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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2207671

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2207671

mercredi 10 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2207671
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTOURKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 août 2022 au greffe du tribunal administratif de Melun, M. A G, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, représenté par Me Tourki, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 août 2022 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de réexaminer sa situation.

M. G soutient que les décisions litigieuses :

- sont entachées d'incompétence ;

- sont insuffisamment motivées ;

- sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier ;

- ont été prises en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- sont entachées d'une erreur de droit ;

- méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

Le préfet de la Moselle, à qui la présente procédure a été communiquée, n'a pas présenté d'observations.

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées le 8 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- a Convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lacote, conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- et Me Tourki, représentant M. G, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, que l'arrêté méconnait le principe du contradictoire dès lors que le requérant n'a pas été mis à même de présenter ses observations sur les risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine préalablement à l'intervention de l'arrêté contesté, que l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français et l'arrêté ordonnant sa mise en rétention ont été notifiés à la même heure démontrant ainsi qu'il n'a pas eu le temps d'en prendre connaissance, que l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié n'est pas visé et que l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier de la situation de M. G et d'une erreur de droit au regard de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié dès lors qu'il remplit les conditions pour bénéficier de ces dispositions.

Le préfet de la Moselle n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 15h20.

Considérant ce qui suit :

1. M. A G, ressortissant algérien né le 20 août 1984 à Oran (Algérie), qui déclare être entré en France 2002, a été incarcéré le 11 décembre 2011 et condamné à une peine d'emprisonnement de 14 ans le 11 mars 2015 pour des faits d'" assassinat ". Il a fait l'objet, le 21 janvier 2022, d'un premier arrêté du préfet de la Meuse notifié le 22 janvier 2022, jour de sa levée d'écrou, portant obligation de quitter le territoire français. L'intéressé s'est maintenu en France et a été interpellé le 2 août 2022 lors d'un contrôle d'identité puis placé le jour même en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Par un arrêté du 2 août 2022, le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Par un arrêté du 2 août 2022, le préfet de la Moselle a décidé du placement en rétention administrative de l'intéressé, placement prolongé par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux du 5 août 2022, confirmé par ordonnance de la cour d'appel de Paris du 8 août 2022. Par sa requête, M. G demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 2 août 2022 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur la production de l'entier dossier par l'administration :

2. L'article L. 5 du code de justice administrative énonce que : " L'instruction des affaires est contradictoire. Les exigences de la contradiction sont adaptées à celles de l'urgence () ". Et aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ".

3. L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner avant-dire droit la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-A-11 du 2 juin 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs du département de la Moselle, le préfet de la Moselle a donné délégation à Mme D B, directrice de l'immigration et de l'intégration et, en cas d'absence ou d'empêchement, à Mme E F, ajointe au chef du bureau de l'éloignent et de l'asile et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer les décisions relevant des attributions dudit bureau dont l'ensemble des décisions litigieuses. Par ailleurs, si le caractère contradictoire de la procédure fait en principe obstacle à ce que le juge se fonde sur des pièces qui n'auraient pas été préalablement communiquées à chacune des parties, le tribunal peut toutefois en l'espèce se fonder régulièrement sur l'arrêté précité du 2 juin 2022, bien qu'il n'ait ni été produit par la défense, ni été communiqué aux parties, dès lors qu'il s'agit d'un acte réglementaire et régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Moselle le 2 juin 2019 et qu'il est librement accessible et consultable, notamment sur le site Internet de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté contesté, qui manque en fait, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. " et de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

6. L'arrêté du 2 août 2022, qui n'avait pas à viser l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié dès lors qu'il n'est pas fondé sur ses stipulations, énonce les considérations de droit et de fait relatives à toutes les décisions qu'il comporte et est, dès lors, suffisamment motivée.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Moselle aurait entaché son arrêté d'un défaut d'examen particulier de la situation de M. G.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (). ". Aux termes de l'article 51 de la Charte : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union (). ".

9. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ni sur chacune des décisions qui l'assortissent dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. Il ressort des pièces du dossier que M. G a été entendu à plusieurs reprises par les services de police tout au long des procédures dont il fait l'objet et notamment lors de l'audition du 2 août 2022 à 9 heures 30 par les forces de police alors qu'il était encore placé en retenue administrative. Il résulte du procès-verbal de cette audition, signé par lui sans réserve, que l'intéressé a été entendu sur sa situation familiale, l'irrégularité de sa situation administrative et les perspectives de son éloignement. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ni qu'il ait été empêché de s'exprimer avant que ne soit pris l'arrêté litigieux. A cet égard, contrairement à ce qu'il soutient, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il n'a pas pu faire valoir ses observations sur les risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine alors que, lors de son audition par les forces de l'ordre, l'intéressé a déclaré qu'il se plierait à la décision d'éloignement vers son pays d'origine et qu'il n'a pas fait état de ces risques lorsqu'il lui a été demandé s'il avait d'autres éléments sur sa situation personnelle à porter à la connaissance de l'autorité préfectorale. Dès lors, d'une part, M. G ne saurait être regardé comme ayant été privé du droit d'être entendu qu'il tient du principe général du droit de l'Union européenne tel qu'il est notamment énoncé au paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et, d'autre part, pour les mêmes motifs, l'intéressé n'est pas davantage fondé à soutenir que le principe du contradictoire aurait été méconnu.

10. En cinquième lieu, la circonstance que l'arrêté contesté indique une heure de notification à M. G identique à celle de l'arrête ordonnant sa mise en rétention ne saurait démontrer qu'il n'a pu avoir connaissance du contenu des deux arrêtés. En tout état de cause les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité.

11. En sixième lieu, si M. G soutient, sans plus de précision, que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur de droit, ce moyen n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

12. En septième lieu, si M. G soutient que la décision l'obligeant à quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien susvisé, cette convention régit seule la délivrance des titres de séjour et ne prévoit pas les conditions d'éloignement des étrangers. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'un refus de séjour soit intervenu en raison d'un dossier formellement déposé auprès de l'autorité administrative. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur de droite et du défaut d'examen particulier au regard de ces stipulations doivent être écartés comme inopérants dès lors qu'il est constant que M. G n'a pas fait l'objet de refus de titre de séjour.

13. En huitième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. M. G soutient qu'il réside en France depuis 2002. Toutefois, outre que cette présence n'est pas établie à compter de cette date, la durée de présence de l'intéressé en France est due pour une grande partie à sa condamnation et son incarcération du 11 décembre 2011 au 22 janvier 2022 pour des faits d'" assassinat ". En outre, s'il soutient qu'il est en couple avec une personne de nationalité française depuis trois ans, ce point n'est en tout état de cause pas établi. Par suite, alors qu'il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que l'intéressé ne saurait être regardé comme dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a déclaré, lors de son audition devant les force de l'ordre, avoir de la famille et où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 18 ans, M. G, qui ne justifie pas avoir en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

15. En neuvième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

16. Si M. G soutient que l'arrêté contesté méconnait les stipulations précitées dès lors qu'il craint pour son intégrité physique en cas de retour dans son pays d'origine du fait de la volonté de vengeance de la famille de sa victime, il n'apporte aucun élément probant de nature à établir la réalité des risques et faits dont il se prévaut. Par suite, le moyen doit être écarté.

17. En dernier lieu, et compte-tenu des considérations qui précèdent, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté contesté serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. G n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 août 2022 par lequel le préfet de la Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A G et au préfet de la Moselle.

Lu en audience publique le 10 août 2022 à 16h30.

Le magistrat désigné,

Signé : J.-N. C

La greffière,

Signé : N. RIELLANT

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. RIELLANT

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