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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2207631

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2207631

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2207631
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantMAIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 3 août 2022 et 31 mars 2023, M. C A, représenté par Me Maire, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 mai 2022 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un certificat de résidence portant mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail le temps de l'instruction de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 6-4 et 7 bis g) de l'accord franco-algérien modifié ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ces stipulations ;

- sa présence en France ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 septembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public ayant été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendu au cours de l'audience publique du 6 avril 2023 :

- le rapport de M. B ;

- et les observations de Me Verdeil, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né en 1995, est entré en France, selon ses déclarations, en juin 2007. Il a déposé une demande de certificat de résidence algérien. Par décision du 27 mars 2022, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté cette demande. Par la requête précitée, l'intéressé sollicite l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 21/BC/072 du 19 juillet 2021, publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de Seine-et-Marne a donné délégation de signature à M. Cyrille Le Vély, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer notamment la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, il ressort des mentions de la décision attaquée que le préfet de Seine-et-Marne a considéré que la présence en France du requérant constituait une menace à l'ordre public après avoir mentionné les condamnations pénales dont l'intéressé avait fait l'objet et a visé les dispositions des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision contestée est donc suffisamment motivée en droit comme en fait.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

6. En l'espèce, il ressort des mentions de la décision contestée que le préfet de Seine-et-Marne a refusé de délivrer à M. A un certificat de résidence algérien au motif que sa présence en France constituait une menace à l'ordre public et après avoir cité ses diverses condamnations, à savoir le 20 novembre 2014 à 500 euros d'amende pour conduite d'un véhicule sans permis, le 6 mars 2015 à un mois d'emprisonnement pour usage illicite de stupéfiants et rébellion, le 5 janvier 2017 à quatre mois d'emprisonnement pour détention non autorisée de stupéfiants et violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique, le 19 janvier 2017 à 500 euros d'amende pour refus par le conducteur d'un véhicule de se soumettre aux vérifications tendant à établir l'état alcoolique, le 23 janvier 2017 à deux mois d'emprisonnement pour acquisition, détention et offre ou cession non autorisée de stupéfiants et, enfin, le 24 juin 2021 à trois ans d'emprisonnement pour violence aggravée par trois circonstances suivie d'incapacité supérieure à huit jours et menace de crime contre les personnes avec ordre de remplir une condition.

7. Le requérant conteste ce motif en faisant état de ce que le préfet avait, malgré les condamnations précitées entre 2014 et 2017, continué à renouveler le certificat de résidence dont il bénéficiait et que s'agissant de la dernière condamnation, il a fait preuve d'un comportement exemplaire en détention. Toutefois, eu égard à la multiplicité et la gravité des faits pour lesquels il a été condamné, et sans que le requérant puisse en minorer la portée par son comportement en détention, le préfet de Seine-et-Marne n'a commis aucune erreur de droit au regard des dispositions précitées des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni d'erreur d'appréciation en indiquant que sa présence constituait une menace à l'ordre public.

8. En cinquième lieu, si M. A soutient que la décision contestée méconnaît les stipulations des articles 6-4 et 7 bis g) de l'accord franco-algérien modifié et est entachée d'erreur d'appréciation au regard de ces stipulations, la décision contestée est uniquement fondée sur la menace à l'ordre public que la présence du requérant constitue et ce seul motif est suffisant pour justifier le rejet de la demande de renouvellement de certificat de résidence algérien. Les moyens précités sont donc inopérants.

9. En sixième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoit que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. A soutient qu'il est depuis 2007 en France, où se trouve l'ensemble de sa famille et notamment sa concubine de nationalité française et leur fille née en janvier 2021, peu de temps avant son incarcération, qu'il présente des problèmes de santé et qu'il souhaite se réinsérer professionnellement. Toutefois, au regard de la gravité et de la réitération des faits qui lui sont reprochés, l'atteinte portée par la décision attaquée à son droit au respect de sa vie privée et familiale n'apparaît pas disproportionnée au regard du but de préservation de l'ordre public poursuivi. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée ne peut être regardée comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de la décision du préfet de Seine-et-Marne en date du 27 mai 2022 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles au titre des frais de justice, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

Le rapporteur,

P. B La présidente,

I. BILLANDON

Le greffier,

G. NGASSAKI

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,2

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