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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2206905

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2206905

jeudi 14 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2206905
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantSOUBRE MBARKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juillet 2022, M. E D, représenté par Me Soubre-Trinh, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision et sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence de son signataire ;

- il résulte d'une application manifestement erronée des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code précité et porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti notamment par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 août 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. D n'est fondé.

Par ordonnance du 6 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 27 juillet 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 23 septembre 2006 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires et l'avenant à cet accord signé le 25 février 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Mme Bousnane, rapporteure, a présenté son rapport au cours de l'audience publique.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. E D, ressortissant sénégalais né le 12 septembre 1985 à Dakar (Sénégal), est entré en France le 2 avril 2013. L'intéressé a introduit une première demande d'admission exceptionnelle au séjour en novembre 2018. Par un arrêté du 26 juin 2019, confirmé le 8 octobre 2020 par un jugement du tribunal administratif de Melun devenu définitif, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. D a introduit, le 22 octobre 2021, une nouvelle demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 juin 2022, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté cette demande, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. C A, nommé préfet de Seine-et-Marne par décret du Président de la République du 30 juin 2021, publié le 1er juillet 2021 au Journal officiel de la République française (texte n° 62), lequel a pris ses fonctions le lundi 19 juillet suivant. Le signataire de l'arrêté était donc compétent pour prendre la décision attaquée, sans avoir au demeurant à justifier d'une délégation. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision manque en fait et ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ". Les stipulations du paragraphe 42 de l'accord du 23 septembre 2006, dans sa rédaction issue de l'avenant signé le 25 février 2008, renvoyant à la législation française en matière d'admission exceptionnelle au séjour des ressortissants sénégalais en situation irrégulière rendent applicables à ces ressortissants les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet, saisi d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour par un ressortissant sénégalais en situation irrégulière, est conduit, par l'effet de l'accord du 23 septembre 2006 modifié, à faire application des dispositions de l'article L. 435-1 du code.

4. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient en effet à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

5. En l'espèce, si M. D soutient qu'il réside habituellement en France depuis le 2 avril 2013 et qu'il y a des attaches familiales, en soulignant notamment que son père et plusieurs de ses frères et sœurs sont de nationalité française, l'intéressé, célibataire et sans charge de famille, ne justifie pas que ses frères et sœurs aient la nationalité française et a au demeurant déclaré dans sa demande d'admission que ses parents et ses deux frères résidaient au Sénégal et qu'aucun membre de sa famille ne résidait en France. Il n'établit donc pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a lui-même vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt-sept ans. Dans ces conditions, et alors que le requérant s'est déjà vu opposer en 2019 un refus d'admission exceptionnelle au séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire qu'il n'a pas exécutée après sa confirmation par le tribunal, le préfet ne s'est pas livré à une appréciation manifestement erronée de sa situation en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour au titre de la " vie privée et familiale ". Par ailleurs, M. D soutient travailler depuis le mois de mai 2017 et, en particulier, depuis le 11 juin 2019 pour le même employeur. Il ressort des pièces du dossier qu'il justifie, par la production de bulletins de salaire et d'une attestation de concordance, avoir exercé sous le nom d'emprunt M. B D une activité professionnelle continue pour le compte de la société d'intérim entre les mois de janvier 2021 et de février 2022. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que son activité professionnelle avant cette période est discontinue, l'intéressé ne justifiant d'aucune activité entre les mois d'avril 2013 et de mai 2017, entre les mois de septembre et décembre 2017, entre les mois de décembre 2017 et de juin 2018, entre les mois d'août 2018 et de juin 2019, entre les mois de janvier et août 2020 et entre les mois d'octobre 2020 et janvier 2021 là où, au demeurant, il ne produit pas d'attestation de concordance pour les missions effectuées avant le 11 juin 2019. En outre, le nombre de jours travaillés chaque mois en 2021 et au début de l'année 2022 dans une société d'intérim a été très irrégulier, pouvant être réduit à un ou quelques jours certains mois. Ainsi, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne se serait livré à une application manifestement erronée des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour.

6. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, M. D ne démontre pas une insertion sur le territoire français qui soit suffisamment ancienne, stable et intense, alors notamment qu'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est célibataire et sans charge de famille et qu'il ne fait état d'aucune impossibilité de poursuivre sa vie privée et familiale dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusque l'âge de vingt-sept ans. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni, en tout état de cause, les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 juin 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de

trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. D, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions du requérant à fin d'injonction doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme réclamée par M. D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pottier, président,

Mme Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère,

Mme Bousnane, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2023.

La rapporteure,

L. Bousnane

Le président,

X. Pottier

La greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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