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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2207553

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2207553

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2207553
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantJASLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er août 2022, M. B D A, représenté par Me Jaslet, demande au tribunal :

1°) d'ordonner la communication de l'ensemble des documents sur lesquels le préfet a fondé sa décision conformément à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait ;

3°) d'enjoindre au préfet de Seine et Marne de délivrer un titre de séjour portant mention "vie privée et familiale" à compter de la notification la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et 108 du décret du 19 décembre 1991, à son conseil, celle-ci renonçant le cas échéant à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Le requérant soutient que :

- la décision de rejet est entachée d'un défaut d'examen ;

- l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas produit et ne permet pas d'identifier le médecin ayant rédigé le rapport ;

- le préfet s'est à tort cru lié par cet avis ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard de son état de santé ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ces stipulations.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.

Par décision du 15 juin 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique du 6 avril 2023 :

- le rapport de M. C ;

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né en 1974, est entré en France, selon ses déclarations, en mai 2010. Il a déposé une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par décision du 29 mars 2022, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté cette demande. Par la requête précitée, l'intéressé sollicite l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen réel, sérieux et approfondi de la situation de M. A.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

4. En l'espèce, il ressort des mentions de la décision contestée que le préfet de Seine-et-Marne a refusé de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire en qualité d'étranger malade au motif que sa présence en France constituait une menace à l'ordre public. Le requérant conteste ce motif en mettant en avant l'ancienneté de sa condamnation, les efforts de réinsertion, d'intégration et de réinsertion professionnelle qu'il a engagés durant son emprisonnement et un rapport d'expertise psychiatrique du 12 décembre 2019 mentionnant que sa dangerosité criminologique et une probabilité de récidive paraissent " significativement plus réduites ".

5. Toutefois, il ressort des mentions de l'arrêt de la Cour d'assises du Val-de-Marne du 26 octobre 2016 que M. A a été condamné à une peine d'emprisonnement de quatorze années pour avoir à Choisy-le-Roi entre le 1er juillet et le 10 décembre 2012, volontairement commis des violences ayant entraîné sans intention de la donner la mort d'un enfant, avec les circonstances que les faits ont été commis sur un mineur de moins de quinze ans comme étant né le 21 juin 2011 et par personne ayant autorité sur la victime comme étant le concubin de la mère de l'enfant. Eu égard à la gravité des faits pour lesquels il a été condamné, et sans que le requérant puisse en minorer la portée par son comportement en prison, le préfet de Seine-et-Marne n'a commis aucune erreur de droit au regard des dispositions précitées des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni aucune erreur d'appréciation en indiquant que sa présence constituait une menace à l'ordre public.

6. En troisième lieu, M. A conteste la régularité de la procédure ayant abouti à l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 16 février 2022, produit en défense par le préfet de Seine-et-Marne, et soutient que ce dernier s'est cru lié par cet avis et qu'il a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de son état de santé. Toutefois, la décision contestée est uniquement fondée sur la menace à l'ordre public que la présence du requérant constitue et ce seul motif est suffisant pour justifier le rejet de la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade. Les moyens précités sont donc inopérants.

7. En quatrième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoit que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. A soutient qu'il est en France depuis 2010, que sa pathologie nécessite un suivi annuel et un traitement médicamenteux et qu'il a effectué des démarches de réinsertion sociale et professionnelle. Toutefois, outre que les années de détention en France n'ont pas à être prises en compte au titre de la vie privée et familiale, il est célibataire et sans enfant sur le territoire français, n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à, au moins, l'âge de trente-six ans et ne justifie pas de liens privés et familiaux sur le territoire national inscrits dans la durée et la stabilité. Par ailleurs, comme indiqué au point 5, sa présence en France constitue une menace à l'ordre public. Ainsi et compte tenu des conditions de son séjour sur le territoire national, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Cette décision n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les motifs, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de la décision du préfet de Seine-et-Marne en date du 29 mars 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles au titre des frais de justice, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D A, à Me Jaslet et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

Le rapporteur,

P. C La présidente,

I. BILLANDON

Le greffier,

G. NGASSAKI

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,2

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