Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2208025

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2208025
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantNDIAYE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de Mme B, ressortissante congolaise, qui demandait l'annulation de l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 1er juillet 2022 refusant son titre de séjour. Le tribunal a écarté le moyen tiré d'un défaut de motivation, estimant que l'arrêté mentionnait suffisamment les considérations de fait et de droit. Il a également jugé que la requérante ne justifiait pas de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa seule activité professionnelle récente étant insuffisante. Enfin, le tribunal a considéré que le refus ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de ses attaches familiales au Congo.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 août 2022, Mme A B, représentée par Me Ndiaye, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 1er juillet 2022 du préfet de Seine-et-Marne en tant qu'il rejette sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer sans délai une carte de séjour mention " salarié " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle dès lors qu'elle justifie d'une insertion professionnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Issard, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante congolaise née en 1973, est entrée en France le 30 novembre 2014 selon ses déclarations et a demandé au préfet de Seine-et-Marne un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle demande l'annulation de l'arrêté en date du 1er juillet 2022 du préfet de Seine-et-Marne en tant qu'il rejette sa demande de titre de séjour.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui mentionne les dispositions dont il est fait application, en particulier l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement duquel la demande en litige a été présentée, fait état de différents éléments de la situation de Mme B, en particulier ceux ayant trait à la procédure d'instruction de sa demande, et énonce les motifs pour lesquels le préfet a estimé que l'intéressée ne pouvait pas prétendre à la délivrance de ce titre de séjour. L'autorité préfectorale a ainsi énoncé de façon suffisante les considérations de fait et de droit qui constituent le fondement de sa décision. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation et d'examen de la situation personnelle de la requérante doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante ait présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

5. Pour soutenir que l'arrêté attaqué méconnait les dispositions précitées, la requérante se borne à produire à produire des bulletins de salaire attestant de ce qu'elle a travaillé à temps non complet en qualité d'employée pour des hôtels de juillet 2021 à juin 2022 ainsi qu'une promesse d'embauche à compter de juillet 2022 conditionnant son recrutement à l'obtention d'un titre de séjour. Elle ne fait ainsi pas état d'un motif exceptionnel ou de considérations humanitaires au sens de l'article L. 435-1 précité qui justifierait son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur d'appréciation sur son insertion professionnelle doit donc être écarté.

6. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent du présent jugement, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée serait dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 40 ans et où résident ses quatre enfants, deux d'entre eux étant mineurs, l'arrêté contesté n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et méconnu ainsi les stipulations précitées de l'article 8 de la CEDH.

7. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions de Mme B à fin d'annulation des décisions contenues dans l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 1er juillet 2022, doivent être rejetées. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Issard, conseillère,

Mme Bourrel Jalon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

C. ISSARD

La présidente,

I. BILLANDONLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,