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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2207443

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2207443

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2207443
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSAS ITRA CONSULTING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 juillet 2022 et le 3 août 2022, M. A B, représenté par Me Traore, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er juillet 2022 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de délivrer au requérant un titre de séjour temporaire mention " salarié " ;

3°) à titre subsidiaire d'enjoindre au préfet de réexaminer la situation de l'intéressé ;

4°) à titre encore subsidiaire d'annuler l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre et d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait l'article L. 435-1 (anciennement article L. 313-14) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle et d'erreur de fait ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en tant qu'elle se fonde sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour qui est elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle et elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en tant qu'elle se fonde sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et porte atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale, en tant notamment qu'elle le tient éloigné de la sépulture de son enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 juin 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une décision du 18 janvier 2023, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée le

3 août 2022 par M. B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Pradalié a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien né le 10 août 1988 à Abidjan (Côte d'Ivoire), déclare être entré en France le 11 mai 2017. Il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire mention " salarié " dans le cadre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 1er juillet 2022, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français avec interdiction de retour pour une durée de deux ans. M. B demande l'annulation de ces décisions.

S'agissant de la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et notamment ses articles 3 et 8, ainsi que les articles L. 435-1, L. 611-1 3°-4°, L. 611-3 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne notamment que M. B déclare avoir exercé une activité professionnelle d'octobre 2017 au 30 septembre 2019 comme ouvrier ; qu'il présente une promesse d'embauche en qualité d'agent de propreté datée du 7 décembre 2021 ; qu'il se déclare célibataire et sans charge de famille sur le territoire français ; qu'il ne justifie pas être dépourvu de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans ; qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi rédigé, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, à l'appui de sa demande d'annulation de la décision de refus de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié ", M. B soutient avoir sa résidence habituelle en France depuis plus de 5 ans, justifier d'une ancienneté professionnelle comme en attestent ses bulletins de paie des années 2017, 2018 et 2019, soit plus de trois ans d'expérience, bénéficier d'une promesse d'embauche en cours de validité et occuper un emploi caractérisé par des difficultés de recrutement, en l'espèce agent de nettoyage. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, au soutien de ses allégations, M. B se borne à produire des bulletins de paye pour la période d'octobre 2017 à août 2019, soit 23 mensualités et qu'il ne soutient pas ni n'établit avoir exercé une activité professionnelle de septembre 2020 à juin 2022, son revenu fiscal de référence au titre de l'année 2020 étant de zéro. Au regard de cette activité professionnelle de seulement vingt-trois mois, dont le mois le plus récent date d'environ 34 mois avant la date de la décision attaquée, nonobstant la promesse d'embauche dont il se prévaut, et en l'absence d'aucun autre élément sur la vie privée et familiale de M. B, il en résulte que la décision attaquée n'est entachée d'aucun défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ni d'aucune méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou erreur de fait.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B, présent en France depuis quelques années, est célibataire et sans charge de famille. Il ne justifie pas qu'il serait dépourvu d'attaches privées ou familiales dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle doivent être écartés.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant décision de refus de séjour doit être écarté.

8. En deuxième lieu, M. B ne se prévaut d'aucune circonstance qui s'opposerait à un retour dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans et où il ne soutient pas ni n'établit être dépourvu d'attaches. Il résulte de ce qui précède et de ce qui a été mentionné au point 6 que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle doivent être écartés.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise ;

10. En l'espèce, outre les circonstances mentionnées aux points précédents, le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé, pour prononcer à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, sur la circonstance que l'intéressé a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français notifiée le 28 janvier 2019 suite au rejet de sa demande d'asile, qu'il n'a pas respectée. Si le non-respect de la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre est de nature à justifier dans son principe l'interdiction de retour sur le territoire français, la durée de deux ans qui a été retenue porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant compte tenu notamment du fait que le lieu de sépulture de son enfant décédé à la naissance se situe en France. Par suite, et pour ce motif, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête,

M. B est fondé à demander l'annulation de cette interdiction de retour de deux ans.

11. Il résulte de ce qui précède que l'interdiction de retour sur le territoire français de deux ans prononcée à l'encontre de M. B par arrêté du préfet de Seine-et-Marne en date du 1er juillet 2022 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

12. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution / () ". Aux termes de l'article L. 911-3 de ce code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet ".

13. En l'espèce, le présent jugement n'implique aucune des mesures d'exécution demandées par le requérant. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder à M. B une somme de 800 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux prononcée à l'encontre de M. B par le préfet de Seine-et-Marne, par arrêté en date du 1er juillet 2022, est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à M. B la somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Dumas, premier conseiller.

M. Pradalié, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 30 novembre 2023.

Le rapporteur,

G. PRADALIELe président,

D. LALANDE

La greffière,

C. BOURGAULT

La République mande et ordonne au le préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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