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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2206368

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2206368

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2206368
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantDANDALEIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête, enregistrée sous le n° 2206368 le 28 juin 2022, M. A D, représenté par Me Dandaleix, demande au tribunal :

1°) d'ordonner la production par le préfet de Seine-et-Marne de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et les extraits du logiciel Thémis ou tout autre logiciel relatif au dossier de M. D ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, ou au préfet territorialement compétent, de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer dans cette attente un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

M. D soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'un vice de procédure dès lors d'une part, que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étant pas communiqué dans le cadre de la présente procédure, il n'est pas possible d'en contrôler la régularité et en particulier que les médecins ayant rendu l'avis ont été régulièrement désignés par le directeur général de l'OFII et étaient compétents pour rendre un tel avis, ni même contrôler le contenu de cet avis ou que l'avis du collège a été pris sur la base d'un rapport établi par un médecin de l'OFII n'était pas membre du collège, qu'il n'y siégeait pas et que ce médecin avait bien compétence pour ce faire et d'autre part, qu'en l'absence de production de l'avis des médecins du collège de l'OFII et du rapport établi par le médecin instructeur, il n'est pas possible de s'assurer de leur régularité, ni même de leur existence ;

- est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru en situation de compétence liée ;

- méconnaît les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'en l'absence de production de l'avis des médecins du collège de l'OFII, il est impossible de s'assurer du respect de la procédure prévue aux articles L. 611-3 et R.611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est insuffisamment motivée en fait et en droit ;

- méconnaît le 3° de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de Seine-et-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 4 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 5 février 2024 à 12 heures.

II - Par une requête enregistrée sous le n° 2206353 le 22 juin 2022, Mme C B, représentée par Me Dandaleix, demande au tribunal :

1°) d'ordonner la production par le préfet de Seine-et-Marne de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et les extraits du logiciel Thémis ou tout autre logiciel relatif au dossier de Mme B ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 juin 2022 par lequel le préfet de Sein e-et-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, ou au préfet territorialement compétent, de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer dans cette attente un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Mme B soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'un vice de procédure dès lors d'une part, que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étant pas communiqué dans le cadre de la présente procédure, il n'est pas possible d'en contrôler la régularité et en particulier que les médecins ayant rendu l'avis ont été régulièrement désignés par le directeur général de l'OFII et étaient compétents pour rendre un tel avis, ni même contrôler le contenu de cet avis ou que l'avis du collège a été pris sur la base d'un rapport établi par un médecin de l'OFII n'était pas membre du collège, qu'il n'y siégeait pas et que ce médecin avait bien compétence pour ce faire et d'autre part, qu'en l'absence de production de l'avis des médecins du collège de l'OFII et du rapport établi par le médecin instructeur, il n'est pas possible de s'assurer de leur régularité, ni même de leur existence ;

- est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru en situation de compétence liée ;

- méconnaît les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'en l'absence de production de l'avis des médecins du collège de l'OFII, il est impossible de s'assurer du respect de la procédure prévue aux articles L. 611-3 et R.611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est insuffisamment motivée en fait et en droit ;

- méconnaît le 3° de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de Seine-et-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 4 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 5 février 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Iffli,

- et les conclusions de Mme Deleplancque, rapporteure publique.

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D et Mme C B, ressortissants algériens nés respectivement les 11 mars 1946 et 25 mai 1951, sont entrés, selon leurs déclarations, sur le territoire français le 4 mars 2019 sous couvert d'un visa. Ils ont sollicité, chacun, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par deux arrêtés du 3 juin 2022, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de leur délivrer le titre demandé, les a obligés à quitter le territoire dans le délai trente jours et a fixé le pays de destination. Par les deux requêtes susvisées, M. D et Mme B demandent l'annulation des arrêtés du 3 juin 2022.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées concernant la situation de M. D et de Mme B épouse de M. D ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions de M. D dirigées contre l'arrêté du 3 juin 2022 refusant de lui délivrer un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination :

3. Aux termes de l'article 6 paragraphe 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ".

4. Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " (), le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration./L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre ()/ Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. (). " Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " le collège à compétence nationale mentionnée à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport ne siège pas au sein du collège. (). "

5. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Préalablement à l'avis rendu par ce collège d'experts, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport ne doit pas siéger au sein du collège des médecins qui rend l'avis transmis au préfet.

6. En l'espèce, le préfet de Seine-et-Marne a communiqué en cours de procédure, le 14 mai 2024, le bordereau de transmission du rapport médical, lequel précise que le rapport a été établi par le docteur E ainsi que l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII, dans lequel le médecin ayant établi le rapport ne siégeait pas. Le moyen, qui manque en fait, sera écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

7. En premier lieu, il ne résulte pas des termes de la décision en litige ni des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne, le préfet s'étant notamment approprié l'avis du collège des médecins de l'OFII, se serait cru en situation de compétence liée.

8. En second lieu, M. D soutient que le préfet de Seine-et-Marne a méconnu les dispositions de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces stipulations alors qu'il ne peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le préfet s'est notamment fondé, pour prendre la décision en litige, sur l'avis du collège des médecins de l'OFII du 17 avril 2021 qui a conclu que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et voyager sans risque vers son pays d'origine. Le préfet ajoute qu'aucun élément du dossier ni aucune circonstance particulière ne permet de s'éloigner de cet avis. En outre, M. D n'apporte pas aucun élément précis permettant de contredire l'avis des médecins de l'OFII, la seule circonstance qu'il a besoin, comme il le soutient, d'une aide pour accomplir les gestes de la vie quotidienne ne s'opposant pas au retour dans son pays d'origine dans lequel il n'établit pas être sans attache.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : ()/ au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégorie précédentes ou dans celles ouvrant droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ;() ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. D'une part, M. D n'établit qu'il aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et il ne ressort pas des termes de la décision que le préfet, qui n'est pas tenu d'examiner une demande de titre de séjour sur un autre fondement que celui sur lequel il est saisi, aurait statué au regard de ces dispositions. Par suite, M. D ne saurait se prévaloir de la méconnaissance de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. D'autre part, M. D allège sans en justifier résider en France depuis le mois de mars 2019 avec son épouse, également de nationalité algérienne. De même, il ne justifie pas que son état de santé ne lui permettrait pas de bénéficier de traitements appropriés dans son pays d'origine ou que la présence de son fils, ressortissant français, serait nécessaire et seule susceptible d'assurer sa prise en charge. Enfin, il ressort des pièces du dossier que sa femme, également de nationalité algérienne se trouve également en situation irrégulière, et qu'au regard de ses déclarations, il a résidé sans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 72 ans, où il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales. Par suite, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas méconnu son droit à mener une vie privée et familiale garantie par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, au regard des conséquences de la décision en litige sur sa situation personnelle, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour étant rejetées, M. D n'est pas fondé à invoquer l'illégalité par la voie de l'exception de la décision portant obligation de quitter le territoire.

13. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus concernant le refus de titre de séjour que les moyens tirés de l'irrégularité procédurale, de la méconnaissance de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle doivent, pour les motifs précédemment exposés, être écartés. De même, la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 du présent jugement.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire étant rejetées, M. D n'est pas fondé à invoquer l'illégalité par la voie de l'exception de la décision fixant le pays de destination.

15. En second lieu, aux termes de l'article L.612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code précité : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".

16. La décision fixant le pays de destination vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, rappelle la nationalité du requérant, mentionne qu'il sera reconduit dans le pays dont il a la nationalité ou dans tout autre pays où il serait légalement admissible et précise que le requérant n'allègue pas être exposé à des peines ou traitement contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision fixant le pays de destination, manquant en fait, sera écarté.

17. Aux termes de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants " Aux termes de l'article 2 de cette même convention : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi. () ".

18. Il résulte de ce qui a été dit précédemment concernant le refus de titre de séjour que M. D n'établit pas qu'il ne pourrait bénéficier d'une prise en charge et des traitements nécessités par son état et il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il serait exposé à des traitements contraires aux dispositions citées au points précédents du présent jugement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés.

19. Enfin, compte tenu de ce qui vient d'être dit, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. D doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

21. En ce qui concerne les conclusions de Mme B dirigées contre l'arrêté du 3 juin 2022 refusant de lui délivrer un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination :

22. Il résulte des dispositions citées aux points 3 et 4 du présent jugement qu'il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Préalablement à l'avis rendu par ce collège d'experts, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport ne doit pas siéger au sein du collège des médecins qui rend l'avis transmis au préfet.

23. En l'espèce, le préfet de Seine-et-Marne a communiqué en cours de procédure, le 14 mai 2024, le bordereau de transmission du rapport médical, lequel précise que le rapport a été établi par le docteur E et l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII, dans lequel le médecin ayant établi le rapport ne siégeait pas. Le moyen sera donc écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

24. En premier lieu, il ne résulte ni des termes de la décision en litige ni des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne qui s'est notamment approprié l'avis du collège des médecins de l'OFII, se serait cru en situation de compétence liée.

25. En second lieu, Mme B soutient que le préfet de Seine-et-Marne a méconnu les dispositions de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions alors qu'elle ne peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le préfet s'est notamment fondé, pour prendre la décision en litige, sur l'avis du collège des médecins de l'OFII du 17 avril 2021 qui a conclu que si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et voyager sans risque vers son pays d'origine. Le préfet ajoute qu'aucun élément du dossier ni aucune circonstance particulière ne permet de s'éloigner de cet avis. En outre, Mme B en se bornant à invoquer l'absence de production de l'avis des médecins du collège de l'OFII, sans apporter un quelconque élément sur la réalité de son état de santé, ni sur les traitements nécessaires dont elle ne pourrait bénéficier dans son pays d'origine, ne permet pas de remettre en cause l'analyse faite par le préfet de son état de santé. Par suite, la méconnaissance des dispositions de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien et l'erreur d'appréciation invoquée ne sont pas établis.

26. En troisième lieu, aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : ()/ au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégorie précédentes ou dans celles ouvrant droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ;() ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

27. Mme B allège sans en justifier résider en France depuis le mois de mars 2019 avec son époux, également de nationalité algérienne. De même, elle ne justifie pas que son état de santé ne lui permettrait pas de bénéficier des traitements appropriés dans son pays d'origine ou que la présence de son fils, ressortissant français, serait nécessaire à sa prise en charge. Enfin, il ressort des pièces du dossier que son mari, également de nationalité algérienne se trouve également en situation irrégulière, et qu'au regard de ses déclarations, elle a résidé sans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 67 ans, où elle n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales. Par suite, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas méconnu son droit à mener une vie privée et familiale garantie par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

28. En cinquième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents du présent jugement que l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de la décision en litige sur sa situation personnelle n'est pas établie.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

29. En premier lieu, les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour étant rejetées, Mme B n'est pas fondée à invoquer l'illégalité par la voie de l'exception de la décision portant obligation de quitter le territoire.

30. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus concernant le refus de titre de séjour que les moyens tirés de l'irrégularité procédurale (uniquement si le préfet communique l'avis), de la méconnaissance des dispositions de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle doivent, pour les motifs précédemment exposés, être écartés. De même, la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 25 du présent jugement concernant la méconnaissance de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien.

En ce qui concerne le pays de destination :

31. En premier lieu, les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour étant rejetées, Mme B n'est pas fondée à invoquer l'illégalité par la voie de l'exception de la décision portant fixant le pays de destination.

32. En second lieu, aux termes de l'article L.612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code précité : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".

33. La décision fixant le pays de destination vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, rappelle la nationalité de la requérante, mentionne qu'elle sera reconduite dans le pays dont elle a la nationalité ou dans tout autre pays où elle serait légalement admissible et précise que la requérante n'allègue pas être exposée à des peines ou traitement contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision fixant le pays de destination, manquant en fait, sera écarté.

34. Aux termes de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants " Aux termes de l'article 2 de cette même convention : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi. () ".

35. Il résulte de ce qui a été dit précédemment concernant le refus de titre de séjour que Mme B n'établit pas qu'elle ne pourrait bénéficier des traitements appropriés que requiert son état de santé et il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'elle serait exposée à des traitements contraires aux dispositions citées au points précédents du présent jugement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne sont pas fondés.

36. Enfin, l'erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle n'est pas établie.

37. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

38. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. D et Mme B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Mme C B et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Iffli, conseillère,

Mme Seignat, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

La rapporteure,

C. IFFLI

Le président,

S. DEWAILLYLa greffière,

L. SUEUR

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière,

N° 2206353, .

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