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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2207742

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2207742

jeudi 20 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2207742
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSIMON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 août 2022, M. A B, représenté par Me Simon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

L'arrêté du 10 mai 2022 pris dans son ensemble :

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

La décision refusant de lui délivrer un titre de séjour :

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation, notamment dans l'application du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien ;

- il dispose de moyens d'existence suffisants ;

- le préfet disposait d'un pouvoir de régularisation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

La décision portant fixation du pays de destination :

- est illégale en raison de l'illégalité des décisions lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

La requête a été communiquée au préfet de Seine-et-Marne, qui n'a pas produit d'observations en défense.

Un mémoire, produit pour M. B, a été enregistré le 16 juin 2023. Il n'a pas été communiqué.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juillet 2022.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Van Daële,

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né en 1994, est entré en France le 3 mars 2022 en provenance d'Ukraine où il résidait régulièrement sous couvert d'un titre de séjour temporaire valable jusqu'au 16 novembre 2022. Le 28 mars 2022, M. B s'est présenté à la préfecture de police de Paris pour se voir remettre une autorisation provisoire de séjour d'une durée d'un mois afin que soit étudié son droit au séjour. A la suite du dépôt de sa demande le 10 mai 2022, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la requête susvisée, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, l'arrêté du 10 mai 2022 vise les textes dont il fait application, notamment les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, les dispositions de la directive 2001/55/CE du conseil de l'Union européenne du 20 juillet 2001 et la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 constatant l'existence d'un afflux massif de personnes déplacées en provenance d'Ukraine au sens de l'article 5 de la directive 2001/55/CE et ayant pour effet d'introduire une protection temporaire. Il mentionne également les éléments de fait propres à la situation administrative et personnelle de M. B et les motifs sur lesquels le préfet s'est fondé pour lui refuser la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " étudiant ". Par suite, et alors que le préfet n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, la décision comporte une motivation suffisante en droit et en fait sur la situation du requérant. Par ailleurs, l'obligation de quitter le territoire français, adoptée sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de titre. Enfin, la décision fixant le pays de destination, qui vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne la nationalité de l'intéressé et précise qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à cette convention, est suffisamment motivée. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté contesté du 10 mai 2022 doit être écarté.

3. En second lieu, il ne ressort ni des motifs de l'arrêté contesté ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé, à l'aune des éléments portés à sa connaissance, à un examen particulier de la situation de M. B avant d'édicter à son encontre l'arrêté en litige, alors même, notamment, qu'il n'aurait pas fait mention de la présence en France de son cousin. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen particulier et approfondi de sa situation ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour :

4. Aux termes de l'article 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre () du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. Ce visa de long séjour accompagné de pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titres mentionnés à l'alinéa précédent. ". Aux termes du titre III du protocole annexé à ce même accord : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire ". ". Il résulte de ces stipulations qu'un ressortissant algérien désirant résider régulièrement sur le territoire en qualité d'étudiant doit y être entré sous couvert d'un visa de long séjour. L'autorité administrative compétente peut, toutefois, délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il appartient ainsi au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

5. M. B fait valoir qu'alors étudiant en informatique depuis 2018 en Ukraine, il a dû fuir en urgence le pays en raison de la guerre, et qu'il a conclu, six semaines seulement après son entrée sur le territoire français où réside son cousin qui le prend en charge, un contrat de formation professionnelle d'une durée de neuf mois avec la société Isoset ayant pour objet la formation aux métiers d'informaticien.

6. Cependant, d'une part, si le requérant produit une attestation de son cousin s'engageant à le prendre en charge financièrement, assortie de bulletins de salaire et d'un avis d'imposition, ces pièces ne sont pas suffisantes pour estimer que l'exigence de ressources suffisantes prévue par les stipulations précitées serait satisfaite, l'intéressé n'apportant pas, par ailleurs, d'éléments sur le caractère effectif de ce soutien. En tout état de cause, il est constant que le requérant ne disposait pas d'un visa de long séjour exigé par les stipulations précitées. Par suite, et en dépit des circonstances liées au conflit eu Ukraine dont il se prévaut, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait porté une appréciation erronée sur sa situation au regard des stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ni commis une erreur de fait.

7. D'autre part, le requérant ne justifie pas qu'il ne pourrait pas poursuivre ses études ou ses stages en Algérie, où il a vécu la majeure partie de sa vie, et ne se prévaut pas de circonstances qui l'empêcheraient de retourner dans son pays d'origine, le temps d'obtenir un visa de long séjour. Eu égard au contrat dont il se prévaut et la durée de son séjour en France, de moins de trois mois à la date de la décision attaquée, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de son pouvoir de régularisation à son égard.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. B ne saurait se prévaloir par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

9. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. B soutient avoir quitté l'Algérie pour faire des études en Ukraine, pays qu'il a dû quitter en raison de la guerre, et vouloir poursuivre des études en France où il a conclu un contrat de professionnalisation du 14 avril 2022 au 15 janvier 2023, pour suivre une formation non diplômante aux métiers d'informaticien. Il soutient en outre qu'il dispose d'une perspective sérieuse de recrutement à l'issue de ce contrat. Cependant, l'intéressé, célibataire et sans charge de famille, n'établit pas être dépourvu de toute attache privée ou familiale dans son pays d'origine qu'il n'a quitté qu'en 2018, à l'âge de 24 ans. L'intéressé ne produit, par ailleurs, pas d'éléments sur l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec son cousin présent en France. Enfin, le contrat de formation dont il se prévaut et la durée de son séjour en France, inférieure à trois mois à la date de la décision attaquée, ne constituent pas des circonstances suffisantes pour considérer que le préfet aurait porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise, et méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

11. La décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de ce que la décision fixant un délai le pays de destination, prise sur son fondement, serait dépourvue de base légale ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 mai 2022. Il convient également de rejeter, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressé au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Van Daële, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé : M. VAN DAËLE

La présidente,

Signé : I. BILLANDON

Le greffier,

Signé : G. NGASSAKI

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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