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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2207935

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2207935

jeudi 1 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2207935
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTHIRION LAURENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2205692 du 12 août 2022, le vice-président du tribunal administratif de Versailles a transmis la requête de M. A B, enregistrée le 25 juillet 2022, au tribunal administratif de Melun territorialement compétent.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Melun le 12 août 2022, M. A B, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, représenté par Me Mirgodin, doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de trois ans.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne, représenté par le cabinet Actis Avocats, qui n'a pas présenté de mémoire en défense mais qui a communiqué des pièces enregistrées le 17 août 2022.

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées les 12 et 17 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que la juridiction est susceptible de prononcer d'office une mesure d'injonction tendant, en cas d'annulation, à enjoindre à l'autorité préfectorale de réexaminer la situation du requérant et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ainsi que de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de l'intéressé dans le système d'information Schengen ;

- les observations de Me Thirion, substituant Me Mirgodin, représentant M. B, qui soutient que :

* l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen ;

* l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il pouvait prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour ;

* elle a été édictée en violation des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* le refus de départ volontaire est entaché d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il présente des garanties de représentation ;

* l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

- et celles de Me Capuano, représentant la préfecture de l'Essonne, qui conclut au rejet de la requête, aucun des moyens soulevés n'étant fondé.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant surinamien né le 21 novembre 1996 à Sipalwindi (D), entré en France en 2005 selon ses déclarations, demande l'annulation de l'arrêté du 19 juillet 2022 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux différentes décisions :

2. Il résulte des mentions mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Essonne a pris en compte, notamment, les éléments de la vie privée du requérant, en particulier la naissance de son enfant. Il ne ressort ni des termes de cet arrêté, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet de l'Essonne n'aurait pas procédé, compte tenu des informations en sa possession à la date de sa décision, à un examen particulier de la situation de l'intéressé. Le moyen tiré du défaut d'examen doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Un ressortissant étranger ne peut faire l'objet d'une mesure ordonnant sa reconduite à la frontière ou prescrivant à son égard une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. En premier lieu, le requérant, qui fait valoir la durée et l'ancienneté de son séjour sur le territoire français, atteste avoir accompli l'ensemble de sa scolarité en Guyane, de 2005 à 2014, puis s'être établi en métropole à compter de 2015, avant d'avoir été mis en possession d'un titre de séjour, une carte de séjour pluriannuelle " vie privée et familiale " lui ayant été délivrée le 15 octobre 2019. Toutefois, tout d'abord, l'intéressé a été condamné le 30 août 2021 par le tribunal correctionnel de Paris à 24 mois d'emprisonnement dont 6 mois avec sursis pour transport, détention, offre ou cession, acquisition et importation non autorisés de stupéfiants ; trafic et importation en contrebande de marchandise dangereuse pour la santé publique (stupéfiants) ; transport de marchandise dangereuse pour la santé publique (stupéfiants) sans document justificatif régulier ; fait réputé importation en contrebande et détention de marchandise dangereuse pour la santé publique (stupéfiants) sans document justificatif régulier ; fait réputé importation en contrebande. Par ailleurs, si M. B fait valoir que sa vie privée et familiale se trouve en France, invoquant notamment qu'y résident sa compagne et son fils, il ressort des pièces du dossier, ainsi que des débats d'audience, que cette dernière est de nationalité surinamienne à l'instar du requérant, qu'elle se maintient sur le territoire français sans situation régulière au regard du droit au séjour, et que leur enfant est âgé d'environ un an seulement. Alors qu'au surplus, l'intéressé n'atteste pas avoir jamais durablement partagé le quotidien de sa compagne, établie en Guyane, aucun élément n'est produit aux débats pour démontrer qu'il existerait un obstacle à la reconstitution de la cellule familiale au D. Il résulte de tout ce qui vient d'être dit que, eu égard à la balance entre l'intérêt individuel du requérant au droit au respect de sa vie privée et familiale et l'intérêt général compte tenu des agissements dont il s'est rendu coupable, les éléments présentés relativement à l'existence d'une vie privée et familiale en France, y compris la durée et l'ancienneté de son séjour, ne suffisent pas à contrebalancer la nécessité de protéger l'ordre public au regard du nombre et de la gravité des faits commis. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

5. En second lieu, en invoquant une erreur de base légale entachant l'arrêté, à raison de ce qu'il aurait dû se voir délivrer un titre de séjour de plein droit et sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant doit être regardé comme soulevant une erreur de droit à cet égard. Toutefois, pour les mêmes motifs que précédemment énoncés, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet ne pouvait légalement lui faire obligation de quitter le territoire français du fait qu'il pouvait prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour, alors qu'en outre il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu en particulier de la condamnation précitée dont l'intéressé a fait l'objet, qu'il justifiait d'une insertion dans la société française à la date de l'arrêté attaqué. Pour les mêmes raisons, il n'est pas davantage fondé à soutenir, en l'état du dossier, que la même autorité aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent, par suite, être écartés.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet." Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre u document ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

8. Compte tenu de la gravité des faits pour lesquels le requérant a été condamné le 30 août 2021, ainsi que du caractère récent de cette condamnation, le préfet a pu à bon droit estimer que le comportement de l'intéressé présentait une menace pour l'ordre public. En outre, si le requérant critique, au titre de l'erreur de fait, le motif de l'arrêté tiré de ce qu'il ne présenterait pas de garanties suffisantes de représentation, il ne conteste pas utilement la circonstance que postérieurement à sa levée d'écrou, il ne justifiait pas d'une résidence effective et permanente, alors qu'aux termes du procès-verbal de son audition du 30 juin 2022, il a déclaré être domicilié à Saint-Etienne sans connaître l'adresse précise. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

9. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'annulation de la décision refusant un délai de départ volontaire doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / (). ".

11. Ainsi qu'il a été dit au point 4, le requérant ne démontrant pas qu'il existerait un obstacle à la reconstitution de la cellule familiale, composée de sa compagne et de son fils, au D, celui-ci ne peut utilement soutenir que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation familiale. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé, par les seuls moyens qu'il invoque, à demander l'annulation des décisions, contenues dans l'arrêté du 19 juillet 2022, par lesquelles le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de trois ans.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er septembre 2022.

La magistrate désignée,

Signé : S. C

La greffière,

Signé : S. AIT-MOUSSA

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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