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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2206517

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2206517

lundi 17 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2206517
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCP DAGNEAU-BACHIMONT & DUQUESNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er juillet 2022 sous le n° 2206517, M. A B, incarcéré au centre pénitentiaire de Fresnes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 22 juin 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne :

- l'a obligé à quitter le territoire français ;

- lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- a fixé le pays de destination ;

- l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de 3 ans ;

2°) d'être admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

3°) d'être assisté d'un avocat de permanence.

M. B soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté contesté n'est pas établie ;

- les décisions sont entachées d'insuffisance de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation ;

- il n'a pas été mis en mesure de formuler des observations préalables orales ou écrites comme le prévoit pourtant la loi ;

- il n'a pas été mis en mesure d'avertir dans les meilleurs délai un conseil ou une personne de son choix, ni un interprète pour communiquer avec son conseil ;

- il n'a pas été informé du délai de recours de 48 heures ;

- la menace à l'ordre public est uniquement fondée sur la condamnation dont il a fait l'objet ;

- contrairement à ce qui est indiqué sur l'arrêté, il est de nationalité espagnole et non marocaine ;

- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- il réside régulièrement sur le territoire français depuis ses 14 ans ;

- il est arrivé en France avec sa mère pour rejoindre son père qui a la nationalité française alors que sa mère est titulaire d'un titre de séjour ; avant d'être incarcéré, il avait commencé à travailler comme vendeur.

Vu :

- l'arrêté litigieux de la préfète du Val-de-Marne en date du 1er juillet 2022 ;

- les pièces, enregistrées le 23 juin 2023, présentées pour la préfète du Val-de-Marne par Me Termeau ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de cette loi ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Freydefont pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-10 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 28 juin 2023 en présence de Mme Riellant, greffière d'audience :

- M. Freydefont, magistrat désigné, qui a présenté son rapport et informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible de soulever d'office un moyen d'ordre public tiré de ce que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté préfectoral du 22 juin 2022 sont irrecevables car tardives en application de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les observations de Me Duquesne, représentant M. B, requérant absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en soutenant, de plus, que sa requête n'est pas tardive car il résulte d'un mail du point d'accès au droit du centre pénitentiaire que celui-ci était fermé le vendredi 24 juin 2022 ainsi que le week-end des 25 et 26 ; de plus, M. B déclare être en France depuis ses 14 ans et y avoir son père de nationalité française et sa mère en situation régulière car titulaire d'un titre de séjour ; il en résulte que l'arrêté viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les observations de Me Termeau, représentant la préfète du Val-de-Marne, défendeur, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'elle est tardive car, même si l'on tient compte du vendredi 24 juin et du week-end des 25 et 26 où le point d'accès au droit était fermé, le délai de 48 heures expirait le 29 juin ; or la requête est du 1er juillet 2022.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () " ; aux termes de l'article L. 614-1 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. " ; aux termes de l'article L. 614-6 dudit code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. "

2. Par un arrêté en date du 22 juin 2022 notifié le 24 juin 2022, la préfète du Val-de-Marne a, sur le fondement du 5° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé M. A B, ressortissant marocain né le 30 octobre 1992 à Taza, à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la requête susvisée, enregistrée le 1er juillet 2022, M. B demande l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté préfectoral.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 62 du décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est demandée sans forme au président du bureau ou de la section ou au président de la juridiction saisie () / L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ". M. B ayant bénéficié de l'assistance d'un avocat commis d'office lors de l'audience du 28 juin 2023 en la personne de Me Duquesne, il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la recevabilité de la requête :

4. Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. " ; aux termes du I de l'article R. 776-2 du même code : " () / Conformément aux dispositions du I bis de l'article L. 512-1 du même code, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application des 1°, 2°, 4° ou 6° du I de l'article L. 511-1 du même code, fait courir un délai de quinze jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour notifiées simultanément. Cette notification fait courir ce même délai pour demander la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement dans les conditions prévues à l'article L. 743-3 du même code. " ; aux termes du II de l'article R. 776-5 de ce code : " Les délais de quarante-huit heures mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-4 et les délais de quinze jours mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-3 ne sont susceptibles d'aucune prorogation. "

5. Ainsi qu'il a été dit au point 2, l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français a été pris sur le fondement du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'était assorti d'un délai de départ volontaire de trente jours. De plus, il comportait mention des voies et délai de recours et était mis en mesure d'avertir dans les meilleurs délais un conseil ou une personne de son choix, conformément aux dispositions de l'article L. 61'-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, en application de l'article L. 614-6 du même code, M. B disposait d'un délai de 48 heures à compter de la date de notification de l'arrêté pour le contester devant le tribunal administratif compétent.

6. Or, il ressort de l'arrêté litigieux que celui-ci a été notifié à l'intéressé le 24 juin 2022. Par suite, M. B avait jusqu'au 26 juin 23 heures 59 pour faire enregistrer sa requête à fin d'annulation de l'arrêté litigieux, ce qu'il n'a fait que le 1er juillet 2022, cinq jours plus tard. Si le requérant se prévaut d'un courriel du point d'accès au droit précisant qu'il était fermé le vendredi 24 juin 2022 ainsi que le week-end des 25 et 26 juin, cette circonstance n'est pas de nature à rendre sa requête recevable car, dans un tel cas, à supposer que le délai de recours ait été suspendu et ait recommencé à être décompté à partir du lundi 27 juin, cela signifie que le délai de 48 heures expirait le mercredi 29 juin 2022 à 23 heures 59. Or, la requête a été enregistrée le 1er juillet. Il s'ensuit que sa requête est tardive et doit donc être rejetée comme irrecevable.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

Signé : C. FreydefontLa greffière,

Signé : N. Riellant

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2206517

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