mardi 21 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2206758 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | QUATRE VINGT ONZE SAINT GERMAIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 juillet 2022, M. B C, représenté par Me Schinazi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de faire droit à sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, sous astreinte de 300 euros par jour de retard, de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
-il entraîne une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
-il est entaché d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie dans le cadre du renouvellement de son titre de séjour malgré sa présence depuis plus de dix ans sur le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant turc né le 20 juin 1977, déclare être entré en France en mars 2010 et y résider depuis lors avec son épouse, également de nationalité turque et titulaire d'un statut de résident, et leurs quatre enfants dont trois sont mineurs. A compter de juillet 2016, il a bénéficié de titres de séjour temporaires régulièrement renouvelés puis d'un titre pluriannuel portant la mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 29 novembre 2021. M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 juin 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de renouveler son titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ". L'article L. 433-1 du même code stipule que : " () le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte. °L'autorité administrative peut procéder aux vérifications utiles pour s'assurer du maintien du droit au séjour de l'intéressé et, à cette fin, convoquer celui-ci à un ou plusieurs entretiens. ().". Enfin, selon l'article L. 412-5 de ce code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE "".
3. Il appartient en principe à l'autorité administrative de délivrer, lorsqu'elle est saisie d'une demande en ce sens, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à l'étranger qui remplit les conditions prévues par les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle ne peut opposer un refus à une telle demande que pour un motif d'ordre public suffisamment grave pour que ce refus ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du demandeur. Lorsque l'administration lui oppose ce motif pour refuser de faire droit à sa demande, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été condamné le 21 avril 2017 par la chambre des appels correctionnels de Paris à six mois d'emprisonnement avec sursis et 600 euros d'amende pour conduite d'un véhicule sans permis et circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance. Il figure sur le fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ) au titre des infractions suivantes : viol et vol simple le 25 novembre 2009, faux dans un document administratif constatant un droit (permis de conduire) et emploi d'un étranger non muni d'une autorisation de travail salarié le 25 mars 2015, violence sur personne dépositaire de l'autorité publique (PDAP), rébellion et violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité supérieure à huit jours le 21 mai 2020. En outre, pour lui refuser le renouvellement de son titre de séjour, le préfet de Seine-et-Marne a retenu, sans que le requérant ne le conteste, que M. C avait été condamné le 16 février 2021 pour conduite sans permis et sans assurance. Par suite, eu égard à la fréquence, à la nature et à la gravité des faits successifs reprochés à l'intéressé, le préfet de Seine-et-Marne a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, rejeter la demande de renouvellement de titre de séjour de M. C au motif que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
6. M. C soutient que l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des stipulations et dispositions précitées en faisant valoir être entré en France en 2010, être inséré dans la société française et y disposer de ses centres d'intérêts en étant marié avec une ressortissante turque, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, et que de cette union sont nés quatre enfants en 2003, 2005, 2010 et 2019 dont trois sont scolarisés en France, l'aînée disposant d'une carte de séjour temporaire.
7. Toutefois, les pièces produites par M. C ne permettent pas d'établir le caractère habituel de sa présence sur le territoire français depuis plus de dix ans, en particulier pour les années 2011 à 2015 et pour l'année 2020. En effet, s'il produit pour les années 2011 à 2015, des déclarations des revenus signées par ses soins respectivement les 18 juillet 2012, 12 juin 2014, 13 juin 2014, 25 janvier 2015 et 15 juin 2016, il ne ressort pas des pièces du dossier, en l'absence de toute production des avis d'imposition portant sur les années dont il s'agit, que les déclarations souscrites en 2011, 2012, 2013 et 2015 ont effectivement été adressées et enregistrées par le service des impôts et ont donné lieu à imposition. La déclaration d'impôt signée le 25 janvier 2015 pour le revenu de l'année 2014 n'a été enregistrée par la direction des finances publiques que le 1er février 2016. Par suite, ces pièces sont insuffisantes pour établir sa résidence habituelle sur le territoire français pendant ces cinq années. Pour l'année 2021, le requérant n'apporte aucun justificatif permettant d'apprécier sa présence en France. Enfin, M. C n'établit pas que la cellule familiale ne puisse pas se reconstituer dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et eu égard par ailleurs à la nature et à la gravité des faits qui lui sont reprochés, l'arrêté attaqué n'a pas porté au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Il n'a pas méconnu, par suite, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ".
9. Si le requérant soutient que le préfet a entaché sa décision d'un vice de procédure en s'abstenant de saisir préalablement la commission du titre de séjour au motif qu'il ne justifiait pas d'une présence régulière en France depuis au moins dix ans, ce moyen, eu égard à ce qui a été dit au point 7, ne peut être qu'écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation de l'arrêté du 30 juin 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de faire droit à la demande de renouvellement de titre de séjour de M. C, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de Seine-et-Marne.
Copie en sera adressée, pour son information, au ministre de l'Intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 7 mars 2023 à laquelle siégeaient :
M. L'hirondel, président,
M. Duhamel, premier conseiller,
M. Cabal, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.
Le rapporteur,
M. DUHAMEL
Le président,
M. E
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2206758
1
N° 2101999
21
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026