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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2206345

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2206345

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2206345
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantASEA LYON

Texte intégral

Vu

- la décision attaquée

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

M. A E et Mme C E ont présenté une requête, enregistrée le 27 juin 2022 sous le numéro 2206346, demandant l'annulation de la décision attaquée.

Le président du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, premier conseiller, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir présenté son rapport au cours de l'audience du 15 juillet 2022 en présence de Mme Zdini, greffière d'audience, et entendu :

- les observations de Me Marcon représentant M. A E et Mme C E, requérants, absents, qui indique que la procédure de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme a bien été respectée et qui rappelle que le pétitionnaire a bénéficié d'une décision tacite de non-opposition à sa déclaration préalable, qu'ils sont intervenus auprès de la commune pour qu'elle soit retirée, que cela a été fait par la décision du 29 mars 2022 avec une interruption des travaux le 1er avril 2022, que la décision contestée, rendue suite au recours du pétitionnaire, a eu pour conséquence remettre dans l'ordre juridique l'arrêté du 10 janvier 2022, qu'ils sont les voisins directs du projet, et qui soutient que le plan local d'urbanisme de la commune de Vincennes interdit de construire dans la bande de constructibilité secondaire, que l'emprise au sol de la construction est excessive, et que la construction méconnait les articles UV. 7.1.2 et 7.9 du plan local d'urbanisme de la commune de Vincennes ;

- les observations de Me Bennani pour la commune de Vincennes, qui relève que la procédure de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme a bien été respectée, qui maintient la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête en tant qu'elle conteste la légalité de la décision tacite du 10 janvier 2022, qui ne peut donc être remise en cause, qui confirme que les travaux sont presque terminés et qu'il n'y a donc plus d'intérêt au retrait de l'arrêté, que ce dernier est légal dès lors que la décision du 29 mars 2022 était entachée d'une illégalité manifeste ;

- les observations de Me Zerna, substituant Me Auffrey, représentant

M. F B, pétitionnaire, absent, qui maintient que la requête est tardive, que la décision contestée est purement confirmative, que la condition d'urgence n'est pas remplie car il s'agit d'un projet très limité consistant en la création d'une simple véranda, que ces travaux sont nécessaires pour rendre la maison habitable, qui rappelle que la maire de la commune de Vincennes avait l'obligation de retirer l'arrêté du 29 mars 2022 dès lors qu'il était illégal et qu'il n'était pas nécessaire, à cette occasion, de statuer à nouveau sur la légalité de la décision initiale, et qui soutient qu'en tout état de cause il n'y a pas de doute sérieux sur la légalité de cette dernière ;

- les observations complémentaires de Me Marcon, représentant M. A E et Mme C E, qui maintient pour sa part que la condition d'urgence est remplie car la construction a déjà commencé et que l'illégalité de procédure alléguée de l'arrêté du 29 mars 2022 est moins importante que celle de la décision tacite initiale.

Des notes en délibéré et des pièces complémentaires ont été produites par Me Marcon, pour M. A E et Mme C E, les 15 et 17 juillet 2022.

Considérant ce qui suit :

1 Monsieur F B, propriétaire de la maison correspondant au lot n°2 de la copropriété située 31 rue des Laitières à Vincennes (Val-de-Marne), a souhaité réaliser une véranda en extension de sa maison, dans la cour arrière, et a déposé une déclaration préalable à cet effet, réceptionnée en mairie de Vincennes le 8 décembre 2021. A l'expiration du délai d'instruction d'un mois courant à compter de cette date, il est devenu titulaire d'une décision tacite de non-opposition à sa déclaration préalable. Suite à une intervention auprès des services de la commune de M. et Mme E, par un arrêté du 29 mars 2022, la maire de la commune de Vincennes a pris une décision d'opposition à la déclaration préalable de M. B motivée par la méconnaissance des dispositions des articles UV. 7.1.2 et U.V 9. 1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune. Par un courrier du 11 avril 2022, reçu le 13 suivant, M. B a demandé à la maire de la commune de Vincennes un certificat de non-opposition tacite à sa déclaration préalable et formé un recours gracieux contre l'arrêté d'opposition du 29 mars 2022 et contre l'arrêté interruptif de travaux du 1er avril 2022 pris à sa suite. Par un arrêté du 13 juin 2022, la maire de la commune de Vincennes a retiré son précédent arrêté du 29 mars 2022 d'opposition à la déclaration préalable de M. B et a rappelé que cette déclaration préalable avait fait l'objet d'une décision tacite de non-opposition le 10 janvier 2022. M. et Madame E, propriétaires de la maison voisine de celle du pétitionnaire, ont saisi le tribunal administratif d'une requête tendant à l'annulation à la fois de l'arrêté de retrait d'opposition du 13 juin 2022 et de la décision tacite de non-opposition du 10 janvier 2022. Par une requête, présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ils demandent également la suspension de cette décision.

Sur les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision du 13 juin 2022 Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : "Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision".

3 Aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions ". Aux termes de l'article R. 600-2 du même code : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ".

4 Il résulte par ailleurs des dispositions de l'article L. 121-1 et du 4°) de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration qu'une décision implicite de non-opposition, qui a créé des droits au profit de son bénéficiaire, ne peut être retirée que par une décision motivée et qu'après que l'intéressé a été invité à présenter ses observations.

5 Il ressort des pièces du dossier que la décision du 29 mars 2022, ayant retiré la décision implicite de non-opposition dont avait bénéficié M. B le 10 janvier 2022, a été prise sans être précédée d'une procédure contradictoire. Elle était donc illégale pour ce seul motif et la maire de la commune de Vincennes ne pouvait que faire droit au recours gracieux formé le 11 avril 2022 par M. B lui demandant de la retirer.

6 Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'il existerait, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée du 13 juin 2022 ayant procédé au retrait de l'arrêté du 29 mars 2022, lequel était entaché d'une illégalité manifeste et non susceptible d'être corrigée, cette décision n'ayant pas, en tout état de cause, pu avoir pour effet de rouvrir le délai de recours contentieux à l'encontre de la décision tacite de non-opposition dont avait bénéficié M. B le 10 janvier 2022, celle-ci ayant fait l'objet d'un affichage continu à compter du 30 mars 2022, ne pouvant donc plus faire l'objet d'une quelconque contestation au-delà du 30 mai 2022 et étant distincte de la décision contestée, quand bien même cette dernière y aurait fait référence.

7 Au surplus, et en premier lieu, aux termes de l'article UV. 7 (Implantation des constructions par rapport aux limites séparatives) du chapitre 2 (Les règles applicables aux zones urbaines) du plan local d'urbanisme de la commune de Vincennes : : " 7.1 Règles d'implantation - 7.1.1 Implantation des constructions dans la bande de constructibilité principale - La bande de constructibilité* principale s'applique sur une profondeur de 20 mètres, portée à 30 mètres pour les constructions et installations nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif. () ". Aux termes par ailleurs des définitions mentionnées aux chapitre 1 du même règlement : " Bandes de constructibilité - Les règles d'implantation des constructions peuvent être différentes selon leur localisation à l'intérieur du terrain en fonction des bandes de constructibilité : - la bande de constructibilité principale est mesurée perpendiculairement en tout point de l'alignement ; - la bande de constructibilité secondaire s'applique aux terrains ou parties de terrain non compris dans la bande de constructibilité principale. Dans le cas d'une construction implantée en recul de l'alignement, la largeur de la bande de constructibilité principale est augmentée de la profondeur du recul, dans une limite de 5 mètres. Les bandes de constructibilité s'appliquent le long des voies et emprises publiques existantes reliant des voies de desserte telles qu'elles sont définies ci-avant ou ayant une largeur d'emprise au moins égale à 8 mètres ". Enfin, aux termes de l'article UV. 9 (Emprise au sol des constructions) : " 9.1 Règle d'emprise - Le coefficient d'emprise au sol est limité à 0,50. L'emprise au sol des constructions se répartit différemment selon les bandes de constructibilité : - dans la bande de constructibilité principale, l'emprise au sol des constructions peut être totale ; - dans la bande de constructibilité secondaire, l'emprise au sol des constructions doit être au plus égale à 5% de la superficie totale du terrain. () ".

8 Il ressort des pièces du dossier que le projet contesté est implanté sur une parcelle située en recul de l'alignement. Elle doit donc se voir appliquer les dispositions dérogatoires citées ci-dessus du chapitre 1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune. Elle est ainsi située dans la bande de construction principale tant par rapport à la rue des Laitières que par rapport à la rue Dohis. Par suite, en l'état de l'instruction, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la construction tacitement autorisée par la maire de la commune de Vincennes méconnaitrait les dispositions des articles UV. 7.1 et UV. 9 du plan local d'urbanisme de la commune.

9 En second lieu, eu égard à la faible importance du projet en cause, consistant en la construction d'une véranda de 18,17 m² de surface et d'une hauteur maximale de 3,90 mètres sur une parcelle enclavée, non visible de la voie publique, il ne ressort pas des pièces du dossier que les éléments joints à la demande de déclaration préalable déposée par M. B n'auraient pas permis au service instructeur d'en apprécier l'importance et ses conséquences sur le voisinage.

10 Il ressort de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. et Madame E ne peut qu'être rejetée, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'urgence et sur les fins de non-recevoir soulevées par la commune de Vincennes et le pétitionnaire.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11 Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y pas lieu à cette condamnation. ".

12 Les dispositions ci-dessus font obstacle à ce qu'il soit à la charge de la commune de Vincennes, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme réclamée par les requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, et dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire de M. et Madame E une somme globale de 2.000 euros à verser pour moitié à la commune de Vincennes et pour l'autre moitié à M. B au titre de ces dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par M. et Mme E est rejetée.

Article 2 : M. et Mme E sont condamnés solidairement à verser à la commune de Vincennes une somme de 1.000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : M. et Mme E sont condamnés solidairement à verser à M. B une somme de 1.000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A E, à Mme C E, à

M. F B et à la commune de Vincennes.

Le juge des référés

Signé : M. D

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2206345

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