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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2206730

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2206730

vendredi 3 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2206730
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre, JU
Avocat requérantBOUCHOUCHA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 1er juillet 2022, enregistrée le 8 juillet suivant, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal le dossier de la requête de M. B A.

Par cette requête, enregistrée le 8 juillet 2022, M. A, représenté par Me Bouchoucha puis Me Kadima Kande, avocats commis d'office, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 25 juin 2022 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, en cas d'annulation de la mesure d'éloignement ou de la décision fixant le pays de destination, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans le délai d'une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la mesure d'éloignement :

- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public qu'il représenterait ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2022, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La magistrate désignée a demandé au préfet de police de Paris de produire la décision portant interdiction de retour sur le territoire français attaquée par la présente requête, par un courrier du 3 octobre 2023.

Après clôture de l'instruction prononcée à l'issue de l'audience publique du 4 octobre 2023 à laquelle les parties étaient convoquées, le préfet de police de Paris a produit la pièce demandée qui a été communiquée.

Par une décision du 21 juin 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle formée par M. A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné Mme Billandon, vice-présidente, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Billandon,

- et les observations de Me Kadima Kande, avocat de M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens mais renonce expressément au moyen tiré de l'incompétence, initialement invoqué à l'encontre de l'ensemble des décisions attaquées.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 10 h 36.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 25 juin 2022, le préfet de police de Paris a obligé M. A, ressortissant ivoirien né en 2002, à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, l'intéressé demande l'annulation de cet arrêté y compris en ce qu'il aurait pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté attaqué :

2. L'arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le préfet de police, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle du requérant a, ainsi, suffisamment motivé ses décisions.

En ce qui concerne la légalité de la mesure d'éloignement :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (). ".

4. Au cas particulier, M. A est entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Il entre ainsi dans le cas des étrangers qui peuvent être obligés de quitter le territoire français ;

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. A soutient que la décision attaquée méconnaît les stipulations citées au point précédent, il ne produit aucun élément au soutien de cette allégation alors qu'il ressort du dossier administratif versé par le préfet de police de Paris que l'intéressé est célibataire sans enfant, qu'il ne dispose pas d'attaches familiales intenses, stables et anciennes sur le territoire français alors qu'il indique que l'ensemble des membres de sa famille vit dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. Ainsi la décision par laquelle le préfet de police a obligé M. A à quitter le territoire français n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Cette décision n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la légalité du refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

8. Pour refuser d'octroyer un délai de départ volontaire à M. A, le préfet de police de Paris a relevé que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, dès lors qu'il s'était rendu coupable d'un vol avec violences en réunion dans un lieu destiné à l'accès à un moyen de transport collectif de voyageurs et port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie B, et qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il faisait l'objet dès lors qu'il ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français ni n'avait sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'il ne présentait pas des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, ni ne justifiait pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale, de sorte qu'il ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes. L'intéressé, qui se borne à soutenir qu'il ne représente pas de menace à l'ordre public, ne conteste ainsi, en tout état de cause, pas les motifs ayant justifié l'application du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit, par suite et en tout état de cause, être écarté.

9. Il ne résulte pas des faits précédemment décrits que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

10. Compte tenu de ce qui vient d'être dit, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. Si M. A soutient qu'il encourt des risques de traitements inhumains ou dégradants en Côte d'Ivoire, il ne produit à l'appui de sa requête aucun élément de nature à attester qu'il encourrait actuellement et personnellement de tels risques en cas de retour dans ce pays. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées ne peut ainsi qu'être écarté.

13. Compte tenu de ce qui vient d'être dit, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français :

14. Compte tenu de ce qui vient d'être dit, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

15. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées, par voie de conséquence du rejet de ses conclusions à fin d'annulation.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A la somme qu'il réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Kadima Kande et au préfet de police de Paris.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2023.

La magistrate désignée,

I. BILLANDONLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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