mardi 7 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2206501 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | YESILBAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 1er et 29 juillet 2022 et le 16 mars 2023, M. B F, représenté par Me Yesilbas, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 juin 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir, ou à défaut de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans les mêmes conditions de délais ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ainsi que les dépens de l'instance et de ses suites;
M. F soutient que :
Les décisions attaquées :
- sont insuffisamment motivées ;
- sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- sont entachées d'une erreur de droit dès lors d'une part, qu'elles ont été prises sans que l'intéressé ait été entendu sur sa situation et les risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine et, d'autre part, qu'il réside en France depuis quatre ans et doit être pris en charge médicalement en France ;
- méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision de refus de titre de séjour :
- est entachée d'incompétence ;
- est illégale en l'absence de mention de sa date et de numéro de référence ;
- est entachée d'une vice de procédure dès lors que l'avis du collège des médecins de l'Office français des réfugiés et des apatrides (OFII) ne permet pas d'identifier les médecins ayant siégé au sein du collège alors notamment que les copies numérisées des signatures ne remplissent pas les conditions d'authenticité et d'intégrité exigées par les textes, ni que la décision a été rendue à l'issue d'une délibération collégiale, ni que le médecin ayant établi le rapport médical ne siégeait pas au sein du collège de médecins,
- méconnaît les dispositions du 11 ° de l'article L.313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine.
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- a été précédée d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que les médecins de l'OFII ont rendu leur avis à l'issue d'une délibération collégiale et que l'avis ne comportant que des copies numérisées des signatures des médecins ne remplit pas les conditions d'authenticité et d'intégrité exigés par la législation ;
- méconnaît le 10° de l'article 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
La décision fixant le pays de destination :
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L.513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2022, le Préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.
M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 26 septembre 2023 au cours de laquelle Mme Bourdin a été entendue en son rapport.
L'affaire a été renvoyée à l'audience du 24 octobre 2023.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 24 octobre 2023.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 octobre 2023:
- le rapport de Mme Bourdin,
- les observations de Me Yesilbas, représentant M. F, présent.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, F, ressortissant congolais né le 12 octobre 1990 à Kinshasa (République démocratique du Congo), entré irrégulièrement en France selon ses déclarations le 6 avril 2019, a vu sa demande d'asile rejetée par décision de l'Office français des réfugiés et des apatrides le 22 juillet 2019, confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 9 décembre 2020, notifiée le 29 décembre 2020. M. F a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 16 juin 2022, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
2. En premier lieu, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utile. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.
3. M. F, soutient que la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que la décision attaquée a été prise sans que l'intéressé ait été entendu sur sa situation et les risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, le requérant qui a été entendu dans le cadre de l'instruction de sa demande de titre de séjour et à qui le préfet a demandé des éléments complémentaires sur sa situation par courrier du 4 janvier 2022, ne précise pas les éléments pertinents qu'il aurait été empêché de faire valoir préalablement à la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination et qui auraient été susceptibles d'influer sur le contenu de la décision. Ainsi, ce moyen qui s'analyse comme un moyen tiré du vice de procédure résultant de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance du droit d'être entendu doit ainsi être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes du I de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " I. - L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes de l''article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".
5. M. F estime que l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé en droit et ne répond pas à sa situation exacte. En premier lieu, le requérant ne saurait se prévaloir des dispositions de la loi du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes administratifs qui ont été abrogées et remplacées, à compter du 1er janvier 2016, antérieurement à l'édiction de la décision contestée par les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, elles-mêmes inopérantes à l'appui du moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire dès lors que la motivation de ces décisions est explicitement prévue au premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. De même, les dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été abrogées depuis le 1er mai 2021. En tout état de cause, la décision de refus de titre de séjour comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. De plus, la décision portant obligation de quitter le territoire, prise sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, expressément visées par l'arrêté attaquée, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle relative au refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire seront écartés comme manquant en fait. Enfin s'agissant de la décision fixant le pays de destination, l'arrêté du 16 juin 2022 vise les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, fait état du rejet de sa demande d'asile par l'Office français des réfugiés et apatrides le 22 juillet 2019 ainsi que par la Cour nationale du droit d'asile le 9 décembre 2020 et mentionne que l'intéressé n'allègue pas être exposé à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ainsi, alors que M. F ne justifie, ni allège avoir fait état dans le cadre de sa demande de titre de séjour de risques encourus en cas de retour sans son pays d'origine, n'établit pas que la décision fixant le pays de destination serait insuffisamment motivée.
6. En troisième lieu, il ne résulte ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation du requérant.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. ()".
8. L'administration ayant produit l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, venant au soutien de son refus, doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous les éléments permettant d'apprécier son état de santé et, le cas échéant, la possibilité qu'elle a de bénéficier d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
9. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet a pris en compte l'avis, émis le 13 décembre 2021 par le collège des médecins du service médical de l'OFII, aux termes duquel si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, celui-ci peut toutefois bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine vers lequel il peut voyager sans risque. M. F soutient que la décision est illégale dès lors qu'il ne peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine et qu'il doit être pris en charge médicalement en France. Le requérant produit deux certificats médicaux établis par le médecin psychiatre qui le suit, les 10 septembre 2020 et 25 mai 2022 dont il ressort que le requérant souffre d'un trouble psychiatrique grave avec une atteinte cognitive importante et que sa prise en charge doit être maintenue. Aucun de ces certificats ne se prononce sur la possibilité ou non pour l'intéressé de disposer de soins appropriés dans son pays d'origine, étant relevé en outre que le certificat du 10 septembre 2020 faisant état de mauvais traitement dans le pays d'origine ne fait que rapporter les dires du requérant. Il en va de même des ordonnances produites. Par suite, M. F n'est pas fondé à invoquer que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il ne pourrait disposer de soins appropriés dans son pays d'origine.
10. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". M. F invoque une résidence habituelle en France depuis quatre ans et résider avec son épouse en France où il a reconstitué sa cellule familiale et amicale et n'avoir plus aucun contact avec les membres de sa famille restés en République démocratique du Congo. Toutefois, aucun des documents produits ne permet d'établir que le requérant résiderait en France avec son épouse, alors même qu'il ressort des termes de la décision attaquée qu'il s'est déclaré comme étant célibataire lors de l'examen de sa demande de titre de séjour. En outre, alors qu'il ressort du dossier qu'il est sans charge de famille en France et indique une adresse de domiciliation auprès de la Croix Rouge, le seul fait de bénéficier de soins en France depuis le courant de l'année 2019, ne saurait établir que l'intéressé a établi l'essentiel de ses intérêts personnels et moraux en France. En outre, il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à ses 28 ans. Dans ces conditions, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commis d'erreur de droit au regard de sa vie personnelle.
11. En sixième lieu, il résulte de tout ce qui a été dit aux points précédant du présent jugement que les erreurs manifestes d'appréciation alléguées ne sont pas établies.
En ce qui concerne la décision portant de refus de titre de séjour :
12. En premier lieu, la décision contestée a été signée par M. C A, nommé préfet de Seine-et-Marne par un décret du Président de la République du 30 juin 2021, publié au Journal officiel de la République française du 1er juillet 2021 et qui a pris ses fonctions le 19 juillet suivant. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.
13. En deuxième lieu, contrairement à ce qu'allègue l'arrêté attaqué comporte bien la date de son édiction, en l'espèce, le 16 juin 2022 ainsi que son numéro de référence, 2022 DII-15 n°140, qui en tout état de cause ne sont pas exigés à peine nullité de la décision attaquée. Par suite, les moyens tirés du vice de forme de la décision de refus de titre de séjour du 16 juin 2022 seront écartés.
14. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical () est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () ". L'article R. 425-13 de ce code dispose que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. () ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application de ces dispositions : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport. () ". Enfin, aux termes de l'article 6 du même arrêté : " () un collège de médecins () émet un avis () précisant : a) si l'état de santé du demandeur nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / () / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".
15. Les dispositions citées au point 14 du présent jugement, issues de la loi du 7 mars 2016 relative au droit des étrangers en France et de ses textes d'application, ont modifié l'état du droit antérieur pour instituer une procédure particulière aux termes de laquelle le préfet statue sur la demande de titre de séjour présentée par l'étranger malade au vu de l'avis rendu par trois médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui se prononcent en répondant par l'affirmative ou par la négative aux questions figurant à l'article 6 précité de l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu d'un rapport médical relatif à l'état de santé du demandeur établi par un autre médecin de l'Office, lequel peut le convoquer pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Cet avis commun, rendu par trois médecins et non plus un seul, au vu du rapport établi par un quatrième médecin, le cas échéant après examen du demandeur, constitue une garantie pour celui-ci. Les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. Par suite, la circonstance que, dans certains cas, ces réponses n'aient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis.
16. En l'espèce, il ressort des pièces produites en défense par le préfet de Seine-et-Marne que le collège des médecins de l'OFII s'est prononcé le 13 décembre 2021 sur la demande de M. F par un avis qui a été établi conformément au modèle figurant à l'annexe C de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé. Il est signé par les docteurs, Westphal, Triebsch et Horrach. A supposer même qu'aient été apposés sur cet avis des fac-similés des signatures des intéressés et non leurs signatures manuscrites, cette circonstance n'entache pas, par elle-même, d'irrégularité l'avis litigieux alors que l'exigence d'une signature manuscrite ne résulte d'aucune disposition applicable et que le requérant ne peut se prévaloir utilement des dispositions de l'article 1367 du code civil contenu dans le chapitre III dudit code relatif aux modes de preuve en matière civile qui ne sont pas applicable en l'espèce. L'avis du collège de l'OFII ainsi que le bordereau de transmission mentionnent que le rapport médical au vu duquel le collège a statué a par ailleurs été établi par le docteur E, laquelle n'a pas siégé au sein du collège, qui était bien composé de trois médecins. En outre, il résulte de ce qui a été dit au point précédent du présent jugement que M. F ne peut se prévaloir utilement de l'absence de preuve d'échanges collégiaux préalables à l'avis du collège de médecins après délibération du 13 décembre 2021. Dès lors, le moyen tiré de ce que la procédure d'avis devant l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait été irrégulière doit être écarté.
17. En quatrième lieu, M. F ne peut utilement se prévaloir des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lesquelles ont été abrogées et reprises à compter du 1er mai 2021 à l'article L. 425-9 du même code. En tout état de cause, il résulte de ce qui a été dit au point 7 à 9 du présent jugement que le préfet n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
18. En premier lieu, la décision portant refus de lui délivrer un titre de séjour n'étant, ainsi qu'il vient d'être dit, pas illégale, M. F n'est pas fondé à invoquer le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire.
19. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus concernant le refus de titre de séjour que les moyens tirés du vice de procédure concernant l'absence de caractère collégial de la délibération du collège des médecins de l'OFII et de l'absence d'authenticité et d'intégrité des signatures des médecins sur l'avis du collège doivent, pour les motifs précédemment exposés, être écartés.
20. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 7 à 9 du présent jugement, que le moyen tiré de ce que la décision aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière et de la méconnaissance des dispositions du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles sont reprises depuis le 1er mai 2021 au 9° de l'article L. 611-3 du même code, ne sont pas fondés.
En ce qui concerne le pays de destination :
21. En premier lieu, la décision de refus de titre de séjour n'étant pas illégale M. F n'est pas fondé à invoquer le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence de l'illégalité de la première décision.
22. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a repris depuis le 1er mai 2021 les dispositions de l'ancien article L. 513-2 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi: /1o Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile; /2o Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral; / 3o Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. /Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "
23. Comme évoqué précédemment M. F ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui n'étaient plus en vigueur à la date de l'arrêté attaqué. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de M. F a été rejetée en dernier par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 9 décembre 2020. De plus, si le certificat médical établi par le docteur D le 10 septembre 2020 mentionne que l'intéressé lui a rapporté un emprisonnement à Kinshasa durant six mois durant lequel il aurait subi des privations et des violences, M. F ne produit aucun élément dans le cadre de la présence instance pour établir la réalité de ces faits, ni les risques qu'il encourait en cas de retour dans son pays d'origine à la date de la décision attaquée. Par suite, la méconnaissance des dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ont repris les dispositions de l'ancien L. 513-2 du même code n'est pas établie. De même l'erreur manifeste d'appréciation alléguée n'est pas établie.
24. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. F doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et au titre des dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B F et au préfet de Seine-et-Marne.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 24 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Ghaleh-Marzban, présidente,
Mme Bourdin, première conseillère,
M. Rehman-Fawcett , conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.
La rapporteure,
S. BOURDIN
La présidente,
S. GHALEH-MARZBAN La greffière,
Y. SADLI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026