mercredi 7 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2207243 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | GERARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 juillet 2022 et 5 juin 2023, et des pièces enregistrées le 1er juin 2023, M. A B, détenu au centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin-Neufmontiers, représenté par Me Gérard puis depuis le 14 octobre 2022 par le cabinet Mordant Filior Serre, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de trois ans ;
2°) à titre subsidiaire de surseoir à statuer au 16 septembre 2022 ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de condamner l'État aux entiers dépens.
M. B soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français :
* est insuffisamment motivée ;
* est entachée d'un défaut d'examen réel, complet et sérieux de sa situation ;
* est entachée de plusieurs erreurs d'appréciation ;
* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une violation de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.
Le centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin-Neufmontiers a communiqué des pièces enregistrées le 26 mai 2023.
Par un courriel enregistré le 30 mai 2023, le préfet de Seine-et-Marne a fait savoir au Tribunal, sur le fondement de l'article " L 512-1 IV " du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le requérant fera l'objet d'une prise en charge dès son élargissement le 9 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;
- et les observations de Me Guibal du cabinet Mordant Filior Serre, représentant M. B, absent, qui conclut :
* aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
* soutient en outre la méconnaissance des articles 6 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
* précise, d'une part, que les éléments relatifs à l'état de santé de M. B viennent au soutien des moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français et de l'erreur d'appréciation et de la violation de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre du pays de destination et, d'autre part, que les fiches de paie produites viennent au soutien du moyen tiré de la violation de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* renonce à la conclusion tendant à sursoir à statuer jusqu'au 16 septembre 2022.
Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent ni représenté.
Le Tribunal a, le 17 mai 2023, sollicité du préfet de Seine-et-Marne l'extraction de M. B qui n'a pas été accordée. L'audience s'est donc tenue en l'absence du requérant.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 09h55.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien, né le 23 juin 1969 à Nabeul (République tunisienne), est entré régulièrement en France le 19 décembre 2006 muni d'un passeport revêtu d'un visa. L'intéressé a été interpellé le 19 juillet 2022 et placé en garde à vue pour des faits de de blanchiment de fraude fiscale, de blanchiment aggravé, de tentative d'obtention indue de document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation, et de faux et usage de faux. Il a été placé en détention provisoire au centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin-Neufmontiers le 20 juillet 2022. Par arrêté du 19 juillet 2022, le préfet de Seine-et-Marne a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai en application des 2°, 5° et 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée de trois ans. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 19 juillet 2022.
Sur la procédure contentieuse suivie :
2. Aux termes de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui s'est substitué au deuxième alinéa du IV de l'article L. 512-1 du même code depuis le 1er mai 2021 soit antérieurement aux décisions attaquées : " Les dispositions des articles L. 614-4 à L. 614-6 sont applicables à l'étranger détenu. Toutefois, lorsqu'il apparaît, en cours d'instance, que l'étranger détenu est susceptible d'être libéré avant que le juge statue, l'autorité administrative en informe le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné. Il est alors statué sur le recours dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français selon la procédure prévue aux articles L. 614-9 à L. 614-11 et dans un délai de huit jours à compter de l'information du tribunal par l'autorité administrative. ".
3. Par un courriel, enregistré le 30 mai 2023, le préfet de Seine-et-Marne a informé le tribunal de ce que M. B était susceptible d'être prochainement libéré du centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin-Neufmontiers. En application des dispositions précitées, il appartient au magistrat désigné de statuer dans un délai de huit jours sur les conclusions du requérant tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de circulation sur le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. (). ". Le premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ".
5. En premier lieu, la décision querellée du 19 juillet 2022 du préfet de Seine-et-Marne mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment cite la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne des éléments de la situation personnelle de M. B et indique que la décision prise ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'autorité préfectorale n'est pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté comme manquant en fait.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. M. B fait valoir que sa vie privée et familiale se trouve en France dès lors qu'il y vit depuis de nombreuses années, que son épouse s'y trouve et que sa fille, avec laquelle il entretient des relations régulières, y poursuit des études. Il indique également avoir des relations sociales intenses. Premièrement, il n'est pas contesté que l'intéressé est entré régulièrement sur le territoire français en 2006. Toutefois, les pièces produites ne permettent pas de considérer que le requérant est demeuré depuis lors habituellement sur le territoire français, sa présence n'étant attestée qu'à partir de l'année 2013 à supposer réelles les fiches de paie ou à compter de l'année 2017 citée dans le mandat de recherche produit en défense. Deuxièmement, si M. B soutient que son épouse vit en France avec lui, même si ce dernier est en détention ce qui n'empêche pas théoriquement la réalité de la communauté de vie, il ressort des pièces du dossier que si le nom de son épouse apparaît sur un avis de taxes d'habitation en 2017, son nom apparaît sur plusieurs visas de " court séjour circulation " apposés sur son passeport entre 2016 et 2022 ce qui justifie une absence de résidence permanente sur le territoire français. Troisièmement, s'il fait valoir la présence de la sa fille étudiante en France, il n'est pas contesté que cette dernière est majeure et titulaire effectivement d'une carte de séjour pluriannuelle en qualité d'étudiante, mais il ne produit aucun document justifiant la nécessité impérieuse de sa présence auprès de sa fille ou inversement. Quatrièmement, il fait valoir, par de nombreuses fiches de paie, avoir noué de fortes relations sociales en France. D'une part, il ne produit aucun document attestant de l'existence de ces relations, la seule production de fiches de paie étant insuffisante. D'autre part, nombre de fiches de paie figurant au dossier présentent des mentions étranges comme des dates différentes d'ancienneté dans les mêmes sociétés et fonctions ou des fautes d'orthographe réitérées ou encore montrant plusieurs emplois à temps plein certains mois en sorte que ces fiches de paie perdent leur caractère probant. Sixièmement, s'il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'affirme le préfet, l'intéressé justifie d'une adresse, cette erreur n'emporte aucune conséquence sur la légalité de la décision en litige dès lors que le préfet aurait nécessairement pris la même décision s'il ne l'avait pas commise. Septièmement, M. B fait valoir être atteint d'un diabète qui doit être suivi de près ayant bénéficié d'un traitement médical dégradé durant sa détention dont il ne pourra bénéficier dans son pays d'origine. Il ressort des pièces médicales produites qu'il est effectivement atteint d'un diabète et spécifiquement d'un diabète oculaire qui nécessite une surveillance ophtalmologique et diabétologique, suivi effectué en milieu hospitalier. Le compte-rendu de l'examen médical de l'intéressé, non daté mais indiquant que le patient est âgé de 53 ans et ordonné par le juge d'application des peines le 5 janvier 2023 laissant supposer que cet examen a eu lieu le 20 janvier 2023, précise que cet examen a été adapté à un entretien confidentiel mais pas à un examen clinique et qu'il reste dans ces conditions très sommaire. Ce compte-rendu précise que les lésions rétiniennes connues nécessitent une prise en charge spécifique, impliquant à la fois un contrôle optimal du diabète, de la pression artérielle, des triglycérides, et des soins adaptés (injections itératives, habituellement mensuelles, d'un anti-VEGF associées éventuellement à du laser) ajoutant qu'une seule injection a été faite sur les six derniers mois, le patient rapportant alors une baisse récente de son acuité visuelle. Ce compte-rendu conclut à l'inadaptation a priori du traitement par insuline actuel, à la nécessité d'examens complémentaires et à l'exploration des douleurs thoraciques et à des modifications thérapeutiques au regard du risque d'infarctus du myocarde brutal. Toutefois, et si ce compte-rendu est postérieur à la décision en litige mais révèle une situation en partie antérieure, aucune pièce du dossier n'apporte des éléments sur l'organisation de sa prise en charge complète au sein du centre pénitentiaire ni ne justifie l'absence de possibilité de prise en charge dans le pays d'origine de l'intéressé même s'il ne peut être contesté que ce dernier nécessite des soins. Huitièmement, si le préfet mentionne à tort que le requérant n'a jamais présenté une demande de titre de séjour alors qu'il le justifie en 2015, cette erreur n'a en l'espèce aucune incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que cette demande a fait l'objet d'un refus de séjour opposé par le préfet de la Seine-Saint-Denis le 27 septembre 2016 définitif, assortie d'une obligation de quitter le territoire français à laquelle il s'est soustrait, justifiant alors l'un des fondements de la présente décision prise sur le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Neuvièmement, M. B a fait l'objet d'un mandat de recherche et d'un placement en détention provisoire pour des faits, selon les termes mêmes de ce mandat, de blanchiment - concours à une opération de placement dissimulation ou conversion du produit du délit de fraude fiscale, de blanchiment - concours à une opération de placement dissimulation ou conversion du produit du délit de fraude fiscale aggravée, de banqueroute par absence de comptabilité, de tentative d'obtention indue de document administratif constatant un droit une identité ou une qualité ou accordant une autorisation, et de faux et usage de faux, faits graves et constitutifs d'une trouble à l'ordre public. Enfin, M. B ne saurait être regardé comme dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. Ainsi le requérant ne justifie pas, à supposer même établie la durée de séjour qu'il invoque, avoir en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Le préfet de Seine-et-Marne n'a davantage pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.
8. En troisième lieu, le moyen tiré de la violation de l'article 6 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif au droit au procès équitable au motif que M. B, s'il devait être éloigné, ne pourrait se défendre personnellement dans l'instance à venir en vue de l'examen de sa demande de relèvement de l'interdiction judiciaire du territoire français d'une durée de dix ans décidée par le tribunal correctionnel de Meaux le 16 septembre 2022 est inopérant dès lors que la demande de relèvement est postérieure à la décision en litige, date à laquelle, en recours pour excès de pouvoir, doit être examinée la situation de l'intéressé.
9. En dernier lieu, il ne ressort pas de ce qui précède, des débats à l'audience, de la décision en litige et des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel, complet et sérieux de la situation personnelle de M. B doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
10. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français (). ". Le dernier alinéa de l'article L. 721-4 du même code prévoit qu'" Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées () ".
11. M. B fait valoir avoir des craintes en cas de retour en République tunisienne pour des motifs, d'une part, politiques et, d'autres part, de santé. D'une part, concernant ses craintes pour motif politique, il fait valoir avoir quitté son pays en 2006 après avoir subi des pressions de la part du gouvernement en place en raison de son positionnement politique et des investissements nationaux dont il était à l'origine. Il ajoute que depuis 2017 le ministère tunisien de l'intérieur refuse de faire droit à sa demande de renouvellement de passeport en sorte qu'il ne dispose à ce jour d'aucun document officiel de voyage valide, refus fondé sur les poursuites judiciaires illégitimes et arbitraires dont il fait l'objet sur le sol tunisien et entre en parfaite violation d'un jugement rendu le 8 novembre 2021 par le tribunal administratif de Tunis concluant à la condamnation de l'État en sa faveur pour l'obtention d'un nouveau passeport. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il n'a pu réitérer sa demande de régularisation auprès de l'administration française après le premier refus qui lui a été opposé en septembre 2016, n'étant pas en possession d'un passeport en cours de validité. À cet égard, il ressort du jugement du tribunal administratif de Tunis du 8 novembre 2021 que M. B a fait l'objet en République tunisienne de plusieurs avis de recherche émis par le Parquet des tribunaux de première instance de Tunis, de Grombalia et de Nabeul, le tribunal relevant que l'administration ne démontre pas la condamnation à la peine de vingt ans de prison ferme alléguée. Le tribunal a donc annulé le refus du ministère tunisien de l'intérieur. Toutefois, ce jugement confirme que ses droits ont été, en termes judicaires, garantis et il n'apporte aucun élément relatif aux difficultés politiques rencontrées dans son pays. D'autre part, il fait valoir les mêmes craintes en matière de santé que ceux examinés au point 7 en son septièmement. Pour les mêmes motifs que ceux exprimés ci-dessus, M. B ne justifie pas ne pas pouvoir être soigné dans pays d'origine. Dans ces conditions, en fixant le pays à destination duquel M. B pourra être reconduit d'office, le préfet de Seine-et-Marne n'a entaché sa décision d'aucune erreur d'appréciation ni méconnu les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Enfin, selon l'article L. 613-2 de ce même code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
13. Il résulte des dispositions précitées que l'autorité compétente doit, en cas de refus de délai de départ volontaire, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf circonstances humanitaires. La motivation de la durée de l'interdiction doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l'autorité compétente de faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe la durée de sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
14. En contestant dans le mémoire en réponse l'argumentaire du préfet de Seine-et-Marne relativement à l'absence de " circonstances humanitaires exceptionnelles ", M. B peut être considéré comme soutenant l'erreur manifeste d'appréciation et l'erreur d'appréciation à l'encontre de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. À cet égard, la motivation de la décision attaquée, rappelée précédemment, en sus de la citation de l'article L. 612-10 précité, atteste de la prise en compte par l'autorité préfectorale, au vu de la situation de l'intéressé, des quatre critères énoncés à l'article L. 612-10 précité. Ainsi, le préfet de Seine-et-Marne a tenu compte, ainsi que cela ressort tant de la décision attaquée que des pièces du dossier, de l'arrivé régulière sur le territoire français de l'intéressé, de son maintien sur le territoire, de son placement en garde à vue pour des faits de blanchiment de fraude fiscale, de blanchiment aggravé, de tentative d'obtention indue de document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation, et de faux et usage de faux, de ce qu'il a exercé une activité professionnelle sans autorisation de travail et enfin a pris en compte sa situation personnelle. Dès lors, et compte tenu de ce qui a été dit notamment au point 7 ci-dessus, en ne retenant pas de circonstances humanitaires justifiant qu'il ne prononce pas d'interdiction de retour à l'encontre de M. B, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux considérations qui précèdent sur la durée et les conditions de séjour en France, ainsi que sur la situation familiale de l'intéressé. Enfin, en fixant la durée de cette interdiction de retour sur le territoire français à trois ans, cette autorité n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation eu égard à ces mêmes considérations.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions, contenues dans l'arrêté du 19 juillet 2022, par lesquelles le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins de condamnation de l'État aux entiers dépens et ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-et-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.
Le magistrat désigné,
Signé : G. Girard-Ratrenaharimanga
La greffière,
Signé : S. Aït Moussa
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
S. Aït Moussa
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026