vendredi 9 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2207256 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | GIUDICELLI-JAHN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 juillet 2022, M. A B, représenté par
Me Giudicelli-Jahn, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous astreint de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- il méconnaît l'article L.435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il ne prend pas en compte sa formation professionnalisante et sa qualité de jeune majeur ;
- le motif tiré de l'ordre public est entaché d'une erreur d'appréciation ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Dumas ;
- et les observations de Me Belaref, substituant Me Giudicelli-Jahn, représentant
M. B, présent.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien, né le 23 août 2003 à Ain Taya (Algérie), qui déclare être entré en France le 22 octobre 2020, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 30 juin 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation:
2. Pour rejeter la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par
M. B, le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé, d'une part, sur la circonstance que l'intéressé n'attesterait pas du caractère réel et sérieux du suivi pendant six mois d'une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, ni d'une insertion effective dans la société française. D'autre part, le représentant de l'Etat dans le département de Seine-et-Marne lui oppose un motif tiré de ce qu'il représenterait une menace pour l'ordre public.
3. D'une part, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Si un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions des articles L. 435-1 et
L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'admission exceptionnelle au séjour, il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Il appartient seulement au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation portée sur la situation personnelle de l'intéressée.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France au cours de l'année 2020, alors qu'il n'était âgé que de 17 ans, que par une ordonnance en assistance éducative du 10 novembre 2020, le juge des enfants du tribunal de grande instance de Melun l'a placé à titre provisoire auprès de l'aide sociale à l'enfance (ASE) de Seine-et-Marne. Apprenti auprès de la société New-Look Coiffure à Chelles, il a conclu un contrat d'apprentissage pour la période du 8 novembre 2021 au 31 août 2023 en vue de la préparation du certificat d'aptitudes professionnelles (CAP) "métiers de la coiffure". Il ressort de son bulletin de notes du 1er semestre de l'année 2021-2022, que bien qu'arrivé dans la section alors que l'année avait déjà commencé, toutes ses notes se situent au-dessus de la moyenne et que l'appréciation du conseil de classe souligne son investissement dans la formation. L'attestation du 5 juillet 2022 de la directrice du campus de la chambre des métiers et de l'artisanat de Seine-Saint-Denis relève à propos de l'année scolaire écoulée que M. B "fait preuve, depuis son entrée en apprentissage, de volonté et de courage pour suivre au mieux sa formation. Il a toujours fait preuve d'un comportement exemplaire et il est très respectueux. Il est également ponctuel et assidu". En outre, l'intéressé dispose d'une autorisation de travail depuis le 19 janvier 2022 et d'un contrat de travail en apprentissage. Eu égard à l'âge d'entrée en France du requérant, au sérieux dans le suivi de ses études, et à son degré d'insertion dans la société française, ces éléments permettent d'établir que le motif de l'arrêté en litige tiré de ce que l'intéressé n'attesterait pas du caractère réel et sérieux du suivi pendant six mois d'une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, ni d'une insertion effective dans la société française, est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement de l'extrait du bulletin n°3 du casier judiciaire national de M. B daté du 7 juillet 2022 que celui-ci n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale. Si l'arrêté en litige est également motivé par le fait que l'intéressé serait "défavorablement connu des services de police" pour des faits de violence ayant entraîné une incapacité de travail n'excédant pas huit jours, le 22 janvier 2021 et menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet, le 10 novembre 2021, il ressort du message électronique de la direction départementale de la sécurité publique de Seine-et-Marne du 31 mars 2022 que la procédure ouverte contre M. B pour violence a fait l'objet d'un classement sans suite au motif que l'infraction était insuffisamment caractérisée et que s'agissant de la menace de mort, il n'a fait l'objet que d'un simple rappel à la loi devant le délégué du procureur de la République en décembre 2021. Dans ces conditions, et en l'absence de tout document, ou élément d'information du préfet de Seine-et-Marne sur les circonstances de fait ayant donné lieu aux qualifications retenues par les services de police, lesquelles n'ont conduit à aucune poursuite judiciaire, et retranscrites dans l'arrêté attaqué,
M. B est fondé à soutenir que le motif de celui-ci tiré de ce que sa présence en France constituerait une menace à l'ordre public est insuffisamment caractérisé.
6. Il résulte de tout ce qui qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à soutenir que l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 30 juin 2022 est illégal et à en demander l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement de circonstances de fait ou de droit, la délivrance à M. B d'un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige:
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er: L'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 30 juin 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, sous réserve d'un changement de circonstances de fait ou de droit, de délivrer à
M. B une carte de séjour temporaire mention "salarié" ou "travailleur temporaire" dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État (préfecture de Seine-et-Marne) versera à M. B une somme de
1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Lalande, président,
M. Dumas, premier conseiller,
M. Pradalié, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.
Le rapporteur,
M. DUMASLe président,
D. LALANDE
La greffière,
C. KIFFER
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2207256
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026