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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2207176

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2207176

lundi 25 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2207176
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET BOUSQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juillet 2022, M. Prince C, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n°2, représenté par Me Bousquet, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a fixé le Nigéria comme pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Il soutient que l'arrêté attaqué :

- est entaché d'un vice d'incompétence ;

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- méconnaît le principe du contradictoire ;

- est entaché d'un défaut de base légale ;

- est entaché d'une erreur de droit ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée le préfet de l'Essonne, représenté par le cabinet Actis avocats, qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné Mme Salenne-Bellet, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants,

R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des moyens soulevés en raison de l'absence de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé ;

- les observations de Me Bousquet, représentant M. C assisté de Mme A, interprète assermentée en langue anglaise, qui conclut aux mêmes fins que la requête, qui abandonne les moyens soulevés dans la requête sauf celui tiré du vice d'incompétence et qui soutient en outre qu'en vertu du principe de reconnaissance mutuelle, le statut de réfugié accordé par les autorités italiennes doit être reconnu par la France, ce qui empêche le renvoi vers le Nigéria ; un renvoi vers le Nigéria contreviendrait au principe de non-refoulement prévu à l'article 33 de la convention de Genève et méconnaitrait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- et Me Capuano, représentant le préfet de l'Essonne, qui conclut au rejet de la requête, aucun des moyens soulevés n'étant fondé.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant nigérian, né le 29 juin 1993 à Ornu (Nigéria), est entré en France le 28 mars 2021, à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle. Le 31 mars 2021, il a été condamné par le tribunal judiciaire de Bobigny à une peine d'emprisonnement de vingt-quatre mois pour des faits d'infraction à la législation sur les stupéfiants et a prononcé, à titre complémentaire, une mesure d'interdiction du territoire français d'une durée de dix ans. Pour l'exécution de cette interdiction judiciaire du territoire français, par un premier arrêté du 13 juillet 2022, le préfet de l'Essonne a décidé que M. C serait reconduit vers l'Italie.

A la suite du refus des autorités italiennes de réadmettre l'intéressé, le préfet de l'Essonne a pris un second arrêté le 21 juillet 2022, par lequel il a fixé le Nigéria comme pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par arrêté du 12 juillet 2022, la même autorité l'a placé en rétention administrative. M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2022 fixant le Nigéria comme pays de destination.

2. En premier lieu, par un arrêté n°2022-PREF-DCPPAT-BCA-028 du 17 février 2022, régulièrement publié, le préfet de l'Essonne a donné délégation de signature à M. D B, directeur de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer notamment les décisions fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français (). ". L'article

L. 721-4 du même code prévoit que " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui précise que " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 33 de la convention de Genève relative au statut des réfugiés : " 1. Aucun des Etats contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. () ".

4. M. C soutient qu'il a obtenu le statut de réfugié en Italie, ce qui fait obstacle à son renvoi au Nigéria. Toutefois, d'une part, il produit un permis de séjour italien, dont la validité expirait le 1er mai 2021, soit antérieurement à l'édiction de l'arrêté litigieux. Si le requérant soutient qu'il n'a pas pu faire renouveler son permis de séjour en raison de son incarcération en France, il ne pouvait ignorer cette éventualité lorsqu'il est entré en France en possession de stupéfiants. Par ailleurs, ce permis de séjour porte la mention " case speciali " et non la mention " asile ". L'intéressé n'apporte aucun élément permettant d'attester qu'il a effectivement obtenu son titre de séjour au titre de l'asile, tel que la décision lui accordant le statut de réfugié. S'il produit une carte portant la mention " Sicurezza Asila ", il n'explique pas à quoi correspondrait cette carte, qui porte l'intitulé, selon une traduction libre, " conducteur de chariots automoteurs industriels ". Dans ces conditions, M. C n'apporte pas la preuve qu'il a effectivement obtenu l'asile de la part des autorités italiennes. D'autre part, à supposer qu'il ait effectivement obtenu le statut de réfugié de la part des autorités italiennes, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été interpelé à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle alors qu'il se trouvait en transit pour les

Pays-Bas. Il ressort de ses propres déclarations faites lors de l'audience qu'il revenait du Nigéria. Interrogé sur son retour dans son pays d'origine, le requérant a tenu des propos très vagues et très peu circonstanciés. Ainsi, ce retour fait obstacle à ce que M. C puisse se prévaloir de son éventuel statut de réfugié. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne avait d'abord pris un arrêté fixant l'Italie comme pays de destination, avant que les autorités italiennes n'aient refusé de faire droit à la demande de réadmission en Italie, ce qui atteste que le requérant n'a aucun droit au séjour dans ce pays. Ainsi, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'octroi du statut de réfugié par l'Italie contreviendrait aux articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et 33 de la convention de Genève relative au statut des réfugiés. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de ces stipulations doivent être écartés.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 21 juillet 2022 par laquelle le préfet de l'Essonne a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. Prince C et au préfet de l'Essonne.

Lu en audience publique le 25 juillet 2022.

La magistrate désignée,

Signé : J. E

La greffière,

Signé : S. AIT MOUSSA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. AIT MOUSSA

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