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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2208019

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2208019

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2208019
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantBOAMAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire et un mémoire ampliatif, enregistrés les 16 août et 2 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Boamah, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 8 juin 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de titre, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel cette mesure pourra être exécutée ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que la préfète aurait dû procéder à la saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie d'une ancienneté de résidence sur le territoire français de plus de quinze ans, qu'il vit en concubinage et est père de trois enfants et qu'il s'occupe des deux enfants nés d'une précédente union de sa concubine ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 20 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er septembre 2023 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfants ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

A été entendu le rapport de Mme Issard à l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né en 1983, est entré en France le 20 août 2005 selon ses déclarations. Par un courrier en date du 8 novembre 2021, il a demandé à la préfète du Val-de-Marne un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 8 juin 2022, notifié le 15 juillet 2022, dont le requérant demande l'annulation, la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel cette mesure pourra être exécutée.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision contestée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, en particulier les éléments ayant trait à la situation personnelle et familiale de M. A, ainsi que la mention des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, et quand bien même la préfète aurait omis de mentionner le fait que M. A aurait précédemment fait l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français, elle-même annulée par un jugement du tribunal administratif ne comportant pas d'injonction, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen personnel de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

4. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que certaines des pièces produites par le requérant pour attester de l'ancienneté de sa résidence en France, notamment les bulletins de salaire qui auraient été émis par deux sociétés pour les années 2011 et 2012, auraient été falsifiés, sans que le requérant ne le démente ou qu'il démontre le caractère authentique de ces documents. Les autres justificatifs de sa présence en France pour ces deux années, à savoir des avis d'imposition et un courrier d'une agence de transports en commun publics, pouvant être obtenus à distance et étant ainsi dépourvus de valeur probante dans ce contexte, le requérant n'établit pas résider habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, la circonstance qu'il ait déjà été convoqué devant la commission du titre de séjour dans le cadre d'une précédente demande de titre de séjour présentée en 2019 est sans incidence sur l'obligation qui était faite à la préfète de le convoquer à nouveau, dès lors que l'examen par la préfète de l'authenticité des pièces qu'il a produites est intervenu postérieurement à cette précédente demande de titre. Par voie de conséquence, la préfète n'était pas tenue de convoquer l'intéressé devant la commission du titre de séjour et le moyen doit être écarté.

5. D'autre part, pour contester la décision attaquée, le requérant se prévaut de ce qu'il vit en concubinage depuis 2017 avec une ressortissante malienne, qu'il est père de trois enfants nés en 2018 et 2021 et qu'il s'occupe des deux enfants de sa concubine, nés en 2010 et 2013 et scolarisés en France. Toutefois, l'intéressé n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu, au moins, jusqu'à l'âge de vingt-deux ans et ne fait pas état d'une intégration professionnelle durable. Dans ces conditions, le requérant n'établit pas que son admission au séjour répondrait à des considérations humanitaires ou serait justifiée au regard de motifs exceptionnels au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

7. Si le requérant se prévaut de ce qu'il vit en concubinage avec une ressortissante malienne depuis 2017 qui est présente régulièrement sur le territoire français et avec laquelle il a eu trois enfants nés en 2018 et 2021, et de ce qu'il s'occupe des deux autres enfants de sa concubine, nés en 2010 et 2013, il n'établit pas la durée de sa vie commune avec sa conjointe ou sa participation à l'entretien de ses enfants ou des enfants nés de la précédente union de sa conjointe. Dans ces conditions, M. A, qui ne fait état d'aucune circonstance faisant obstacle à ce que la cellule familiale soit reconstituée dans son pays d'origine et que ses enfants y poursuivent leur scolarité, n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou que la préfète aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.

8. Enfin, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

9. Il résulte de ce qui précède sur l'absence d'obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue hors de France que la circonstance que deux des enfants de la concubine de M. A soient scolarisés en France, ne suffit pas en l'espèce à établir que la décision prise à l'encontre du requérant aurait méconnu les stipulations de l'article 3-1 précité.

En ce qui concerne la légalité de la mesure d'éloignement :

10. En premier lieu, M. A ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour contester la légalité de cette décision, dès lors que le titre de séjour qu'elles prévoient n'est pas délivré de plein droit.

11. En second lieu, ainsi qu'il est mentionné aux points 2, 7 et 9, les moyens tirés du défaut de motivation et d'examen sérieux de sa situation personnelle, de méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des stipulations 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, doivent être écartés.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant à trente jours le délai de départ volontaire :

12. M. A ne soulève aucun moyen à l'appui des conclusions à fin d'annulation qu'il dirige contre cette décision.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

13. Ainsi qu'il a été dit précédemment, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du défaut de motivation et d'examen sérieux et de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées par le requérant à fin d'injonction sous astreinte et de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Issard, conseillère,

Mme Bourrel Jalon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

C. ISSARD

La présidente,

I. BILLANDON La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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