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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2206663

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2206663

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2206663
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantLUCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Luce, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, sous astreinte de dix euros par jour de retard, de lui délivrer, à titre principal, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation après avoir saisi la commission du titre de séjour et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 800 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

* Sur la légalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- la décision a été prise par une autorité incompétente, faute pour l'administration d'établir la délégation de signature consentie à l'auteur de l'acte en litige ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie malgré sa présence continue sur le territoire français depuis plus de dix ans ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur d'appréciation.

* Sur la légalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- pour les mêmes motifs que précédemment, elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle méconnaît l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur d'appréciation.

* Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 juin 2022.

Par un courrier du 17 mars 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la violation de l'autorité de la chose jugée qui s'attache au dispositif du jugement devenu définitif du tribunal administratif de Melun du 25 février 2020 ainsi qu'aux motifs qui en sont le support nécessaire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les observations de Me Luce, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 12 mars 1987 et de nationalité marocaine, a fait l'objet d'une première décision de refus de titre de séjour le 28 décembre 2020, décision qui a été annulée par le tribunal administratif de Melun le 25 février 2022. Il a saisi la préfète du Val-de-Marne d'une nouvelle demande de titre de séjour " vie privée et familiale " le 16 mars 2022 sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 avril 2022, la préfète du Val-de-Marne a refusé de faire droit à cette demande, a assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. L'autorité absolue de la chose jugée s'attache non seulement au dispositif d'un jugement, devenu définitif, annulant une décision administrative mais également à ses motifs qui en sont le support nécessaire. Cette autorité fait obstacle à ce que l'administration édicte de nouveau une décision administrative sans reprendre une procédure antérieurement déclarée irrégulière par la juridiction administrative, pour en corriger les irrégularités.

3. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

4. En l'espèce, l'arrêté attaqué a été pris à la suite du jugement du tribunal administratif de Melun rendu le 25 février 2022. Ce jugement annule la précédente décision de refus de titre de séjour avec injonction de réexamen pour défaut de saisine de la commission du titre de séjour après avoir reconnu que M. B justifiait d'une présence en France d'au moins dix ans. L'autorité de la chose jugée impliquait donc que l'autorité administrative se prononce sur la demande de titre de séjour formée par l'intéressé après avoir saisi la commission du titre de séjour. Il résulte des énonciations de la décision attaquée que la préfète du Val-de-Marne a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité par M. B sans avoir saisi préalablement la commission du titre de séjour en estimant que l'intéressé ne justifiait pas d'une présence régulière en France d'au moins dix ans. Par suite, elle a méconnu l'autorité de la chose jugée qui s'attache au jugement du tribunal administratif de Melun du 25 février 2022.

5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les moyens de la requête, que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, et par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination qui manquent de base légale, doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. L'exécution du présent jugement implique seulement d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer la demande de M. B tendant à la délivrance d'un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la présente décision, sous astreinte de dix euros par jour de retard passé ce délai et qu'elle lui délivre, dans l'attente de ce réexamen, le récépissé de demande de titre de séjour prévu à l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.

Sur les frais liés au litige :

7. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Ainsi, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Luce, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Johanna Luce, de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète du Val-de-Marne du 11 avril 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de dix euros par jour de retard passé ce délai et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, le récépissé de demande de titre de séjour prévu à l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.

Article 3 : L'État (préfecture du Val-de-Marne) versera à Me Luce une somme de 1 200 euros en application des dispositions du 2° alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Luce renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, Me Johanna Luce et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'Intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2023 à laquelle siégeaient :

M. L'hirondel, président,

M. Duhamel, premier conseiller,

Mme. Morisset, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

Le rapporteur,

M. DUHAMEL

Le président,

M. L'HIRONDEL

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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