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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2206686

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2206686

vendredi 14 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2206686
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantCABINET KOSZCZANSKI & BERDUGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juillet 2022 M. D C, représenté par le cabinet d'avocats Koszczanski et Berdugo, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 16 septembre 2021 refusant d'abroger l'arrêté d'expulsion dont il fait l'objet du 16 juillet 1986 ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne d'abroger l'arrêté d'expulsion du 16 juillet 1986 ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 632-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les faits ayant conduit à l'adoption de l'arrêté d'expulsion du 16 juillet 1986 ont eu lieu il y a près de quarante ans et qu'il n'a fait, depuis, l'objet d'aucune condamnation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est entré pour la première fois en France à l'âge de 14 ans, qu'il est régulièrement revenu en France en 2005, qu'il est marié avec une ressortissante française, que l'ensemble de sa famille se trouve en France et qu'il s'occupe de sa mère ; il est inséré professionnellement en France ; il ne présente plus aucune menace pour l'ordre public.

La requête a été communiquée au préfet de Seine-et-Marne qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, né le 31 août 1965 et de nationalité marocaine, est entré pour la première fois en France, selon ses déclarations, en 1979. Il a été condamné pour des faits de vol et de viol en 1983. Par un arrêté du 16 juillet 1986, le ministre de l'Intérieur a prononcé son expulsion du territoire français sur le fondement de l'article 23 de l'ordonnance du 2 novembre 1945. M. C demande au tribunal d'annuler la décision implicite née le 16 septembre 2021 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé d'abroger l'arrêté du 16 juillet 1986 prononçant son expulsion du territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 632-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 632-3 et L. 632-4, les motifs de la décision d'expulsion donnent lieu à un réexamen tous les cinq ans à compter de sa date d'édiction./ L'autorité compétente tient compte de l'évolution de la menace pour l'ordre public que constitue la présence de l'intéressé en France, des changements intervenus dans sa situation personnelle et familiale et des garanties de réinsertion professionnelle ou sociale qu'il présente, en vue de prononcer éventuellement l'abrogation de cette décision. L'étranger peut présenter des observations écrites. / A défaut de notification à l'intéressé d'une décision explicite d'abrogation dans un délai de deux mois, ce réexamen est réputé avoir conduit à une décision implicite de ne pas abroger. Cette décision est susceptible de recours. Le réexamen ne donne pas lieu à consultation de la commission mentionnée à l'article L. 632-1. ". Aux termes de l'article R. 632-9 du même code : " " L'abrogation d'une décision d'expulsion prise, avant l'entrée en vigueur du décret n° 97-24 du 13 janvier 1997, par le ministre de l'intérieur, sur le fondement des dispositions de l'article 23 de l'ordonnance n° 45-2658 du 2 novembre 1945, désormais codifiées à l'article L. 631-1, et après accomplissement des formalités prévues par les dispositions de l'article 24 de la même ordonnance, désormais codifiées à l'article L. 632-1, relève de la compétence du préfet du département dans le ressort duquel l'étranger avait sa résidence à la date de l'arrêté d'expulsion. A Paris, le préfet compétent est le préfet de police. ". Il résulte des termes mêmes de l'article L. 632-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'à défaut pour l'autorité compétente de prendre une décision expresse d'abrogation de l'arrêté d'expulsion dont un ressortissant étranger a fait l'objet, une décision implicite de ne pas abroger cet acte est réputée intervenir tous les cinq ans, deux mois après la date anniversaire de cet arrêté.

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

4. En vertu des dispositions précitées, la décision refusant d'abroger un arrêté d'expulsion constitue une mesure de police qui est au nombre de celles qui doivent être motivées en application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration précité. Par suite, il est loisible à l'intéressé de demander, dans le délai du recours contentieux, les motifs de la décision implicite ayant le même objet. Il s'ensuit qu'en l'absence de communication de ces motifs dans le délai d'un mois, la décision implicite se trouve entachée d'illégalité.

5. M. C a fait l'objet, le 16 juillet 1986, d'un arrêté ministériel portant expulsion du territoire français en raisons de faits commis à Meaux en 1983. En application des dispositions précitées, une décision implicite de ne pas abroger cet arrêté est née le 16 septembre 2021. Par un courrier en date du 5 mai 2022 reçu en préfecture le 9 mai suivant, le requérant a demandé la communication des motifs de cette décision. Dans ces conditions, dès lors que M. C soutient, sans être contesté en défense, qu'aucune réponse n'a été apportée à cette demande dans un délai d'un mois, il est fondé à soutenir que la décision implicite de refus d'abroger l'arrêté portant expulsion du territoire français du 16 juillet 1986 est entachée d'un défaut de motivation.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant refus implicite d'abroger l'arrêté portant expulsion du territoire français doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, et seul susceptible de l'être compte tenu des éléments produits dans le dossier, le présent jugement implique seulement d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de procéder au réexamen des motifs de l'arrêté d'expulsion du 16 juillet 1986 dans un délai de deux mois à compter de présente décision. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé d'abroger l'arrêté d'expulsion du 16 juillet 1986 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer les motifs de l'arrêté d'expulsion du 16 juillet 1986 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat (préfecture de Seine-et-Marne) versera à M. C la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée, pour son information, au ministre de l'Intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'hirondel, président,

Mme Morisset, première conseillère,

M. Cabal, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.

Le rapporteur,

P.Y. A

Le président,

M. L'HIRONDEL

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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