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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2206647

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2206647

mercredi 19 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2206647
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantMALTERRE - DIETSCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juillet 2022, M. D C, représenté par Me Malterre, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 mai 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de faire droit à sa demande de renouvellement de certificat de résidence algérien de dix ans et lui a délivré un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté en litige est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il n'a fait l'objet que d'une seule condamnation pénale, que cette condamnation présente un caractère ancien, qu'il est marié à une ressortissante française et est père de trois enfants français mineurs.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, né le 17 juillet 1983, de nationalité algérienne, qui est entré en France selon ses déclarations courant 2009, a sollicité le 2 décembre 2021 le renouvellement de son certificat de résidence algérien valable dix ans. Par une décision du 23 mai 2022, la préfète du Val-de-Marne a refusé de faire droit à sa demande et lui a délivré un certificat de résidence algérien d'une durée d'un an au titre de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. M. C demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : / a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article ; () / g) Au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français résidant en France, à la condition qu'il exerce, même partiellement, l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins, à l'échéance de son certificat de résidence d'un an ; ". Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser l'admission au séjour d'un ressortissant algérien en se fondant sur la circonstance que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

3. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué que la préfète du Val-de-Marne a refusé de renouveler le certificat de résidence algérien dont M. C était titulaire au motif qu'il constituait une menace pour l'ordre public en raison de sa condamnation le 27 janvier 2020 par la cour d'appel de Nancy à une peine de trois ans d'emprisonnement dont un avec sursis pour des faits d'obtention frauduleuse de documents administratif constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation le 13 mars 2012 et le 5 juin 2013, d'usage de faux documents administratifs constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation du 1er janvier 2011 au 28 janvier 2013, d'usage de faux en écriture du 13 mars 2012 au 28 janvier 2013, ainsi que d'altération frauduleuse de la vérité dans un écrit, de participation à association de malfaiteur en vue de la préparation d'un délit puni de dix ans d'emprisonnement, d'aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irrégulier d'un étranger en France ou dans un Etat partie à la convention de Schengen, en bande organisée et, enfin, de détention frauduleuse de plusieurs faux documents administratifs du 1e janvier 2011 au 28 janvier 2013.

4. Il ressort des pièces du dossier, et n'est pas utilement contesté par la préfète du Val-de-Marne, que M. C est marié avec une ressortissante française et qu'il est père de trois enfants français dont il contribue à l'éducation et à l'entretien. Si le requérant a fait l'objet d'une condamnation pénale en 2020 pour de nombreux faits, ceux-ci, commis il y a plus de neuf ans à la date de la décision en litige, présentent un caractère ancien et portent sur une période isolée dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé ait fait, depuis, l'objet d'autres condamnations. Il n'est, au demeurant, pas utilement contesté que le juge d'application des peines, qui relevait qu'il s'agissait de l'unique condamnation de l'intéressé, a procédé, par une décision du 11 janvier 2021, à un aménagement de peine en tenant compte de la capacité du requérant " à se mobiliser en milieu ouvert durant le temps de sa demande en se présentant devant le juge de l'application des peines et en transmettant les justificatifs de sa situation. En outre, il dispose d'un hébergement, et d'une vie familiale et professionnelle stable ". Il résulte, enfin, de la décision contestée qu'à la date à laquelle elle a été prise, la préfète du Val-de-Marne n'a pas regardé l'intéressé comme constituant une menace pour l'ordre public dès lors qu'elle l'a autorisé à séjourner en France en lui délivrant un certificat de résidence algérien valable un an et en l'avertissant qu'en cas de récidive, il s'exposerait à un refus de renouvellement de titre de séjour pour motif d'ordre public. Dans ces conditions, la présence en France de M. C ne constituant pas, à la date de la décision attaquée, une menace pour l'ordre public, le requérant est fondé à soutenir que la décision de refus de renouvellement d'un certificat de résidence algérien de dix ans qui lui a été opposée est entachée d'erreur d'appréciation et à en demander, pour ce motif son annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. "

6. Par application de ces dispositions, il y a lieu, sous réserve d'un changement de circonstance de droit ou de fait, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, ou à tout préfet territorialement compétent, de délivrer à M. C un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la préfète du Val-de-Marne du 23 mai 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait ou de droit, de délivrer à M. C, un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 : L'Etat (préfecture du Val-de-Marne) versera à M. C la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée, pour son information, au ministre de l'Intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'hirondel, président,

Mme Morisset, première conseillère,

M. Cabal, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2023.

Le rapporteur,

P.Y. A

Le président,

M. E

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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