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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2207306

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2207306

vendredi 5 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2207306
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCOHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 26 juillet, 4 et 5 août 2022, Mme H D, retenue au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n°2, représentée par Me Cohen, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Elle soutient que :

- les décisions litigieuses ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier ;

- elles ont été prises en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit ;

- elles méconnaissent les articles 3 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, représentée par la SELARL Actis Avocats, qui n'a pas présenté de mémoire en défense mais qui a communiqué des pièces enregistrées les 28 juillet et 1er août 2022.

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées les 1er et 3 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme G pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme G ;

- les observations de Me Thominette, substituant Me Cohen et représentant Mme D, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, en précisant, en outre, que Mme D a été adoptée dès son plus jeune âge en France et qu'elle n'a jamais connu sa mère biologique, elle ajoute que l'intéressée a effectué des démarches afin de faire régulariser sa situation administrative, qu'elle a un logement à Fontenay-sous-Bois, et développe le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision attaquée ;

- les observations de Me Jacquard, représentant la préfète du Val-de-Marne, absente, qui conclut au rejet de la requête, aucun des moyens soulevés n'étant fondé ;

- les observations de Mme D, qui indique regretter les agissements ayant conduit à sa condamnation, être dénuée d'attaches dans son pays d'origine et posséder le centre de ses intérêts en France.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante surinamienne née à Paramaribo le 30 décembre 1995 selon les termes de sa requête, ou le 23 décembre 1997 ainsi qu'elle le soutient à l'audience, déclare être entrée sur le territoire français en 2013. Elle a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale valable du 19 juin 2018 au 18 juin 2020. L'intéressée a été écrouée au centre pénitentiaire de Fresnes le 26 juin 2021 dans le cadre d'un mandat de dépôt. Par un jugement du 28 juin 2021, le tribunal correctionnel de Créteil l'a condamnée à une peine de vingt-sept mois d'emprisonnement pour transport, détention, acquisition, importation et trafic non autorisés de stupéfiants, importation en contrebande et détention de marchandises dangereuses pour la santé publique. Par un arrêté du 21 juillet 2022, notifié le 25 juillet suivant, la préfète du Val-de-Marne l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Elle a été libérée pour fin de peine le 26 juillet 2022. En vue de l'exécution de cette mesure, la préfète du Val-de-Marne a, par un arrêté du même jour, décidé d'un placement au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot, placement prolongé par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux pour une durée de vingt-huit jours. Par la présente requête, Mme D sollicite l'annulation de l'arrêté du 21 juillet 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-02173 du 20 juin 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs, la préfète du Val-de-Marne a donné à M. F B, adjoint à la directrice des migrations et de l'intégration, délégation à l'effet de signer l'ensemble des décisions litigieuses, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

4. Le moyen tiré de la violation de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne est inopérant dès lors qu'il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union.

5. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier, et notamment du compte-rendu de son audition le 22 avril 2022, que la requérante a été interrogée sur sa situation administrative et personnelle. Elle a été informée qu'une procédure d'éloignement était susceptible d'être engagée à son encontre, et mise à même de présenter des observations sur cette éventualité. Il s'ensuit que l'intéressée a été régulièrement mise à même de présenter utilement les informations pertinentes tenant à sa situation personnelle avant l'adoption de la mesure d'éloignement attaquée et des décisions qui l'assortissent. Dans ces conditions, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la préfète aurait porté atteinte au principe général du droit de l'Union européenne garantissant à toute personne le droit d'être entendue préalablement à l'adoption d'une mesure individuelle l'affectant défavorablement. Pour les mêmes motifs, la requérante n'est pas davantage fondée à soutenir que les décisions attaquées ont été prises en méconnaissance du principe du contradictoire.

6. En troisième lieu, si Mme D soulève le moyen tiré de l'erreur de droit, elle n'assorti ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; (). ". Le premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ".

8. En premier lieu, la décision contestée mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle cite notamment les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne des éléments de la situation personnelle de Mme D, et notamment sa situation pénale. Elle indique que la décision prise ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, il ne ressort ni des termes de cet arrêté, ni des autres pièces versées au dossier, que la préfète du Val-de-Marne n'aurait pas procédé, compte tenu des informations en sa possession à la date de sa décision, à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés.

9. En deuxième lieu, si Mme D peut être regardée, lorsqu'elle soutient avoir diligenté des démarches en vue d'obtenir un titre de séjour, comme soutenant qu'elle n'entrait pas dans les prévisions des dispositions de l'article L. 611-1-1° précitées, il ressort des termes de la décision contestée que le préfet s'est notamment fondé, pour prendre la décision contestée, sur le motif tiré de la menace à l'ordre public, sur le fondement du 5° de l'article L. 611-1 du même code. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a en effet été écrouée au centre pénitentiaire de Fresnes le 26 juin 2021 et condamnée à une peine de vingt-sept mois d'emprisonnement par le tribunal correctionnel de Créteil pour transport, détention, acquisition, importation et trafic non autorisés de stupéfiants. Ainsi, la préfète a pu à bon droit fonder sa décision sur le 5° de l'article L. 611-1 précité, à supposer même que l'intéressée, en situation irrégulière, avait obtenu un rendez-vous à la préfecture pour déposer une demande de titre de séjour.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. A l'appui de sa demande d'annulation de la décision contestée, Mme D fait valoir qu'elle réside en France aux côtés de sa mère adoptive depuis 2013, ainsi que de ses frères et sœurs, et qu'elle a travaillé auprès de personnes âgées. Il ressort du jugement en assistance éducative du tribunal pour enfants de E du 28 janvier 2013 que la requérante a été confiée, après avoir été temporairement prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance du 26 janvier au 15 février 2013, à Mme A C, sa " grand-mère adoptive " selon les termes de ce jugement, qui réside à Rennes. Toutefois, la seule présentation de la carte de résident de sa " grand-mère adoptive " et d'une attestation d'hébergement datée du 28 juillet 2022, postérieure à la décision en litige et qui ne révèle par ses termes aucune antériorité, est insuffisante pour démontrer l'existence d'une relation entre elles, et pour justifier une vie privée et familiale au sens des stipulations précitées. Il n'est ni établi, ni même allégué, que la présence de Mme D, âgée de 24 ou 26 ans à la date de la décision contestée, serait indispensable à ses côtés. L'intéressée ne produit en outre aucun élément sur la présence alléguée de ses frères et sœurs ni sur les liens qu'elle entretiendrait avec eux. Elle ne fait pas état d'autres liens affectifs qu'elle aurait noués sur le territoire français. Il est par ailleurs constant que l'intéressée est célibataire et sans charge de famille, et qu'elle a été condamnée par le tribunal correctionnel de Créteil à une peine de vingt-sept mois d'emprisonnement, dont six avec sursis, pour des faits de transport, détention, acquisition, importation et trafic non autorisés de stupéfiants, importation en contrebande et détention de marchandises dangereuses pour la santé publique. Ainsi, la requérante ne justifie pas, à supposer même établie la durée de séjour qu'elle invoque, en retenant sa déclaration selon laquelle elle est entrée sur le territoire en 2013, avoir en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, eu égard à la menace à l'ordre public que constitue son comportement et alors que l'intéressée n'apporte pas d'éléments suffisants de nature à établir l'intensité de ses liens personnels et familiaux sur le territoire français, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme D une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. En quatrième lieu, si Mme D soutient avoir régulièrement travaillé en France, elle ne produit que quelques bulletins de salaires pour un emploi de serveur/plongeur pour la seule période de novembre 2019 à mars 2020. S'il est soutenu à la barre qu'elle dispose d'un logement à Fontenay-sous-Bois, elle ne verse au dossier aucun élément au soutien de cette allégation, et une telle assertion est en outre en contradiction avec l'attestation indiquant qu'elle est hébergée à Rennes citée au point précédent. Par suite, et compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences que la décision emporte sur la situation personnelle de Mme D doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

13. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". L'article L. 612-2 de ce code dispose que " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Enfin, l'article L. 613-2 du même code dispose " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

14. En premier lieu, la décision litigieuse mentionne expressément les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont elle cite des extraits. Elle indique que, pour refuser à l'intéressée le bénéfice d'un délai de départ volontaire, la préfète du Val-de-Marne a estimé que le comportement de l'intéressée constituait une menace pour l'ordre public. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée. En outre, il ne ressort ni des termes de l'arrêté du 21 juillet 2022, ni des autres pièces versées au dossier, que la préfète du Val-de-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée.

15. En deuxième lieu, eu égard aux faits qu'elle a commis, la préfète du Val-de-Marne a pu légalement estimer que le comportement de Mme D représentait une menace pour l'ordre public, et refuser, pour ce motif de lui octroyer un délai de départ volontaire.

16. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 11 et 12 du présent jugement, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle est susceptible d'avoir sur sa situation alors, au demeurant, que Mme D ne fait état d'aucun élément suffisant qui justifierait qu'un délai plus long lui soit accordé.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

17. En premier lieu, l'arrêté contesté indique que Mme D n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, et vise cet article. La décision fixant le pays de renvoi est ainsi suffisamment motivée.

18. En deuxième lieu, aux termes de cet article : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

19. Mme D ne se prévaut d'aucune circonstance particulière en vue d'établir qu'elle serait personnellement et actuellement exposée à un risque pour sa liberté ou son intégrité physique en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

20. En troisième lieu, pour les mêmes motifs, la préfète du Val-de-Marne ne peut être considérée comme ayant, à cet égard, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans :

21. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

22. Il résulte des dispositions précitées que l'autorité compétente doit, en cas de refus de délai de départ volontaire, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf circonstances humanitaires. La motivation de la durée de l'interdiction doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressée, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l'autorité compétente de faire état des éléments de la situation de l'intéressée au vu desquels elle a arrêté, dans son principe la durée de sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressée sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

23. Contrairement à ce que soutient la requérante, la motivation de la décision contestée, qui vise l'article L. 612-10 précité, atteste de la prise en compte par l'autorité préfectorale, au vu de la situation de l'intéressée, des critères ci-dessus énoncés. Par ailleurs, en ne retenant pas de circonstances humanitaires justifiant qu'elle ne prononce pas d'interdiction de retour à l'encontre de Mme D, la préfète du Val-de-Marne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux considérations qui précèdent sur la durée et les conditions de séjour en France, ainsi que sur la situation familiale de l'intéressée. Enfin, en fixant la durée de cette interdiction de retour sur le territoire français à trois ans, cette autorité n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation eu égard à ces mêmes considérations.

24. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 11 du présent jugement, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'a pas été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

25. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions, contenues dans l'arrêté du 21 juillet 2022, par lesquelles la préfète du Val-de-Marne l'a obligée à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme H D et à la préfète du Val-de-Marne.

Lu en audience publique le 5 août 2022.

La magistrate désignée,

Signé : M. G

La greffière,

Signé : N. Riellant

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. Riellant

N°2207306

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