vendredi 22 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2207880 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre, JU |
| Avocat requérant | PITTI-FERRANDI |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 5 août 2022, enregistrée au greffe du Tribunal le 8 août 2022, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, a transmis au Tribunal la requête présentée pour Mme D C.
Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise le 18 mai 2022, Mme D C, représentée par Me Pitti-Ferrandi, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2022 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligée à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant deux ans ainsi que l'arrêté du même jour par lequel la préfète du
Val-de-Marne l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui restituer son passeport sans délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- qu'elles sont entachées d'incompétence.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- qu'elle est insuffisamment motivée ;
- qu'elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- qu'elle méconnaît l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son recours contre le rejet de sa demande d'asile par l'OFPRA est toujours pendant devant la CNDA ;
- qu'elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
- qu'elle est illégale à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- qu'elle est insuffisamment motivée et intervenue au terme d'un examen incomplet de sa situation ;
- qu'elle méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- qu'elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- qu'elle est illégale à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- qu'elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
- qu'elle est illégale à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et du refus d'accorder un délai de départ volontaire ;
- qu'elle est entachée d'un défaut d'appréciation et résulte d'une inexacte application des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
- qu'elle est illégale à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- qu'elle est insuffisamment motivée ;
- qu'elle méconnaît les articles L. 732-7 et R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- qu'elle méconnaît l'article L. 731-1 du même code.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 août 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration, notamment son article L. 211-5,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. Pottier, président, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport.
Les parties n'étant ni présentées ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire conformément à l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D C, ressortissante argentine née le 6 novembre 1968 à Buenos Aires, demande l'annulation de l'arrêté du 16 mai 2022 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligée à quitter le territoire français, sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a privée de délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant deux ans, ainsi que l'annulation de l'arrêté du même jour par lequel la préfète du
Val-de-Marne l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur la procédure contentieuse applicable :
2. Il ressort des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu organiser une procédure spéciale afin que le juge administratif statue rapidement sur la légalité des mesures relatives à l'éloignement des étrangers, hors la décision refusant le séjour, lorsque ces derniers sont placés en rétention ou assignés à résidence. Il en résulte que la procédure spéciale prévue par ces dispositions cesse d'être applicable dès lors qu'il est mis fin, pour quelque raison que ce soit, à la rétention ou l'assignation à résidence de l'étranger. Il est alors statué sur l'ensemble des conclusions dont l'étranger avait saisi le tribunal selon la procédure et dans les délais prévus, selon le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, aux articles L. 614-4 ou L. 614-5.
3. En l'espèce, d'une part, si Mme C a fait l'objet d'une d'assignation à résidence en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des pièces du dossier que cette décision n'était plus en vigueur à la date de l'audience où a été appelée sa requête et à la date de la présente décision. D'autre part, l'obligation de quitter le territoire français qu'elle conteste a été prise, comme il a été dit au point 1, sur le fondement du 2° de l'article L. 611-1. Dans ces conditions, il y a lieu de statuer sur l'ensemble des conclusions de la requête selon la procédure prévue à l'article L. 614-5.
Sur la légalité externe :
4. En premier lieu, par arrêté du 21 décembre 2020, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète de l'Oise a donné délégation à
M. Sébastien Lime, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, à l'effet de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire sans délai et interdiction de retour. Et, par arrêté du
28 janvier 2022, régulièrement publié le 31 janvier suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture, la préfète du Val-de-Marne a donné délégation à M. A B à l'effet de signer la décision d'assignation à résidence. Le moyen tiré de ce que les arrêtés du 16 mai 2022 seraient entachées d'incompétence est par conséquent infondé.
5. En second lieu, l'arrêté de la préfète de l'Oise du 16 mai 2022 énonce l'ensemble des circonstances de fait et de droit qui constituent le fondement de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision privant la requérante d'un délai de départ volontaire, en des termes qui sont d'ailleurs particulièrement précis, et développés sur près de quatre pages. L'arrêté de la préfète du Val-de-Marne du même jour mentionne également l'ensemble des motifs de fait et de droit justifiant l'assignation à résidence prononcée à l'encontre de Mme C. Cette dernière n'est dès lors pas fondée à soutenir que ces décisions seraient insuffisamment motivées. Il ressort en outre des motifs de ces arrêtés, particulièrement circonstanciés, ainsi qu'il vient d'être dit pour le premier d'entre eux, et des autres pièces du dossier, notamment du procès-verbal de l'audition de Mme C par les services de police le 16 mai 2022, que la préfète de l'Oise et la préfète du Val-de-Marne se sont livrées à un examen complet de la situation de Mme C.
Sur la légalité interne :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 542-1 : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1 [c'est-à-dire, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision de l'office], le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ".
7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche de suivi " TelemOFPRA " versée au dossier par la préfète de l'Oise, que Mme C a présenté une demande d'asile enregistrée comme première demande, en procédure accélérée, le 28 avril 2021, qu'après un entretien ayant eu lieu le 23 août 2021, sa demande a été rejetée par une décision de l'office du
18 février 2022, qui lui a été notifiée le 1er mars 2022, et qu'aucun recours n'a été formé contre cette décision devant la Cour nationale du droit d'asile à la date des arrêtés attaqués, qui ont été pris le 16 mai 2022 plus d'un mois après la notification du rejet de l'office. Mme C ne produit d'ailleurs aucune pièce, et ne fait état d'aucune précision au soutien de son allégation, formulée en termes allusifs, selon laquelle elle aurait " contesté " la décision de l'office par un recours qui serait " toujours pendant devant la CNDA ". Mme C n'est dès lors pas fondée à soutenir que l'arrêté de la préfète de l'Oise l'obligeant à quitter le territoire français, qui a spécialement examiné ce point et relevé sans inexactitude que sa demande d'asile avait été définitivement rejetée par l'office, méconnaîtrait le droit de se maintenir sur le territoire français garanti par les dispositions précitées de l'article L. 541-1.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Si Mme C soutient être entrée en France il y a plus de vingt-deux ans, le
5 décembre 2000, et qu'il est constant qu'elle a bénéficié d'un titre de séjour en 2013, dont le renouvellement lui a néanmoins été refusé en 2014, avant l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français en 2015, elle ne justifie pas d'un séjour habituel en France tout au long de cette période. Il ressort au contraire des pièces du dossier, et notamment des propres déclarations de la requérante, consignées dans le procès-verbal de son audition par les services de police le
16 mai 2022, qu'elle a séjourné depuis lors en Argentine, son pays d'origine, et que sa dernière entrée en France date du mois de février 2019.
10. Mme C soutient ensuite qu'elle a définitivement rompu les liens avec sa famille dans son pays d'origine, qu'elle est transexuelle, qu'elle a changé d'état civil en France il y a
sept ans et bénéficie d'un traitement hormonal pour sa féminisation, et qu'elle vit désormais en concubinage avec un ressortissant roumain, en situation régulière sur le territoire français, et qu'elle projette de se marier avec ce dernier. Elle a déclaré aux services de police le 16 mai 2022 que cette relation durait depuis un an, et verse au dossier plusieurs pièces circonstanciées qui tendent à étayer la réalité de démarches engagées en vue de se marier.
11. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme C a fait l'objet d'une interdiction d'entrée et de séjour dans l'espace Schengen édictée par les autorités autrichiennes le 14 novembre 2016, notifiée le 29 novembre 2016 et valable jusqu'au 3 décembre 2022. Elle a en outre fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français le 22 novembre 2019, à l'exécution de laquelle elle s'est soustraite. Par ailleurs, Mme C n'exerce actuellement aucune profession, ne justifie pas avoir en France d'autres relations que celle qui a été précédemment mentionnée, et n'établit pas une intégration sociale suffisante. Ainsi, en l'obligeant à quitter le territoire français, la préfète de l'Oise n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme C une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision a été prise. Le moyen tiré de ce que cette décision méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est par suite infondé. Il résulte également de ce qui précède que la préfète de l'Oise ne s'est pas livrée à une appréciation manifestement erronée des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de Mme C.
12. En troisième lieu, l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que l'administration peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire à l'étranger, aux termes du 3°, s'il existe un risque qu'il se soustraie à l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire. L'article L. 612-3 précise que ce risque " peut être regardé comme établi ", " sauf circonstance particulière ", dans huit cas, et notamment le cas, prévu au 2°, où l'étranger, non soumis à l'obligation de visa comme en l'espèce, " s'est maintenu sur le territoire
français () à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ", le cas, prévu au 3°, où l'étranger " s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration () de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ", le cas, prévu au 5°, où l'étranger " s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ", ainsi que le cas, prévu au 8°, où l'étranger " ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce () qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1,
L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
13. En l'espèce, si Mme C justifie d'un passeport valide et d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale, éléments qui peuvent constituer des garanties de représentation, et que la préfète de l'Oise a dûment pris en considération, cette dernière fait néanmoins valoir sans être contestée que Mme C s'est précédemment soustraite aux obligations de suivi de son obligation de quitter le territoire français. En outre, la requérante s'est aussi soustraite à l'exécution même de la précédente obligation de quitter le territoire français du 22 novembre 2019. De plus, il est constant que, depuis sa dernière entrée en France en
février 2019, la requérante n'a pas demandé la délivrance d'un titre de séjour. Enfin, il ressort des pièces du dossier et des motifs énoncés au point 7 que Mme C s'est maintenue en France plus d'un mois après la dernière autorisation de séjour dont elle a bénéficié, en raison de sa demande d'asile, conformément à l'article L. 541-2 du code, jusqu'au 1er mars 2022. La requérante n'est dès lors pas fondée à soutenir qu'en lui refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, la préfète de l'Oise se serait livrée à une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3, ni, eu égard à l'ensemble des éléments qui précèdent, qu'elle aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision a été prise.
14. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de
retour. / () ". L'article L. 612-10 précise que, pour fixer la durée de l'interdiction de retour mentionnée notamment à l'article L. 612-6, l'autorité administrative " tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
15. Si Mme C soutient que la préfète de l'Oise n'a pas tenu compte de la durée de sa présence en France, il résulte de ce qui a été énoncé au point 9 qu'elle ne justifie pas résider habituellement en France avant le mois de février 2019, en dehors d'un séjour en 2013, en 2014 et en 2015, dont le caractère continu n'est au demeurant pas établi. De plus, la préfète de l'Oise fait valoir, sans que l'exactitude matérielle de ce point ne soit précisément contestée, que Mme C est défavorablement connue, notamment, pour une " tentative d'homicide à l'arme blanche ". Eu égard à l'ensemble des éléments qui précèdent, et notamment aux conditions du séjour de
Mme C en France et à la menace à l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire national, la préfète de l'Oise ne s'est pas livrée, en lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant deux ans, en dépit de la relation mentionnée au point 10, à une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 612-10.
16. En cinquième lieu, si Mme C soutient qu' " en Argentine, les minorités sexuelles et de genre, et plus particulièrement les personnes transsexuelles font l'objet de discriminations et sont victimes de violences " et qu' " en raison de sa transidentitée ", elle a été " victime de discriminations et de mauvais traitements en Argentine ", ce moyen n'est étayé d'aucun élément de preuve ni même d'aucune explication circonstanciée, alors que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et qu'elle n'a pas formé de recours contre ce rejet devant la Cour nationale du droit d'asile. Elle n'est dès lors pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait contraire au dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
17. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ". En l'espèce, il est constant que
Mme C était en possession de son passeport original et que ce dernier était valide, ainsi que l'a relevé la préfète du Val-de-Marne dans son arrêté portant assignation à résidence. Par suite, et alors qu'aucune circonstance ne faisait légalement obstacle au renvoi de l'intéressée dans son pays d'origine, ainsi que l'a souligné la préfète de l'Oise dans son arrêté visé dans la décision d'assignation à résidence, et en l'absence de toute impossibilité matérielle d'organiser un tel renvoi, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Val-de-Marne - qui n'avait pas, en l'absence de circonstances particulières, à démontrer à la date de son arrêté la possibilité d'un réacheminement par un vol dans le délai de quarante-cinq jours - ne justifierait d'aucune perspective raisonnable d'éloignement. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit dès lors être écarté.
18. Enfin, il résulte des dispositions des articles L. 732-7 et R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la remise du formulaire relatif aux droits et obligations des étrangers assignés à résidence doit s'effectuer au moment de la notification de la décision d'assignation à résidence ou, au plus tard, lors de la première présentation de l'étranger aux services de police ou de gendarmerie. Ainsi, cette formalité peut être satisfaite postérieurement à l'édiction de la décision d'assignation à résidence. Dès lors, le défaut de délivrance de l'information prévue aux articles L. 732-7 et R. 732-5 précités, ou l'irrégularité de cette information, demeure sans incidence sur la légalité de l'arrêté portant assignation à résidence, laquelle s'apprécie à la date de son édiction et non de sa notification. Par suite, le moyen tiré de ce que le formulaire d'information relatif aux droits et obligations des personnes assignées à résidence n'aurait pas été remis à Mme C doit être écarté.
19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et à la préfète de l'Oise.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la préfète du Val-de-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023.
Le magistrat désigné,
X. PottierLa greffière,
C. Mahieu
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026