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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2208071

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2208071

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2208071
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantSAS ITRA CONSULTING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 août et 2 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Traore, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la notification de la décision et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'inexécution ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, subsidiairement de lui délivrer sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte un titre de séjour fondé sur la nature de ses attaches familiales, ou à titre encore plus subsidiaire, de réexaminer sa demande dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

L'arrêté pris dans son ensemble :

- est entaché d'un vice de forme tiré de l'absence de mention des voies et délais de recours ;

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet de Seine-et-Marne s'est cru lié par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le collège de médecins a rendu son avis sans examiner sa situation personnelle.

La décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière.

La décision d'obligation de quitter le territoire français :

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Massengo a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant congolais (RDC) né en 1980, déclare être arrivé en France en 2012. Le 12 octobre 2012, il a formé une demande d'asile, dont le rejet par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 25 juin 2013 a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 20 décembre 2013. M. A a déposé le 21 octobre 2021 une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 19 juillet 2022 dont il demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de faire droit à cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la notification et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'inexécution.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A, arrivé en France en 2012, s'est marié avec une ressortissante française le 27 mars 2021, avec laquelle il réside depuis le mois de juillet 2018 et s'était préalablement pacsé le 26 mars 2019. Les pièces produites permettent de confirmer la permanence de la vie commune depuis 2018. Ainsi, au regard de l'ancienneté de son séjour en France et de la vie conjugale qu'il entretient avec une ressortissante française depuis 2018, le refus de délivrance d'un titre de séjour a porté une atteinte à sa vie privée et familiale disproportionnée aux buts en vue duquel il a été pris. Par suite, le préfet de Seine-et-Marne a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour, ainsi que par voie de conséquence, l'annulation de la décision d'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la décision et la décision fixant le pays de renvoi contenues dans l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 19 juillet 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

6. Compte tenu du motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement, sous réserve de toute modification de droit ou de fait pouvant affecter la situation de M. A, que le préfet de Seine-et-Marne lui délivre un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a, en revanche, pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 19 juillet 2022 du préfet de Seine-et-Marne est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de délivrer à M. A un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 200 euros à M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Monsieur B A et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme C, première vice-présidente,

Mme Leconte, première conseillère,

Mme Massengo, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 14 mars 2024.

La rapporteure,

C. MASSENGO

La présidente,

S. CLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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