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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2207434

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2207434

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2207434
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantAUCHER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Aucher, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 5 juillet 2022 par laquelle préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une carte de séjour dans un délai d'un mois à compter du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'annuler l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi ;

4°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, avec autorisation de travail, dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour les mêmes motifs que ceux précédemment évoqués au sujet de la décision de refus d'admission au séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 août 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Pradalié a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 3 avril 1971 à Zikosso (Côte d'Ivoire), déclare être entré sur le territoire français le 10 janvier 2016. En 2022, il a demandé la délivrance d'un titre de séjour dans le cadre des dispositions de l'article L. 429-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Par une décision en date du 5 juillet 2022, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande. M. A demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, la décision attaquée vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et notamment ses articles 3 et 8, ainsi que les articles L. 423-23, L. 425-9, L. 435-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne notamment que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé dans son avis en date du 7 juin 2022 que l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité ; que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine ; qu'il déclare être célibataire, sans charge de famille et sans ressources personnelles ; qu'il ne justifie pas être dépourvu de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 44 ans. Ainsi rédigé, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ".

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A soutient souffrir d'une " apnée sévère du sommeil qui nécessite un appareillage et un suivi régulier comme en a déjà attesté son médecin " et que " l'apnée du sommeil provoque un trouble de la ventilation nocturne dû à la survenue anormalement fréquente de pauses respiratoires ". Toutefois, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé dans son avis en date du 7 juin 2022, dont le préfet s'est approprié les motifs, que l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Si M. A soutient que son état de santé nécessite des soins réguliers, que le coût du suivi médical empêche les patients de se soigner en Côte d'Ivoire et qu'il ne dispose d'aucune ressource financière dans son pays d'origine, il n'établit ses allégations par aucune pièce, et n'apporte aucun élément de nature à infirmer l'avis précité du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. A soutient qu'il est entouré sur le territoire français de ses 7 frères et sœurs ; qu'il réside chez sa sœur ; qu'il est traité pour des problèmes graves de santé et ce, depuis son arrivée en France, nécessitant un suivi médical régulier, ainsi que la prise de nombreux médicaments ; qu'il a le centre de ses attaches en France. Toutefois, d'une part, le requérant n'établit ces allégations par aucune pièce. D'autre part, le préfet de Seine-et-Marne soutient pour sa part, sans être contredit, que M. A déclare être célibataire, sans charge de famille et sans ressources personnelles, qu'il ne justifie pas être dépourvu de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 44 ans, et qu'il n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Dumas, premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 30 novembre 2023.

Le rapporteur,

G. PRADALIELe président,

D. LALANDE

La greffière,

C. BOURGAULT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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