jeudi 22 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2207326 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | COMPIN NYEMB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 27 juillet et 5 octobre 2022, Mme D B, agissant en qualité de représentant légal de sa fille, A B et représentée par Me Compin, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 mai 2022 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a sursis à la délivrance d'un passeport biométrique et d'une carte nationale d'identité au profit de sa fille ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de délivrer une carte nationale d'identité à sa fille mineure ;
3°) de mettre à la charge de l'État (préfète du Val-de-Marne) la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de le condamner aux dépens.
Elle soutient que la décision attaquée :
- est entachée d'une erreur de droit ;
- méconnait le droit à l'éduction de l'enfant ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire, enregistré le 19 août 2022, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucune décision n'est intervenue et que la demande est toujours en cours d'instruction.
Vu :
- l'ordonnance du juge des référés n° 2205207 du 30 juin 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Israël, premier conseiller.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D B a sollicité de la préfète du Val-de-Marne, pour sa fille A, née le 16 janvier 2007, la délivrance d'un passeport biométrique le 13 décembre 2021. Par un courrier du 2 mai 2022, la préfète a informé Mme B qu'il existe un doute sur la paternité de sa fille et lui a demandé de produire des pièces justificatives. Par la présente requête, Mme B doit être regardée comme demandant l'annulation de cette décision.
Sur l'étendue du litige :
2. Il ressort des pièces du dossier, notamment du récépissé de demande établi en mairie le 12 décembre 2021, que la requérante a uniquement demandé un passeport biométrique pour sa fille. Par suite, il ne peut y avoir de refus implicite de délivrance d'une carte nationale d'identité au nom de cette dernière dès lors qu'aucune demande en ce sens n'a été déposée. Dès lors, les conclusions de la requête tendant à l'annulation d'une décision implicite de rejet de délivrance d'une carte nationale d'identité ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision implicite de refus de délivrance d'un passeport :
3. Aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français. ". L'article 30 du même code prévoit que : " La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause. / Toutefois, cette charge incombe à celui qui conteste la qualité de Français à un individu titulaire d'un certificat de nationalité française délivré conformément aux articles 31 et suivants ". Aux termes de l'article 4 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports : " Le passeport est délivré, sans condition d'âge, à tout Français qui en fait la demande. () ".
4. Pour l'application de ces dispositions, il appartient aux autorités administratives de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui de la demande de passeport ou de carte nationale d'identité sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur. Seul un doute suffisant sur l'identité ou la nationalité de l'intéressé peut conduire à subordonner cette délivrance ou ce renouvellement à l'accomplissement de vérifications appropriées à chaque situation particulière ou à justifier le refus de délivrance ou de renouvellement du titre demandé. Dans ce cadre, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins à l'autorité administrative, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande de titre, que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention de la nationalité française, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la délivrance du titre sollicité par la personne se présentant comme père ou mère d'un enfant français.
5. En premier lieu, pour refuser de délivrer une carte nationale d'identité à la fille de la requérante, la préfète du Val-de-Marne s'est fondée sur la circonstance que le père allégué de l'enfant, M. E C, était soupçonné de reconnaissances frauduleuses multiples. Il ressort des pièces du dossier, notamment des quatre jugements du tribunal de grande instance de Paris des 17 et 24 novembre 2015, 12 janvier et 28 juin 2016 produits par la préfète, qu'une personne se présentant sous l'identité de M. C a reconnu, entre 1997 et 2013, dix-neuf enfants de mères différentes, toutes en situation irrégulière et de nationalité étrangère. Par ailleurs, lors de son interrogatoire par les forces de l'ordre, M. C a nié avoir procédé à ces reconnaissances multiples et a déclaré n'avoir que trois enfants biologiques, au nombre desquels ne figure pas la fille de la requérante. Ces éléments, précis et concordants, sont de nature à établir qu'il existe un doute suffisant sur la paternité de l'enfant de la requérante, d'autant plus que la reconnaissance a eu lieu en 2006, soit dans la période mentionnée dans les jugements du tribunal de grande instance de Paris, alors même que M. C a expliqué qu'il a été victime de plusieurs usurpations d'identité à la suite de la perte de son passeport en 1999 et de sa carte nationale d'identité en 2001. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Val-de-Marne a commis une erreur de droit ou une erreur manifeste d'appréciation en rejetant sa demande de délivrance de carte nationale d'identité pour le compte de sa fille.
6. En deuxième lieu, si la requérante soutient que la décision attaquée méconnaît le droit à l'éduction de l'enfant, elle n'explique toutefois pas en quoi l'absence de délivrance d'un passeport amènerait sa fille à redoubler sa classe de troisième. Par ailleurs, le refus de délivrance d'un passeport français a uniquement des incidences sur la nationalité de la fille de la requérante et non sur son identité. Mme B n'est donc pas fondée à soutenir que cette absence de délivrance handicaperait la vie de sa fille. Le moyen doit dès lors être écarté.
7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
8. S'il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant, d'une part, elles n'impliquent pas la délivrance d'un titre d'identité à un enfant mineur dès lors qu'il existe un doute suffisant quant à sa nationalité. D'autre part, la décision attaquée n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer le requérant de l'enfant mineur. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée méconnaît les stipulations citées au point précédent.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête présentée par Mme B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction, de la demande présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la condamnation de l'Etat au dépens, au demeurant inexistants en l'espèce.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, au ministre de l'intérieur
Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Gracia, président,
M. Israël, premier conseiller,
Mme Potin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.
Le rapporteur,
D. Israël
Le président,
J-Ch. GraciaLa greffière,
A. Starzynski
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026