui est tenu par le respect du secret médical dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait été levé, ne soit tenu d'apporter plus de précision sur la disponibilité des soins sur le pays d'origine. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

3. En second lieu, aux termes des deux premiers alinéas de L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ".

4. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'OFII.

5. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'OFII, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

6. En l'espèce, il n'est pas contesté que les médecins de l'OFII, dans leur avis du 15 décembre 2020, ont estimé que l'état de santé du requérant nécessitait une prise en charge dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'il pouvait bénéficier de soins appropriés dans son pays d'origine. M. A fait valoir que le préfet n'établit nullement qu'il pourrait bénéficier de soins appropriés dans son pays d'origine alors que son état de santé pourrait nécessiter d'avoir la possibilité de recourir à un traitement adjuvant par radio-hormonothérapie, qui est très difficile d'accès en Côte d'Ivoire. Toutefois, M. A justifie uniquement avoir subi, en juin 2020, une prostatectomie sans pour autant produire un quelconque certificat médical mentionnant la nécessité de suivre un traitement à la date de la décision attaquée, la nécessité de soins résultant des seules conclusions du collège de l'OFII. En outre, les articles de presse et les rapports sur le système de soins en Côte d'Ivoire versés au débat sont trop généraux pour en tirer des conséquences sur la possibilité d'accéder aux soins dont le requérant a besoin alors que M. A n'établit même pas la nature des traitements dont il serait susceptible de faire l'objet. Dans ces conditions, les pièces versées au dossier ne permettent pas de remettre en cause les conclusions de l'avis des médecins du collège de l'OFII rappelé dans l'arrêté du 3 juin 2022, dont le requérant ne conteste pas l'existence mais uniquement la teneur. Par suite, en prenant les décisions en litige, le préfet n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entaché ses décisions d'une erreur d'appréciation.

7. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423 7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

8. M. A se prévaut de la durée de sa présence en France ainsi que des attaches professionnelles et personnelles fortes qu'il a nouées en France. Toutefois, le requérant n'établit nullement l'insertion professionnelle dont il se prévaut, en justifiant uniquement s'être renseigné sur les modalités de reconnaissance de ses diplômes en tant que médecin en France et en produisant un courrier rédigé à l'attention du préfet de Seine-et-Marne dont l'envoi et la réception effective ne sont pas établis, dans lequel il demande une carte de résident pour entreprendre ce parcours de reconnaissance de l'équivalence de ses diplômes en France. Enfin, s'il a pu entrer en France en mai 2018 et être mis en possession d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " entre le 19 août 2019 et le 17 août 2020 et justifie d'un récépissé de demande de renouvellement pour ce titre de séjour valable du 20 janvier 2022 au 28 janvier 2022, le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité et la stabilité des liens familiaux, sociaux et professionnels noués en France. En outre, l'intéressé qui a vécu jusqu'à 64 ans dans son pays d'origine où il invoque en outre avoir exercé la profession de médecin, n'établit pas y être privé d'attache. Par suite, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prenant les décisions en litige. De même, l'erreur manifeste d'appréciation alléguée n'est pas établie.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 24 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Ledamoisel, présidente,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Rehman-Fawcett, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le15 mai 2024.

La rapporteure,

S. BOURDIN

La présidente,

C. LEDAMOISELLa greffière,

C. SISTAC

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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