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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2206590

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2206590

mercredi 19 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2206590
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantMILLOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 juillet 2022, M. E C, représenté par Me Millot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de faire droit à sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier dès lors qu'il n'est pas de nationalité ivoirienne, que le numéro étranger mentionné n'est pas le sien et qu'il n'a pas prêté sa carte vitale ainsi que son titre de séjour à un tiers ; elle ne tient pas compte du décès de ses parents et de la présence en France de ses deux demi-sœurs de nationalité française ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a été involontairement privé d'emploi et qu'il avait retrouvé un emploi préalablement à l'intervention de la décision en litige ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est présent sur le territoire français depuis près de six ans, qu'il maîtrise parfaitement le français et que sa vie privée et familiale se trouve en France ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation.

Par un mémoires en défense, enregistré le 29 juillet 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Chatel, représentant M. C.

1. M. E C, ressortissant malien né le 3 juillet 1994, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le 4 septembre 2016. Il a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " salarié " au titre de l'admission exceptionnelle au séjour valable du 15 avril 2021 au 14 avril 2022 dont il a demandé le renouvellement le 17 mars 2022. Par un arrêté du 8 juin 2022, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. ". En outre, aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". Enfin, l'article L. 432-2 de ce code dispose que : " Le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à l'étranger qui cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de cette carte dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations. / N'est pas regardé comme ayant cessé de remplir la condition d'activité prévue aux articles L. 421-1, L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-21 l'étranger involontairement privé d'emploi au sens de ces mêmes articles. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

4. Lorsque l'autorité préfectorale, faisant usage de son pouvoir discrétionnaire d'apprécier l'opportunité de l'admission au séjour, délivre un titre de séjour temporaire d'une durée d'un an à un ressortissant étranger ne remplissant pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée une telle autorisation, il lui incombe, en raison du caractère d'acte créateur de droit de la mesure ainsi prise, de se prononcer sur le droit de l'intéressé au renouvellement de son titre de séjour en faisant application des dispositions législatives et réglementaires régissant la situation des étrangers ayant bénéficié d'un titre temporaire de séjour d'une durée d'un an. Dans ces conditions, il appartenait au préfet de Seine-et-Marne de se prononcer sur le droit au séjour du requérant non pas au regard de l'admission exceptionnelle au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais sur une demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ".

5. Pour refuser à l'intéressé le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " salarié ", le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé sur la seule circonstance que l'intéressé aurait frauduleusement prêté son titre de séjour et sa carte vitale à une autre personne entre le 1e et le 30 septembre 2021 afin de travailler au sein de la société Alphaville pour en déduire, au regard de cette fraude, qu'il " ne remplit donc pas les conditions prévues par l'article L. 435-1 précité du fait de la suspicion de fraude documentaire ". Ainsi qu'il a été dit au point précédent, le préfet, qui était saisi d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour portant la mention " salarié " ne pouvait se fonder sur ces dispositions pour refuser de renouveler le titre de séjour du requérant. Au surplus, il n'est pas utilement contesté, ainsi qu'il résulte au demeurant des termes de l'arrêté attaqué, que M. C a été involontairement privé d'emploi le 30 juillet 2021 en raison de la liquidation judiciaire de la société " AS propreté " au sein de laquelle il travaillait en contrat à durée indéterminée. Dès lors que l'autorité administrative n'établit pas, ni même n'allègue que l'intéressé constituerait une menace pour l'ordre public, la seule circonstance qu'il se serait rendu coupable d'une fraude documentaire, à la supposer établie, n'est pas de nature à justifier le refus de renouvellement de son titre de séjour mention " salarié ". Par suite, M. C est fondé à soutenir que la décision en litige, qui a été prise pour l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'une erreur de droit.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, et par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination qui manquent de base légale, doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. L'exécution du présent jugement implique seulement d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer la demande de M. C tendant au renouvellement de son titre de séjour dans un délai de deux mois à compter du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés au litige :

8. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Ainsi, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Millot, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Millot, de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 8 juin 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a rejeté la demande de titre de séjour de M. C, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat (préfecture de Seine-et-Marne) versera à Me Millot la somme de 1 200 euros en apllication des dispositions du 2° alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Millot renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, à Me Millot et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée, pour son information, au ministre de l'Intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'hirondel, président,

Mme Morisset, première conseillère,

M. Cabal, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2023.

Le rapporteur,

P.Y. A

Le président,

M. D

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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